La Vie des Juifs à Nice dans la deuxième guerre Mondiale et leur déportation

L'IMMIGRATION JUIVE DANS LES ALPES-MARITIMES

Troisième Partie 

LA VIE DES JUIFS A NICE DE 1938 A 1944

La présence de Juifs à Nice est ancienne. Nous en trouvons des traces dès 1501, année où ils sont expulsés de la Provence voisine. Au XVIIe siècle, ils représentent un poids économique non négligeable dans cette ville. La communauté juive existe légalement en tant que telle et possède son statut, octroyé par les ducs de Savoie. Ceux-ci désirent développer l’activité économique de la ville que les Juifs peuvent faciliter par leurs contacts extérieurs. Les Juifs niçois ont des projets de création de raffineries de sucre, fabriques de savon et de draps, mais qui, compte tenu du contexte médiocre, aboutissent mal.106

Au 18e siècle, les Juifs deviennent citoyens français par l’adoption du décret du 27 septembre 1791. Ils doivent prêter le serment civique. Auparavant, ils n’avaient pas d’existence légale. Le 20 juillet 1808, un décret impérial impose aux Juifs de choisir un nom de famille francisé.

Cette présence ancienne des Juifs est attestée par les tombes du cimetière israélite situé sur la colline du château de Nice, berceau de l’histoire locale. Parmi d’autres, on y trouve les noms de Lattès, Viterbo, Morera, Ventura ; certaines de ces familles sont toujours présentes dans la ville.

En 1938, la communauté juive des Alpes-Maritimes compte environ 5000 membres, mais de ce groupe va fondamentalement changer en importance par l’arrivée massive de réfugiés de tous horizons géographiques et sociaux, ce qui modifie totalement sa composition. Ce bouleversement s ‘explique par les événements internationaux.

D’une façon générale, en France, l’arrivée de vagues de réfugiés suscite des marques de sympathie jusqu’en 1935 :

« Lorsqu’il fut connu que les nazis maltraitaient les Juifs, une vigoureuse réprobation fut exprimée dans les rangs du judaïsme français, des organisations de la gauche non communiste tels que la Ligue de Droits de l’homme, la Ligue internationale contre l’antisémitisme, le Comité Mattéotti, le Secours rouge international (...) à cette réprobation s’ajouta une profonde compassion ».

En juillet 1933, la France exige que les Allemands, pour être admis en France, possèdent un passeport et un visa d’entrée. Les autorités françaises ne distinguent pas encore le problème des Juifs allemands des Allemands. En août de la même année, une note ministérielle précise :

« L’introduction en France des Israélites chassés d’Allemagne doit se poursuivre avec une extrême circonspection. »107

Les professions libérales en place demandent une protection particulière que la Loi du 19 juillet 1934 leur accorde facilement :

« Tout nouveau Français doit attendre 10 ans suivant sa naturalisation pour être nommé à une fonction publique, inscrit au barreau (...) Ces mesures furent appliquées avec zèle (…) dans l’esprit le plus restrictif (...) les expulsions furent fréquentes après l’assassinat du roi Alexandre » 108.

Pendant la période du Front populaire, ces mesures ne sont pas abolies mais adoucies, pour reprendre en 1938 avec vigueur sous le gouvernement Daladier.

En 1938, un Comité des réfugiés est mis en place grâce à l’énergie de Louise Weiss ; il obtient des dérogations mais ne disposait que de peu de moyens.

« Sa création prouvait du moins que l’opinion n’approuvait pas dans son ensemble la sévérité des pouvoirs publics »109.

L’irruption dans la vie locale de ces arrivants crée une situation qui engendre des données nouvelles provoquant des réactions positives et négatives dans la population.

A) SOUS LE REGIME DE VICHY

1) L’ANTISEMITISME A NICE SOUS LE REGIME DE VICHY

Après la défaite, l’antisémitisme et le même à Nice que dans le reste de la France. Le gouvernement donne le ton, journaux sous contrôle et organisations de droite prennent le relais, et intoxiquent l’opinion. Ces manifestations ne sont pas le fruit d’une génération spontanée. L’Action Française a déjà largement répandu ces théories bien avant la Deuxième Guerre Mondiale. La propagande officielle du jour reprend ces thèmes en les amplifiant. La presse locale calque ses positions sur ces idées.

Voici quelques exemples significatifs de ce qui est servi aux lecteurs ; Ralph Schor110 les décrit dans « L’Antisémitisme dans les années Trente » et fait état de l’ambiance dans ce domaine en France entre les deux guerres. Il précise dans la quatrième page de couverture :

« Les débats de l’immédiate avant-guerre et leurs conséquences tragiques ne sont pas dépourvus de liens avec l’actualité la plus immédiate111 ».

Pour illustrer ce commentaire, citons quelques passages, relevés dans sa recherche sur la xénophobie. L’aversion envers les étrangers en général est très proche de l’antisémitisme, puisqu’aux yeux de ceux qui prennent cette position, « un Juif restera toujours un Juif », l’assimilation lui serait impossible, il reste toujours un allogène. Il en est de même pour l’Etranger en général :

Page 117 « Tout au long de son existence, l’Ami du Peuple accorda une place exceptionnellement importante à la critique des étrangers. Les très nombreux articles qu’il consacra à ce thème constituent une véritable anthologie de la xénophobie (....) les étrangers étaient responsables de la plupart des malheurs qui frappaient la France ».

En ce qui concerne plus spécifiquement les Juifs, Ralph Schor précise page 139 : « Les réfugiés les plus dangereux étaient sans doute les Juifs allemands, (...) en effet, la race juive était traditionnellement animée de mauvaises intentions, (...) [ce journal] avait toujours souligné les tares d’Israël ».

En ce qui concerne plus spécialement les Juifs venus d’Allemagne, il précise page 141,

« Les Juifs allemands, non astreints au service militaire, assisteraient, sans aucun risque, au conflit qu’ils auraient déclenché ».

A Nice, un comité anti-juif se réunit le 11 mai 1937, et Darquier de Pellepoix donne le ton sur l’action à suivre :

« Il faut, de toute urgence, résoudre la question juive, que les Juifs soient expulsés ou qu’ils soient massacrés »112.

Ainsi, bien avant la guerre, ces thèmes sont exploités et lus par un grand nombre de personnes. Vichy reprend intégralement ces idées pour sa propagande antisémite. Xénophobie et antisémitisme sont frères jumeaux, un même courant de pensée.

Le décret Marchandeau promulgué le 21 avril 1939, interdit toute propagande antisémite. Le 27 du même mois, le Commissariat Spécial de Nice adresse une note au Préfet113, afin de l’informer du changement de la propagande du « Groupe antisémite de Nice ». Ses membres se réunissent au Bar ‘’ Ça va mieux’’’ rue Saint Siagre, sous la direction de M. Parcy. Ils décident que dorénavant, pour se conformer à cette disposition, des tracts vont paraître sur le mode ironique, l’oeuvre des Juifs sera vantée avec exagération. Il tentera de convaincre les Français de la toute puissance des Israélites ayant des fortunes scandaleuses. Il souligne que le gouvernement soutenant les Juifs est du même ordre que celui qui, il y a plusieurs années, a chassé les prêtres et saisi les biens de l’Eglise.

L’abrogation du décret Marchandeau fait partie des toutes premières mesures prises par Vichy en 1940.

La propagande antisémite porte des fruits :

La Police d’Etat de Nice, en date du 14 septembre 1940 adresse une note au Préfet lui signalant :

« des bris de glaces ont encore été commis à l’encontre de magasins exploités ou gérés par des commerçants israélites (...) rue Longchamp, (...) rue Maréchal Joffre,(…) Promenade des Anglais,(..). Rue Meyerbeer ». Ce document fait état d’un tract distribué avenue de la Victoire intitulé ’’Vigilance’’ (...) Les Juifs et les Francs Maçons, responsables de notre défaite et de nos souffrances, bénéficient d’une protection criminelle de la part de certains policiers véreux »114.

Citons des passages d’une lettre adressée à un Ministre du gouvernement Pétain quelques de jours après l’Armistice :

« Nous sommes plusieurs bons Français réfugiés à Cannes et nous sommes honteux et peinés de voir ce qui s’y produit au point de vu social et patriotique. La ville est inondée de Juifs et d’étrangers douteux qui font ouvertement dans tous les hôtels une infâme propagande contre le Maréchal, (...) Les hôtels Carlton et Martinez sont des nids où les Juifs à coups de billets de banque font l’opinion pour le Popu, (...), un coup de balai est urgent, (...) [signé] un groupe de Parisiens désireux de sauver ce qui doit être sauvé. Le Pays, l’Honneur et la Patrie115 ».

Les Juifs sont montrés du doigt, et présentés comme opposant au régime officiel de Vichy. Le rejet est instauré en ligne de conduite sous couvert de patriotisme.

En vertu des dispositions prises par le gouvernement de Vichy, la Préfecture assigne des Juifs à résidence forcée dans divers villages de l’arrière pays.

Valdeblore abrite 22 d’entre eux. Le Curé116 de cette localité adresse au Préfet le 30 mai 1941 une lettre se plaignant :

« d’avoir maintenant une bonne douzaine de ces inutiles qui [par les achats qu’ils font] provoquent des hausses de prix alimentaires, quel paysan résistera à la tentation de vendre un article vendu jusqu’à présent deux Francs à dix Francs, et après la tentation, ce sera la perversion des campagnes ».

Il suggère au Préfet de ne délivrer à ceux-ci que des cartes d’alimentation réduites en possibilités d’achat, valables en ville seulement, afin de ne pas grever le ravitaillement des villageois. Cette attitude n’a pas été de règle dans tous les villages, dans certains les Juifs sont protégés. A Brouse, dans les Alpes de Haute Provence, aucun Juif n’a été arrêté.

Le journal « L’Ergot » 117 décrit comment le Temple de la rue Deloye est pillé et saccagé pendant un office religieux, le 16 juin1942 par les groupes d’action du P.P.F118. L’assemblée des Cardinaux et Archevêques (ACA) proteste contre ce mis à sac.

Un témoin relate :

« Un matin d’avril 1943, je vis un milicien sur la Promenade des Anglais à Nice, écraser de sa botte et fracasser la tête d’une jeune femme juive, devant des badauds épouvantés et un enfant qui hurlait ‘’Maman, Maman’’. » 119

Examinons les réactions à ces manifestations à partir de la fin de l’année 1941. Les lois anti-juives de Vichy se mettent en place, et un recensement de Juifs est en cours d’exécution. Jusqu’à cette date, nous n’avons pas trouvé trace, aux Archives Départementales, de protestations contre le principe même de ces mesures. Il va en être tout autrement à partir du moment où ces lois vont trouver un accomplissement concret. Une partie de la population réagit comme si elle n’avait pas compris toute la portée des décisions prises, à l’exception d’un nombre apparemment restreint de partisans de ces textes.

2) LES RAFLES D’AOÛT 1942

C’est à ce moment que commence la période la plus difficile pour les Juifs des Alpes-Maritimes, elle ne se terminera qu’à la libération de la ville par les forces alliées, en août 1944.

Une conférence a lieu le 7 mai 1942 à Paris, réunissant le Chef de la sécurité du Reich, Heydrich, et le secrétaire de la Police de Vichy, Bousquet. Ce dernier propose aux Allemands la déportation des Juifs apatrides internés. Les chefs de la S.S. en France, Oberg et Knochen,

« Demandent un contingent de 10 000 têtes (sic) à livrer. Il [Bousquet] donne son accord le 4 juillet 1942, et met la Police française à la disposition des Allemands pour des rafles massives à Paris. L’accord se fait aussi pour la même opération en zone « libre » pour l’arrestation des Juifs apatrides ».

Sont considérés comme apatride les ressortissants des pays suivants :

Juifs allemands, autrichiens, sarrois, dantzigois, luxembourgeois, russes, baltes, de nationalités indéterminées et porteurs du passeport Nansen.

Le chef allemand aux affaires juives estime le nombre de Juifs demeurant à Nice à 8 000 ».120

3) LA CASERNE AUVARE

Le Préfet informe Vichy en date du 31 juillet 1942, que l’autorité militaire a donné son accord pour la mise à disposition de la caserne Auvare pour le « rassemblement d’environ 3 000 individus », la surveillance de ceux-ci étant assurée par la Gendarmerie. (Voir aussi page 107 de l’annexe, Tome 2)

En date du 23 août 1942, l’intendance de la région de Police de Nice donne des directives très précises sur la façon d’organiser la rafle, qui a lieu le 26 août 1942 à deux heures du matin. L’objectif est d’arrêter 1800 personnes fichées121. Le terme « fiché » a particulièrement retenu notre attention ; il est repris une nouvelle fois dans les instructions que reçoit la S.E.C122 le 3 septembre 1943123 en prévision des prochaines arrestations ; nos recherches sont aussi orientées afin de savoir de quelles fiches il s’agissait.

Un rapport sur ces arrestations est adressé le 27 août 1942 au Préfet régional. Ce document fait état de 510 israélites, soit 207 hommes et 303 femmes et enfants. Ces opérations ont aussi lieu dans l’arrondissement de Grasse, Cannes (62), Antibes (21), Vence (13), Vallauris (5), Ville de Grasse (5) et Cagnes (5), 66 à Monaco soit 177 personnes n’habitant pas Nice124. Ceci est une nouvelle preuve de l’existence d’autres fichiers.

Comparé à d’autres villes du Sud Est, le pourcentage de réussite par rapport à celui escompté est décevant pour les autorités. L’objectif de 3 000 personnes n’a pas été atteint. A Nice, ce chiffre s’élève à 17, 3%, à Marseille à 73 %. Le commissaire de Police du 1ier arrondissement de Nice déclare :

« Le personnel ne donne pas le rendement maximum, (...) c’est essentiellement grâce à l’action des indicateurs que 40 Juifs ont pu être arrêtés par mes 25 hommes »125.

Ce commentaire souligne indirectement l’aide apportée par la population locale.

Un train avec 560 Juifs part de Nice à destination de Drancy. D’autres trains partent pour Rivesaltes126 dans les mois suivants, ce qui porte le total des déportés à 664 personnes, dont 7 enfants de moins de dix ans. Avant le départ, les déportés doivent faire une déclaration de leurs biens mobiliers et immobiliers.

Nous avons répertorié de 557 personnes, mentionnant les nom, prénom et date de naissance, soit 1 671 renseignements insérés dans le chapitre des pérégrinations des Juifs de ce département. Cette liste est celle de S. Klarsfeld.127

D’après J.L. Panicacci128, les autorités religieuses eurent une attitude contrastée, les Pasteurs protestants se montrant plus disponibles que le clergé catholique à cette époque. Il rappelle la réaction négative du Curé de Valdeblore avec ses commentaires maréchalistes et xénophobes. Par ailleurs,

« L’Evêque de Nice a éconduit sans aménité un rabbin qui lui demandait d’intervenir afin qu’une synagogue pu être ouverte à Cannes. » 129

Mais ne passons pas sous silence l’action ultérieure de l’abbé Daumas pour lutter contre les arrestations et les déportations, et l’engagement de Monseigneur Rémond pour aider Moussa Abadi à sauver 527 enfants juifs, cachés dans les institutions religieuses et des familles d’accueil.

Nul écriteau ne rappelle que lors de la première rafle effectuée sous le gouvernement de Pétain en août 1942, les Juifs furent regroupées à cet endroit avant de prendre le chemin de Drancy, au départ de la, gare de Saint. Roch à Nice. Il a fallu attendre 60 ans pour que, le 27 août 2002 une commémoration et l’apposition d’une plaque soit apposée sur le mur d’enceinte de cette caserne.

4) LES REACTIONS AUX MESURES ANTI-JUIVES

Pour le maximum de clarté dans l’exposé de ces réactions, nous avons choisi de les présenter par ordre chronologique, afin qu’elles suivent les événements au fur et à mesure de leur apparition. Ce qui se passe dans le monde et dans le reste de la France a bien entendu une influence à Nice.

Paul Claudel écrit à Noël 1941 une lettre dont nous ignorons le destinataire, ainsi libellée :

« Je tiens à vous écrire pour vous dire le dégoût, l’horreur l’indignation qu’éprouvent à l’égard des iniquités, des spoliations, de mauvais traitements de toute sorte, dont sont victimes nos compatriotes Israélites, tous les bons Français, et spécialement les catholiques. J’ai de fréquents rapports avec les Juifs de toutes nations, et j’ai toujours trouvé en eux non seulement des esprits ouverts, mais des coeurs généreux et délicats. Je suis fier d’avoir parmi eux beaucoup d’amis. Un catholique ne peut oublier qu’Israël est toujours le Fils Aîné de la promesse, comme il est aujourd’hui le Fils Aîné de la douleur. Bien heureux ceux qui souffrent persécution pour la Justice’’ Que Dieu protège et bénisse Israël dans cette voie rédemptrice ».130

Si nous citons Paul Claudel, poète et diplomate, connu et reconnu, « apologiste catholique, (…) sa parole est désormais comme un sacrement »131, c’est parce que ce qu’il dit ne passe pas inaperçu à Nice.

Nous supposons que cette missive concerne la zone occupée, car en 1941, aucune mesure coercitive n’est prise en zone dite libre. Paul Claudel ne soupçonne pas, comme la majorité de la population, y compris juive, les intentions des Allemands. Pour mémoire, la Conférence de Wannsee132 n’a lieu que le 20 janvier 1942. La dernière ligne de sa lettre est significative de la perception de la judéité par la catholicité de cette époque.133 En quoi les Juifs doivent-ils se racheter ?

Une lettre au Préfet, datée du 3 mai sans indication d’année, relate divers incidents qui se sont produits Promenade des Anglais. Le contexte général du ton employé nous fait situer ce texte en 1941 ou 1942, avant les rafles :

« Pouvez-vous tolérer plus longtemps les agissements d’une bande qui se permet de faire partir de la Promenade des Anglais des gens qu’ils jugent être des Juifs s’ils ne montrent pas leurs papiers. Dimanche il y a eu des coups de poings, et un homme très catholique a été blessé (...) je suis catholique, pas gaulliste, (...) mon gendre est russe blanc de grande famille, et son frère s’est engagé contre le bolchevisme, tout ceci pour vous montrer que je ne suis pas non plus pour les Juifs qui ont mené notre pays où il en est. (...) il me semble qu’il est de mon devoir de vraie française de vous signaler ces faits qui ne sont certainement pas approuvés par le gouvernement du Maréchal Pétain.»134

Cette lettre est intéressante à analyser par le cheminement de la pensée du scripteur. D’une part, cette dame en tant que catholique n’aime pas qu’on importune des Juifs en tant que Juif sur la Promenade, elle s’offusque par ailleurs qu’on ait pu confondre un catholique avec un Juif, puis, imprégnée de la propagande officielle, proclame qu’elle n’aime pas les Juifs (je ne suis pas pour les Juifs qui ont mené etc.), et avance pour preuve de son anti-judaïsme que le frère de son gendre se soit engagé dans la lutte contre les bolcheviques. Le terme judéo-bolchévique, employé constamment par la presse, fait associer dans l’esprit de cette personne la lutte contre le bolchevisme et son aversion pour les Juifs. Cette confusion entre une opposition politique à un régime et l’appartenance religieuse à la judéité est courante à cette époque, et instillée par la propagande officielle.

S. Klarsfeld écrit :

La grande majorité des israélites [français] de la région [niçoise] réprouve les mesures prises. Certains d’entre eux auraient été partisans de l’internement des Juifs étrangers dans des camps français, mais ils n’admettent pas leur envoi éventuel en Allemagne, où, paraît-il, ils ont tout à craindre, y compris la mise à mort135

Les rafles dans les Alpes-Maritimes ont lieu en août 1942 et désormais le ton change considérablement. La première manifestation de solidarité avec les Juifs, connue à Nice, est la lettre pastorale de Monseigneur Saliège, Archevêque de Toulouse, puis de l’Evêque de Montauban du 26 août 1942.

« Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France soit responsable. A Paris, par dizaines de milliers, des Juifs ont été traités avec la plus barbare sauvagerie. Et voici que dans nos régions on assiste à un spectacle navrant ; des familles sont disloquées, des hommes et des femmes sont traités comme un vil troupeau et envoyés vers une destination inconnue avec la perspective des plus graves dangers. Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne (...) A lire sans commentaires à toutes les Messes dans toutes les Eglises et Chapelles du Diocèse le Dimanche 30 août 1942 » 136.

Le Cardinal Gerlier à son tour fait diffuser un communiqué, à lire en chaire le dimanche 6 septembre 1942. Il s’élève aussi contre les mesures prises à l’encontre des Juifs, et en appelle à l’esprit chrétien. Son ton est plus maréchaliste, il termine son message ainsi :

« Ce n’est pas par la violence et la haine que l’on pourra bâtir l’Ordre Nouveau (...) mais dans l’union bienfaisante des esprits et des coeurs à laquelle nous convie la grande voix du Maréchal »137.

En bas de cette lettre figure la mention suivante :

« Circulaire adressée de Lyon par le Juif David Weil aux Juifs de Cannes, et mise en circulation par ces derniers dans tous les milieux sociaux. »

Vraisemblablement, ce document a été saisi par l’autorité de censure postale pour être transmise à la Préfecture. Les voies du hasard des interceptions de courrier sont vraiment impénétrables. Le 31 octobre 1942, un rapport de Police indique qu’aucun autre exemplaire n’a pu être retrouvé « à cause du mutisme des personnes interrogées »138. Cette remarque laisse à penser que ce message a bien été diffusé dans notre région.

Cependant, la prise de position du Cardinal Gerlier ne semble pas aussi nette que la citation le laisse supposer. Henri Fabre139 n’est pas un historien, mais la préface de son livre est signée par Jean Mathieu Rosay, prêtre historien, ce qui donne une double caution à son affirmation. Il écrit :

« On a faire de lui un opposant à la politique raciale de Vichy. Pour cela, on s’appuie notamment, en les amputant le plus souvent, sur deux interventions, forts tardives. La première est une lettre à Pétain du 19 août 1942. Le grand rabbin Kaplan a appris ce qui se passe en Pologne. Il dit au Cardinal que’’ des milliers d’innocents ont été envoyés en Allemagne, non pour travailler, mais pour y être exterminés’’, et il le supplie d’aller à Vichy mettre le Maréchal au courant. Gerlier accepte seulement de le faire par écrit. Il demande que soient épargnés, si possible, à ces malheureux des souffrances qui accablent déjà un si grand nombre. Mais il ajoute malencontreusement : Nous n’oublions pas la complexité du problème, ni les grandes difficultés que rencontre le gouvernement en cette matière. Il a [le Cardinal] un serrement de coeur en pensant à la nature des traitements subis ou ceux à venir »140.

Nous remarquons que le Cardinal à changé le mot « extermination » de la lettre du Rabbin Kaplan en « traitement » Cette terminologie correspond exactement à celle employée par les Allemands pour camoufler leur action de mise à mort. Henri Fabre conclut son commentaire en ces termes :

« Le lecteur doit savoir encore que Pétain n’attendra pas plus d’une semaine pour adresser sa réponse au Cardinal : ce sera la rafle du 26 août [1942] ».

Henri Fabre mentionne dans son livre l’antipathie du Cardinal pour les Juifs. Il cite un entretien avec Xavier Vallat :

« Personne ne connaît mieux que moi le mal énorme que les Juifs ont fait à la France. C’est le krach de l’Union Générale, voulue par les Juifs, qui a ruiné ma famille (...) Votre loi n’est pas injuste mais c’est à propos de son application que la justice et la charité font défaut »141.

Un rapport des Renseignements Généraux en date du 26 août 1942 fait état de 66 Israélites étrangers appréhendés à Beausoleil et transférés à Nice. Il se termine ainsi :

« Les recherches continuent pour découvrir ceux qui peuvent se cacher encore, soit chez des particuliers, soit en tous autres lieux. Ces opérations de Police sont diversement appréciées en Principauté : les uns plaignent les enfants qui, pensent-ils, vont être séparés de leurs parents ; les autres en minorité estiment que la mesure prise est bonne, mais que les Juifs riches et puissants sont sans doute encore à l’abri des recherches » 142.

L’analyse de ce document montre que les arrestations n’ont pas eu lieu à Beausoleil, mais à Monaco, que la population aide les Juifs à se cacher, que ‘’d’autres lieux’’ sont accueillants, qu’une minorité seulement approuve les mesures prises, et que le mythe du Juif riche et puissant perdure.

Au même moment, soit le 15 septembre 1942, les autorités françaises réagissent autrement. Ainsi, S. Klarsfeld relate :

Signalons que de nombreux anciens volontaires étrangers juifs, internés au Vernet et à Argeles ont été envoyés par Vichy en Afrique du Nord, dans des camps tels que Djella en Algérie, où ils sont traités comme des bagnards, avec une mortalité élevée » (...)143

.Dans ces camps se trouvent aussi des Juifs des Alpes-Maritimes.

Des tracts en faveur des Juifs circulent. Ainsi, un document non daté et non signé dit : « Humiliés, traqués et meurtris, les Juifs français et immigrés se tournent vers toi, population française de la zone non occupée et d’adressent un vibrant appel Tu dois prendre connaissance des atrocités inouïes que commet actuellement sur ton sol les barbares antisémites, atrocités qu’une presse aux gages te laisse ignorer. Elève ta protestation. Par tous les moyens en ta possession, arrête la main criminelle et sauve les victimes »144.

D’après l’argumentation employée, on pourrait penser que ce tract a été émis par une organisation juive. Sur deux pages, il décrit les arrestations en zone occupée, le rôle de la Police, les femmes séparées de leurs enfants dans le Vélodrome d’hiver. Il évoque ensuite les rafles de la zone non occupée, il a donc été établi après le 26 août 1942. Il est remarquable que cet écrit relate uniquement les diverses arrestations et les mauvais traitements subis par les Juifs, son argumentation principale est l’information. Ce n’est pas un appel au secours comme si une aide allait de soi.

Un autre document daté du 8 septembre 1942 est intitulé :

« Hommes de coeur, empêchez un crime abominable, sauvez 100 enfants Israélites que l’on veut livrer aux bourreaux nazis ».145

Il relate le cas d’enfants sous la protection de l’Eglise que Vichy veut arrêter. Il demande que des protestations s’élèvent, que la population accueille d’autres enfants Juifs et le fasse savoir aux autorités. Il se termine par cet appel :

« Sachez que si notre action unanime n’arrête pas la main du bourreau qui aujourd’hui frappe nos frères juifs, demain cette même main nous frappera aussi durement ».

Quel magnifique retour aux sources bibliques qui prône :

« Aime ton prochain comme toi-même146. »

Ou la devise de la République Française, qui invoque la fraternité.



Un troisième tract, dactylographié sur une feuille de cahier d’écolier, non daté, relate les mêmes événements. Il se termine par l’appel suivant :

« Niçois, Niçoises, les mesures qui frappent les Juifs vous ont indigné. Vous avez manifesté votre sympathie envers les persécutés. C’est bien. Mais il faut faire plus. Il faut mettre fin aux persécutions qui couvrent notre pays de honte. Dressez vous contre les arrestations et les déportations. (...) En refusant de travailler pour Hitler, en sabotant la production et les transports qui lui sont destines, vous hâterez sa défaite inéluctable. (...)[ signé :] Le Comité du Front National147».

Ce document, tout en relatant les arrestations et l’aide de la population aux Juifs, est probablement rédigé à l’époque de l’instauration du S.T.O.148 Son argumentation suggère l’idée que s’opposer à ce service, saboter la production, c’est aider à la victoire des Alliés. Elle associe la résistance, l’opposition au S.T.O., le sabotage et l’aide aux Juifs.

Jean Marie Guillon écrit :

« L’antiracisme n’est pas la motivation première de la plupart des résistants. Leur attitude repose avant tout sur le refus de la défaite, (...) et éventuellement, pour certains d’entre eux, l’antifascisme »149.

Des tracts circulent intitulés « Libérez les Juifs »150.

L’Evêque de Nice, Monseigneur Rémond, adresse le 22 septembre 1942, le message suivant au Maréchal :

« [De concert avec les collègues d’Aix, Fréjus et Monaco], nous vous adressons l’assurance respectueuse de leur vénération loyale et de leur entière collaboration à son oeuvre de redressement religieux, matériel et moral »151.

La même source nous indique un article paru dans le journal du diocèse de Nice ‘’ L’Eveil’’, en date du 19 septembre :

« Sur le problème juif’’ Les femmes cancanèrent chez le boucher, chez l’épicier, chez le boulanger, sur les prétendues atrocités que l’on infligeait aux Juifs (...) naturellement, il n’y avait pas un mot de vrai dans ces sornettes lancées et orchestrées par les radios étrangères152».

Toutes les autorités ne sont manifestement pas également informées des événements qui se sont déroulés pendant ces journées de rafles. Ainsi, le Chef des Renseignements Généraux, voulant peut-être ménager la chèvre et le chou, écrit le 27 août 1942

« Les opposants aux mesures constituent le groupe le plus important de la population (...) les hypothèses hasardeuses, dues à l’imagination de certains font impression et on les qualifie de crimes abominables, inspirés par l’Allemagne »153.

B) Une documentation se trouve page 214 à 220 de l’annexe Tome 2.

C) SOUS L’OCCUPATION ITALIENNE ET ALLEMANDE

1) LA PERIODE ITALIENNE

En septembre de la même année, à la suite du débarquement des Alliés en Afrique du Nord, les forces italiennes occupent la zone qui leur est réservée. La politique de collaboration avec l’Allemagne et Vichy continue, malgré l’occupation de toute la zone dite libre. Les autorités transalpines s’opposent aux arrestations des Juifs, ce qui irrite le Préfet en place. Il adresse, en date du 14 janvier 1943, une note à Monsieur le Chef du Gouvernement dans laquelle il se plaint de l’attitude des autorités italiennes, tant civiles que militaires :

« M. Calisse [ Consul d’Italie] m’a demandé de dispenser de cette mesure [éloignement de Nice vers la Drôme] les ressortissants italiens israélites, et quelques jours plus tard, le Général Commandant de la Division italienne de Nice me demanda purement et simplement de suspendre l’application de cette mesure (...) à la demande de M. Calisse, il a été décidé de surseoir à l’application de cette loi [ port de l’étoile jaune] [pour que] la même législation que celle existant en Italie sur les Juifs soit appliquée, c’est à dire une législation humaine. »154.

Angelo Donati154b de son côté intervient, grâce à ses relations, auprès de Rome afin d’obtenir le transfert des Juifs de cette région vers l’Afrique du Nord. Les événements évoluent plus vite que ses démarches pour le sauvetage; pour une raison aujourd’hui encore obscure, les Alliés ont officialisé un mois trop tôt la conclusion de l’Armistice négocié dans la capitale italienne. Elle est annoncée le 8 septembre 1943, lors de la capitulation du Maréchal Badoglio.

Le 23 juillet le Préfet Chaigneau remplace M. Ribière à la direction de la Préfecture des Alpes-Maritimes. Le nouveau Préfet adopte une attitude bienveillante à l’égard des Juifs et prescrit à ses services de régulariser sans pénalité ceux qui vivent sous une fausse identité, par l’intermédiaire du Bureau de l’U G I F, situé 2, Bd Victor Hugo. Cette mesure compréhensive et bienveillante dans son intention sera préjudiciable aux Juifs quelques mois plus tard, lors de l’occupation allemande. Leur identité réelle est maintenant connue et leurs coordonnées faciles à trouver. Ceci va faciliter la traque des Allemands.

Monseigneur Rémond aide activement au sauvetage d’enfants juifs, à l’initiative, l’aide et l’intermédiaire de M. Moussa Abadi et de M. Heymann de l’O.S.E155. Il déclare :

« Allez de l’avant, je serai toujours derrière vous pour le bien. La vie d’un enfant est pour moi sacrée »156.

La décision de l’Evêque encourage d’autres ecclésiastiques à suivre son exemple ; les curés de Saint. Etienne de Tinée, de Saint. Pierre de Féric, de Notre Dame à Nice, le Directeur de l’école Sasserno et de Don Bosco mettent des Juifs avec leurs enfants pensionnaires à l’abri des recherches allemandes, sans tentatives de conversion157. Ainsi 527 enfants sont sauvés par le réseau Marcel158, dirigé par Moussa et Odette Abadie.

J..L. Panicacci écrit :

« Comment expliquer la soudaine disponibilité de l’Evêque ? Comme il est anti-allemand, et profondément humain et charitable, il s’employa à essayer à faire échapper les Juifs à la persécution, bien que n’ayant pour eux aucune sympathie ; on peut être antisémite et révolté devant les pogroms »159.

Cette explication correspond exactement à la définition de Raul Hilberg160 sur l’antisémitisme religieux.

Monseigneur Rémond reçut la Médaille des Justes161 de Yad Vashem162 en 1991 et une plaque est apposée sur le mur de l’Evêché de Nice en juin 2000. Nous reproduisons le récit que fit Moussa Abadi de la première entrevue qu’il eut avec Monseigneur Rémond au sujet du sauvetage des enfants :

« Je lui ai dit : Monseigneur, je suis un Juif, je viens de loin je suis originaire d’un des ghettos les plus vieux du monde, je viens vous demander de prendre des risques, d’essayer de vivre vos Evangiles comme je vais essayer de vivre ma Bible. Vous pouvez me jeter dehors, vous pouvez me chasser, mais sachez que sans vous, je ne pourrai pas sauver des enfants » (…) Il me dit « Je vais essayer de réfléchir ». Mais arrivé devant la porte, il me dit « Je crois bien que vous m’avez convaincu » et il ajouta « je crois bien que vous m’avez converti ». Alors, j’ai eu mon bureau à l’Evêché, avec mes faux tampons, j’étais devenu un grand faussaire avec l’aide de Monseigneur Rémond, qui me prêta la main de temps en temps »163.

Monseigneur Rémond, patriote et héros de la première Guerre Mondiale, chercha par tous les moyens à maintenir la confiance de ses diocésains. Pétainiste convaincu au début de la guerre, il ne s’est jamais prononcé publiquement jusque là contre la déportation des Juifs, ni contre le S.T.O164. Ce silence gêna bien des catholiques à Nice ; son attitude se nuança par la suite :

« L’action de Monseigneur Rémond se situa sur deux plans : il demeura un notable, un personnage officiel, engagé en faveur du nouveau régime, mais progressivement, surtout à partir de 1942, poussé à la fois par sa conscience et son réalisme, il devint un homme de l’ombre, soutenant ceux qui résistaient165.

Il faut dire que la clandestinité est la condition sine quoi non d’une telle action, qu’elle soit religieuse ou laïque

Lors de l’inauguration de la plaque, René Rémond, neveu de L’Archevêque, prit la parole :

« Cette histoire [de l’action de son oncle] n’a été retrouvée qu’assez récemment. J’ai eu beaucoup de conversations avec mon oncle. Je ne crois pas qu’il y eut beaucoup d’épisodes d’une vie très remplie dont nous n’ayions parlé ensemble, et je ne me souviens pas qu’il n’ait jamais fait allusion au rôle qu’il avait joué pour sauver ces 527 enfants juifs. Le secret qu’il avait imposé à sa maison, il l’a gardé après ».

Dans la tragédie qui frappait les Juifs, l’autorité du Préfet Ribière était en opposition avec l’opinion générale de la population, elle-même en décalage avec l’attitude prudente des autorités ecclésiastiques.

Avec l’arrivée à Nice des Allemands, le drame va en s’amplifiant.

2) ARRESTATIONS OPEREES PAR LES ALLEMANDS DE SEPTEMBRE A DECEMBRE 1943166

Les troupes allemandes arrivent à Nice le 9 septembre 1943. La vie de tous change. A une occupation ‘’douce’’ par l’occupant italien, la terreur s’installe avec l’arrivée des Allemands.

Le S.S. Aloïs Brunner, spécialiste de la traque des Juifs est déjà à Marseille et suit immédiatement l’avancée des troupes du Reich. Dès lors, les Juifs de nationalité française, relativement épargnés jusqu’ici, en zone dite libre, ne sont plus préservés.

D’après Richard Cohen, de l’Université hébraïque de Jérusalem167 :

« L’arrestation des Juifs étrangers dans la zone occupée en mai et août 1941, se fit sans la moindre protestation du Consistoire devant les autorités de Vichy (…) il semblerait que la protestation qu’il soumit à la fin mai 1941 aux officiels de Vichy était l’indication la plus claire, qu’en parlant d’une communauté de 130 000 personnes, le consistoire prenait position comme le protecteur des Juifs français, et d’eux seuls »168.

Les noms relevés sur la liste en référence comporte des arrestations opérées par les autorités allemandes sans distinction de nationalité, de religion, Juif ou non Juif, ou autres motifs. Il en résulte l’adjonction de noms sans rapport avec notre recherche, impossibles à détecter à priori.

Cette liste comporte 647 noms se répartissant ainsi :

36 Noms figurent sur le fichier avec la mention J (9,81%)

62 Noms figurent sur la liste sans la mention J (16,90%)

Parmi les 647 noms figurent 280 personnes de nationalité française qui n’ont pas été prises en compte dans ces pourcentages.

Elle fait, en partie seulement, double emploi inévitable, avec le chapitre « Hôtel Excelsior ». Cette liste figure pages 90 à 96 de l’annexe, Tome 2.



HÔTEL EXCELSIOR

L’époque que nous abordons maintenant commence le 8 septembre 1943, date à laquelle la nouvelle de l’Armistice italien est connue, et s’arrête avec le dernier convoi pour Drancy, le 30 juillet 1944.

La panique règne parmi les Juifs de la région, ils savent que la mansuétude dont ils bénéficient de la part des autorités italiennes prend fin. Alois Brunner, S.S, Obersturmbannführer169 chef du commando anti-juif fait son entrée à Nice le 10 septembre 1943. Son quartier général est situé à l’Hôtel Excelsior, près de la gare. Il organise immédiatement avec son équipe le ratissage systématique de tous les Juifs de la Côte d’Azur et fait régner la terreur. Son but est de rafler 1800 personnes fichées. Dès le 10 septembre, à 15h30, la police allemande cerne les hôtels Windsor et Busby, et organise des rafles dans les rues. La description circonstanciée est faite par Serge Klarsfeld.170

En juillet 1943, Eichmann171 a demandé au consul Général Walter von Hellenthal à Monaco de recenser les Juifs réfugiés dans la Principauté, estimant que 15 000 d’entre eux sont cachés dans les hauteurs entourant le rocher. Le consul répond qu’il n’y a que 1 000 Juifs, installés de longue date, mais reçoit l’ordre de prendre contact avec Brunner pour organiser leur arrestation.172 Brunner se rend en personne au Consulat d’Italie à Nice à la recherche de dossiers concernant les Juifs. Les diplomates lui affirment que les documents sont partis à Rome.

Brunner n’est pas sûr de pouvoir bien remplir sa mission, car celle-ci doit être menée discrètement pour ne pas avertir les Juifs ; or la radio de Londres décrit « L’enfer de Drancy » et invite les fonctionnaires français s’occupant des affaires juives à bien réfléchir sur les conséquences de leur action, en participant aux arrestations organisées par Brunner. L’émission invitait les auditeurs à secourir les Israélites et surtout à sauver les enfants.173

Notre recherche consiste à entrer dans notre base de données informatique tous les noms inscrits sur des listes de Juifs arrêtés figurant dans le travail de S. Klarsfeld pour les intégrer ensuite dans nos propres listes et les exploiter dans le chapitre des pérégrinations déjà cité. Pour cette partie, nous avons enregistré 3309 noms de famille, Prénoms, nom de jeune fille, date de naissance, date d’arrivée à Drancy, et numéro du convoi en partance de Drancy pour les camps d’extermination, l’ensemble représentant environ 18 000 données.

De l’arrivée de l’équipe Brunner à son départ en Décembre 1943, 2142 Juifs sont arrêtés et enregistrés à l’Hôtel Excelsior. De janvier 1944 à juillet 1944, leur nombre est de 1667. Le total de ces deux chiffres est de 3 809, ce qui ne correspond pas à celui figurant sur la plaque du quai N° 1 de la gare de Nice. (3 612, différence de 197 personnes).

Les listes de S. Klarsfeld174 font apparaître 397 noms en face desquels ne figure aucun numéro de convoi. Un certain nombre parmi eux est libéré à Drancy pour erreur d’arrestation, d’autres sont décédés ou ont pu s’échapper de ce camp, d’autres encore ont bénéficié d’interventions fructueuses175 ; tel est le cas pour Paul Bernard,176 dit Tristian, et son épouse, transférés l’hôpital Rothschild grâce à l’intervention de Sacha Guitry177 (les copies de ces fiches d’arrestations se trouvent pages 124 et 125 de l’annexe Tome 2) Il reste une différence de 94 noms que nous ne pouvons pas expliquer. Il se peut que Serge Klarsfeld n’ait pas pu déterminer le numéro de tous les convois pour y affecter les noms correspondants, les documents retrouvés n’étant pas toujours complets.

Les méthodes allemandes sont d’une brutalité sans limites. Nous en citons quelques exemples :

Le 11 décembre 1943, un rapport du Commissariat de Police du 4ième arrondissement fait état de la mort de M. Jacobi Isidore : ( documents pages 125 et 126 de l’annexe, Tome 2.)

« Dans cette chambre du quatrième étage sur un des lits se trouve, sous un linceul blanc le cadavre entièrement nu du Sieur Jacobi ; on remarque sur le maxillaire inférieur gauche la trace d’une balle qui (...) est ressortie derrière la nuque sur la base du cervelet (...) La fenêtre de la chambre donne sur l’avenue Durante (...) sur le carreau central de cette fenêtre on remarque le point de passage d’une balle (...) les sentinelles ont reçu l’ordre de tirer sur les contrevenants [ qui se penchent part la fenêtre]178».

La copie de ce rapport se trouve pages 126 et 127 de l’annexe, Tome 2.

Le 19 novembre, un rapport du 3ième arrondissement relate le suicide de M. Spoleansky à la maison d’arrêt de Nice. La conclusion de l’enquêteur est formulée ainsi : 

« Attendu qu’il ressort du rapport du Docteur Auzias que la mort est certaine, que de l’ensemble des constatations opérées, elle résulte une fracture de la base du crâne. Disons qu’en l’état, la cause du décès peut être attribuée à un suicide179».

Un rapport de la S.S., en langue allemande, à l’Intendant régional de la Police, M. Duraffour est annexé au rapport de Police. Voici sa traduction :

« Concerne : le terroriste Juif Spoleansky Grégoire, enseignant privé, né le 10/8/1912 à Elisabethgrad, Ukraine, nationalité française

Antécédents : aucun

Pièces jointes : aucune

Il s’agit, comme les renseignements recueillis le prouvent indiscutablement, et d’après ses propres aveux, d’un dangereux terroriste communiste, qui, avec un groupe organisé de terroristes, parmi lequel se trouve le Juif ROOS, se trouvait en étroite liaison.

Spoleansky s’est précipité le 19/11/ 1943, dans un but suicidaire, du 2ième étage de la prison, et est décédé le même jour par suite de cette chute.

Il est demandé de brûler le cadavre discrètement.’’180.

Les copies de ces rapports se trouvent pages 127 et128 de l’annexe, Tome 2.

Pour illustrer les méthodes allemandes nous reproduisons quelques extraits d’une lettre de Mme Barach181 adressée au Préfet des Alpes-Maritimes en date du 20 septembre 1943 : La photographie de cette pièce se trouve pages 130 à 134 de l’annexe Tome 2. Elle a un autre intérêt : d’une part, nous n’avons trouvé aucune réponse à cette demande. Monsieur Baruch a été déporté sous le nom Barah le 17 septembre 1943, convoi pour Auschwitz N° 60, et d’autre part, Madame Barach fait appel à « l’esprit de justice des autorités d’occupation », et se distancie de ses « coreligionnaires étrangers ou d’un suspect ». Cela nous montre combien le plus grand nombre de Juifs ignoraient la réalité de la situation et le sort fatal qui leur était réservé.

(Une copie se trouve pages 129 à 134 de l’annexe, Tome 2)

« Nous avons l’honneur de vous écrire pour implorer votre haute et bienveillante assistance en vue d’obtenir la libération de notre époux et père Monsieur Barach Abraham, Ministre officiant du culte israélite à la synagogue de Nice depuis près de quarante ans et bien connu des autorités locales, de par ses fonctions qui lui valurent l’attribution des Palmes académiques. Il se trouvait à la Synagogue de la Rue Deloye dimanche 12 septembre lorsqu’un détachement allemand l’invita à les conduire chez Monsieur le Grand Rabbin Pruner et chez Monsieur Montel. Monsieur Barach reçut ensuite l’autorisation de remplir ses fonctions en accompagnant, en récitant des prières, un convoi funèbre au cimetière de l’Est, et fut simplement invité à se présenter à 4 heures de l’après midi à la synagogue pour qu’on lui fasse connaître si on considérait sa présence comme nécessaire. Alors que le convoi funèbre arrivait au barrage établi sur la route de Levens, toutes les personnes qui suivaient furent arrêtées par le détachement allemand de garde, et Monsieur Barach fut aussi ramené à la synagogue, d’où il fut transféré dans un hôtel aux abords de la gare, et nous n’avons depuis lors rien su de lui, sinon qu’il aurait été vu jeudi vers 15h à la gare, dans un groupe d’Israélites partant sous escorte par un train en direction de Marseille (…). Nous sommes persuadés que ce n’est que par suite d’une erreur ou d’une suspicion injustifiée que notre époux se trouve ainsi enlevée à notre affection (…) Sans doute a-t-on supposé qu’il s’agissait d’un Israélite étranger (…) ».

En annexe l’annotation : a été mobilisé en 14-18, et un tableau généalogique indiquant que la famille Barach est en France depuis 1813.182



Nous avons dit que les méthodes allemandes étaient brutales ; par la lettre de Madame Barach, nous constatons aussi qu’elles furent perfides, et que rien, même un enterrement, n’arrêtait leur exécration des Juifs.

Leur » sens du devoir obéissance » pousse leur haine au paroxysme de la folie meurtrière.

Madame Barach s’adresse au Préfet, le plus haut responsable local du gouvernement à Nice. Le passé de son mari, ses antécédents professionnels et militaires, ses décorations, la présence de sa famille en France depuis 1813 ne justifient pas, aux yeux de ce haut fonctionnaire, l’utilité d’une réponse, encore moins une intervention auprès des autorités d’occupation. La dernière phrase de cette lettre, concernant les Juifs étrangers, est significative. Elle se croyait à l’abri, car Française.

Pages134 à 140 de l’annexe Tome 2, nous reproduisons quelques photocopies des fiches d’arrestations sous référence Adam 166W 7.

M. Menasche, dont la femme s’est suicidé après son arrestation.

M. Reinach, Conseiller d’Etat, propriétaire de «la villa grecque» à Beaulieu/mer.(page 134, Tome2)

Mme. Issesson, motif d’arrestation : « a adopté un enfant de parents juifs ». (page 135,Tome 2)

Ms. Maurice et Joseph Joffo, Le sac de billes (pages 136 et 137 Tome 2).

M. Pruner, Grand Rabbin à Nice. (page 138,Tome 2)

Pour illustrer d’avantage les méthodes allemandes, nous reproduisons pages 140 et 141, Tome 2, une note d’information du 26 novembre 1943, émanant du Commissaire des Renseignements Généraux, et destinée à leurs homologues à Vichy, au Préfet des Alpes-Maritimes, et au Commissaire Divisionnaire des Renseignements généraux, service régional, relatant l’arrestations, revolver au poing, de vieillards octogénaires d’une maison de retraite à Vence.

L’Ugif183 est chargée du ramassage des bagages laissés par » les Israélites Etrangers, touchés par les dernières mesures administratives» réclame le remboursement de ses frais184. La photocopie de ce document se trouve page 141 de l’annexe, Tome 2.

Les Hospices civiles de Nice ne savent pas comment procéder à la garde des bijoux et fonds laissés par des Israélites, et demandent des instructions à Monsieur l’Intendant de Police de Nice. La copie de cette pièce se trouve page 142 de l’annexe, Tome 2.

3) LA RESISTANCE JUIVE A NICE

Une image quelque peu répandue veut faire croire que les Juifs ont été passifs contre les persécutions dont ils furent l’objet. Ils se seraient laisser arrêter sans résister, comme un « troupeau de moutons menés à l’abattoir ».185

Cette question est traitée et récusée par de nombreux exemples dans l’ouvrage collectif « Mémoire du Génocide. » 186 traitant de l’ensemble de ce sujet en Europe.

Marcel Goldenberg 187 énumère les onze organisations qui ont résisté ou contribué par la présence de Juifs à la lutte contre les Allemands. En conclusion, il cite A. Kaspi :

« Une résistance juive a existé... malgré les conditions dramatiques dans lesquelles ils ont vécu l’occupation, les Juifs [de France] ne se sont pas résignés à leur sort. Ils n’ont pas attendu que les nazis et leurs collaborateurs français viennent les assassiner. Les peindre timorés, résignés, passifs, relève du fantasme, ou de la calomnie ».

De même, Lucien Lazare démontre l’existence d’une résistance spécifiquement juive et de nombreux réseaux en France.188

J.M. Guillon indique » Ils signalent le rôle important joué par les Juifs dans les organisations de résistance alors qu’ils risquaient davantage encore que les non-juifs ».189

Une vue d’ensemble sur la résistance spécifiquement juive en France est développée par la revue « Le Monde Juif »190 avec de nombreux exemples.

Les Juifs de notre région combattent dès 1940 et se distinguent lors des combats sur la Somme, avec le Capitaine Jean Lippmann et son fils Jacques, ou le commandant Montel du 62e B.C.A à Saorge, qui obtiennent des citations et des décorations191. A Antibes, le Docteur Levy cache un émetteur et aide des agents du S.O.E192 anglais.

J.L. Paniccaci193 cite, entre autres noms, le peintre Girard, Maurice Diament Berger, (André Gillois), Albert Kohan, Scemama, Marcel Padolsky, Lucien Kohn, Marcel Konopcki. Une liste nominative complète est indiquée page 267. La Revue de la Résistance édité par le Musée de la Résistance à Nice donne des exemples nombreux de leur courage.194 Le numéro 19 indique une liste de 24 résistants morts en déportation.

La Jeunesse sioniste aida par la fourniture de fausses cartes d’identité, cartes de travail, aide en numéraires, assistance au passage en Suisse, cachettes. Les Eclaireurs israélites fournissent aussi divers faux papiers. Les résistants Konstantinoff et Melchior sont tués à la maison d’arrêt de Nice le 10 février 1944195.

S. Klarsfeld196 fait état d’un rapport de la Gestapo de Marseille concernant une action contre des résistants Juifs à Nice. Ce document fait mention de quatre résistants arrêtés qui « sont envoyées au camp Juif de Drancy ».

Contrairement à l’idée reçue, il y eut une résistance juive active à tous les niveaux, intégré à la Résistance nationale, ou résistance spécifiquement issue de la communauté juive. Ils participent activement à la lutte contre l’occupant allemand et à la libération de la région. Les documents se trouvent pages 207 et 208 de l’annexe, Tome 2.

106F.HILDESHEIMER, La vie à Nice au XVII siècle, Publi Sud Paris, 1988

107Op. cité, page 33

108Op. cité page 33

109Op. cité page 36

110Ralph SCHOR, L’antisémitisme dans les années Trente Complexe 1991

111Ralph SCHOR, Xénophobie et l’extrême droite, l’exemple de l’Ami du Peuple 1928-1937, pages 116, 120, 139,140.

112Jean LALOUM, La France antisémite de Darquier de Pellepoix, Syros, 1979, page 17

113ADAM 4 M165

114ADAM 4 M 174

115ADAM 4 m 174

116ADAM 4 m 174

117L’ERGOT, 21, Rue Meyerbeer Nice, du 26 mars 1946

118P.P.F. Parti Populaire de France

119Moussa, ABADI La Reine et le Calligraphe, 1993, page 131.

Il ajoute : « Le Messie n’était pas encore venu. Ni pour cette suppliciée, qui n’avait plus besoin de lui, ni pour les millions de ses coreligionnaires qu’on allait crucifier… Comme l’Autre.

120Me.S.KLARSFELD, Op. cité. page 2

121J.L.PANICACCI, Les Juifs et la question juive dans les Alpes Maritimes, Recherches régionales Adam 1983 N° 4, page 255 et 256

122S.E.C. Service d’Enquêtes et de Contrôles

123Op. cité. page 257

124ADAM 166 W 121

125ADAM 166 W 12

126Op. cité page 257. Ils partent pour Drancy le 15/9 et le 22 /10 /1943

127Me.Serge KLARSFELD, extraits de Nice la Caserne Auvare, page 2, FFDJ Paris 1998

128Op. cité page 254

129Op. cité page 254

130ADAM 4 M 167

131Citation du Robert des noms propres, page 470

132Conférence du 20/1/42, où est décidé la ’’solution finale’’, l’extermination des Juifs

133Rédemption : Grand Robert page 714 « l’action de se racheter au sens religieux ou moral du mot »

134Réf. Adam 616 W 225) Copie page 145 de l’annexe, Tome 2.

135Les transferts de Juifs, Op. cité, page 9

136ADAM 166 W 16

137ADAM 166 W 16

138ADAM 166 W 16

139Henri FABRE L’Eglise catholique face au fascisme et au nazisme EPO 1994, pages 230 et suivantes.

140Colloque de Grenoble 1976 »Eglises et Chrétiens dans la deuxième guerre mondiale » Presse Universitaire de Lyon, 1978, page 168

141Colloque du C.D.J.C. 1979, « la France et la question juive », Messinger, page 259

142ADAM 166 W 16 L’Eglise catholique face au fascisme et au nazisme

143S.KLARSFELD Le Calendrier PARIS 1993, page 637

144ADAM 166 W 16

145ADAM 166 W 16

146Evangile selon Saint. Jean, verset 37-40

147ADAM 166 W 16

148STO Service du Travail Obligatoire, 4 septembre 1942

149J.M. GUILLON, Université de Provence, Cahiers de la Méditerranée, N° 61, page 210

150ADAM 28 W 3685

151J.L.PANICACCI, Op. cité, page 259

152Op. cité page 259

153ADAM 166 X 12

154Ancien Directeur de la Banque franco-italienne, considéré comme Juif par les Allemands in La déstruction des Juifs d’Europe, page 562, renvoi 173, et S.KLARSFELD, Vichy Auschwitz 1943-1944 pages 13 et 407, développé dans les conclusions partielles.

154bà compléterr

155O S E Organisation Secours aux Enfants

156J.L.PANICACCI, Op. cité, page 277

157Op. cité page 277

158LE MONDE JUIF, Surtout les enfants C.D.J.C. N° 155, page 48

159Op. cité page 277

160Op. cité page 3

161Attribuée aux personnes non juives ayant sauvé des Juifs pendant les guerres « Hébreu Hasside Oumothaolam 

162Mémorial de l’Holocauste à Jérusalem

163Asher COHEN, Persécutions et sauvetages, page 458, in Thèse ‘‘Lieux D’Anamnèse, et de mémoire’’, Michèle MEROWKA, Faculté de Lettres Nice, 2000-2001, page 243, et livre de Moussa Abadie.

164Service du travail obligatoire en Allemagne.

165Anny LATOUR, La Résistance juive en France, 1940-1944, op. cite, page 113

166ADAM W 166/7

167LE MONDE JUIF, Op. cité, N° 169, mai 2000, page 28

168Op. cité, page 30

169Grade de Lieutenant dans l’armée allemande

170S.KLARSFELD, Nice Hôtel Excelsior, FFDJF Nice 1998

171Sturmbannführer, équivalent à Lieutenant Colonel dans l’armée française.

172Robert KEMPNER, Eichmann und Komplizen, Europa Verlag Zürich 1961, page 333, notre liste a recensé 125 arrestations.

173Stéphane COURTOIS et Adam RAYSKI, Qui savait quoi, La Découverte 1987, page 100

174Op. cité

175La possibilité d’interventions est donc possible.

176TRISTAN Bernard dit à ce moment à sa femme à sa femme : » Soyez tranquille, mon amour, jusqu’ici nous avons vécu dans la crainte, maintenant nous allons vivre dans l’espoir » in Olivier Merlin, Tristan Bernard, Calman Levy, 1989, page 13 à 17

177S.KLARSFELD, Op. cité, page 108

178ADAM 166 W 12

179ADAM 166 W 13

180Traduction du doctorant

181 à compléter

182ADAM 616 W 215

183Union Générale des Israélites de France, unique association admise, mise en place par Vichy par la Loi du 29 novembre 1941, Journal Officiel du 2décembre 1941.

184Adam 166 W 16

185E. GOUREVITCH « Parce que les Juifs ne pliaient pas », 194 Mémoire du Génocide N° 18, 1949

186MEMOIRE DU GENOCIDE, c.d.j.c. et f.f.d.j.f. Paris 1987, pages de 244 à 333

187AMICALE DES DEPORTES d’AUSCHWITZ, 77 Rue Grignan 13006 Marseille, N° 49, page 5 : Les Eclaireurs Israélites de France, M. O.I., Groupe Langer à Toulouse, La Carmagnole à Lyon, Bataillon Liberté à Grenoble, Le groupe Solidarité exclusivement Juif, Groupe Manouchian-Rayman, etc.

188Lucien LAZARE, La Résistance juive en France, Stock Paris 1987

189J.M. GUILLON, Résistance et antiracisme, Cahiers de la Méditerranée, N° 61, page 213

190LE MONDE JUIF France 1940-1945, Des Juifs en résistance N° 152, décembre 1994, et N° 154 du mai 1995, page 136

191J.L.. PANICCACI, Op. cité, page 242

192Spécial Operations Executifs, service secret Anglais

193J.L.Panicacci, op cité, page 251 et 267

194Musée de la Résistance, Av J.J. Rousseau Nice, Revue N° 19.

195ADAM 159 W 272

196Op. cité. récit complet pages 123 et 124