La Vie des Juifs à Nice dans la deuxième guerre Mondiale et leur déportation

L'IMMIGRATION JUIVE DANS LES ALPES-MARITIMES

Deuxième Partie

LES PERIGRINATIONS DES JUIFS DANS LES ALPES-MARITIMES

A) LES CONSEQUENCES DE L’ANSCHLUSS ET DE LA CONFERENCE DE MUNICH

Notre recherche nous a conduit à incorporer dans un inventaire global un certain nombre de listes différentes concernant des Juifs pendant leur séjour dans notre région. Nous analyserons ces données en faisant ressortir l’essentiel pour chacune d’elle.

Ensuite, nous comparerons les noms recueillis avec le fichier de la Préfecture pour constater la corrélation avec la liste officielle. Cette juxtaposition de noms par ordre alphabétique nous permet de suivre le cheminement des Juifs présents dans notre département jusqu’à sa libération.

Elle doit aussi rendre possible la vérification de la réalité du recensement ordonné par Vichy, et déceler une partie du nombre de ceux qui ne n’y sont pas soumis ou qui ont été omis. En effet, nous avons constaté des distorsions entre le nombre de fiches d’étrangers de la Préfecture portant la mention J (5554), et les chiffres recensés lors des renseignements recueillis sur leurs différents séjours dans ce département. Nous donnons pour chaque liste le détail de cette répartition. En fin de ce chapitre, nos conclusions globales reprendront le thème des pérégrinations.

Il est difficile, sinon impossible, de déterminer avec une exactitude absolue le nombre de Juifs présents dans notre département entre 1938 et 1944. Les chiffres recueillis dans les diverses sources ne concordant pas :

J.L. Panicacci22 indique page 239 :

« À peine un millier jusqu’au milieu des années trente »,

Page 248 :


15.000 selon le recensement (1941),

et selon de Centre de Documentation Juive Contemporaine 22 000 à 30 000 en 1943, les Renseignements Généraux, même page indiquent 12 989 Juifs Français et étrangers confondus, la Préfecture mentionne le chiffre de 12 714 sensiblement le même que celui des R.G, le Commissariat aux questions juives indique 12 992, plus « un millier qui a échappé au recensement » 22b.

Une autre source nous est donnée par L. Poliakov, où il mentionne la narration d’un entretien en août 1943 entre le Gouvernement de Badoglio ,d’Angelo Donati et les représentants diplomatiques des Alliés au Vatican :

« Au début du mois d’août 1943 des négociations furent engagées avec le gouvernement anglo-américain pour obtenir l’envoi de 20 000 à 30 000 Juifs en Afrique du Nord. » 23

Comme la plus grande partie des Juifs de la Zone italienne est regroupée en 1943 à Nice et sur l’ensemble la Côte d’Azur, on peut tenir cette estimation pour raisonnable, ce d’autant plus qu’Angelo Donati n’avait aucun intérêt, bien au contraire, à la grossir. De plus, elle concorde avec les donnés de M.J.L. Panicacci.

Rappelons que notre recherche documentaire porte uniquement sur le fichier de la Préfecture et ne concerne que les Juifs de Nice. (5554)).

L’ACCUEIL DES JUIFS IMMIGRANTS A NICE

A Nice, un comité de secours est mis en place avec l’arrivée plus massive de réfugiés venant d’Italie. Il s’occupe de près de 1 460 personnes.

« Il versait une allocation de logement et prenait en charge la légalisation du séjour, soit 150 Francs pour le visa et 400 Francs pour le récépissé de carte d’identité. » 24

Le C.A.R, (Comité d’aide aux réfugiés) installe dans les locaux de M. J. Babani, rue Deloye, un réfectoire qui sert 250 repas journaliers en mars 1939, et 800 en juillet25. La Police niçoise a des craintes devant la présence possible parmi les réfugiés,

« D’agitateurs, d’espions et de saboteurs, (...) que l’oisiveté, la pauvreté et la promiscuité dans lesquelles vivaient les Juifs les exposaient aux tentations et à la délinquance »26.

Les fonctionnaires qui appliquent les dispositions gouvernementales avec modération, sont sanctionnés27.  Ralph Schor conclut ainsi son étude :

« La France perdait tout le bénéfice moral de la politique qu’elle pratiquait : sa bienveillance était forcée et les réfugiés extorquaient en quelque sorte leur salut ».

La suspicion envers les Juifs, qui pour la plupart parlaient allemand, devient encore plus grande lors de la signature du Pacte Germano-soviétique en août 1939. Un rapport du 15 mai 1940 de la Police d’Etat au Préfet des Alpes- Maritimes fait état d’incidents à craindre. 

« J’ai l’honneur de vous rendre compte que la présence de nombreux réfugiés de langue allemande à Nice provoque (...) des remarques très vives de la part du public. Des incidents sont à craindre (...) un de nos nationaux, ancien combattant qui, devant l’Eclaireur, au milieu d’un groupe de curieux s’est élevé contre la liberté laissée à cette catégorie d’étrangers, faisant ressortir le danger que leur présence dans notre région constitue »28.

Un autre rapport du 6 août 1940 provenant de la même source, fait état d’inscriptions « Morts aux Juifs » rue Maréchal Joffre, et d’incidents survenus devant des magasins appartenant à des Israélites, au siège de la Loge maçonnique, et de la Synagogue rue Deloye29. Les auteurs, interpellés, sont condamnés quelques semaines plus tard à un Franc d’amende symbolique. La réunion constitutive de la Légion Française des Combattants donne lieu à des manifestations antisémites. Le SOL30 à Nice regroupe les légionnaires les plus haineux qui se proclament, lors de leur prestation de serment,

« Contre la lèpre juive et pour la pureté de la race française. »31

Le 7 septembre 1939, l’Eclaireur recense 1500 Allemands dans le département, et 200 internés au Fort Carré à Antibes, puis 800 lors de la visite que Monseigneur Rémond leur rend le 6 octobre. Tous sont transférés au Camp des Milles, près d’Aix en Provence. L’amalgame entre nazis et Allemands est courant, l’article du Petit Niçois du 5 septembre 1940 en témoigne. Ce reportage suppose que ceux partis de Nice se soient rendus à Nuremberg pour assister au Congrès nazi. Cette incompréhension entraîne le désespoir de certains réfugiés ; Peter Hasenclever, un des internés, se suicide au camp des Milles après la défaite de juin 1940.

La presse locale, L’Eclaireur conservateur, et Le Petit niçois, radical rendent compte avec objectivité du drame constitué par l’exode des Juifs. Mais les deux périodiques de l’arrondissement de Grasse, Le Progrès Provençal et Le Messager de Cannes attaquent plusieurs fois le député Louis Louis Dreyfuss par des propos antisémites32.

L’entrée légale en France devient de plus en plus difficile, les consulats ont reçu l’ordre de ne délivrer les visas que parcimonieusement ; aussi, les entrées illégales se font plus nombreuses. Le 27 février 1939, le Préfet des Alpes-Maritimes reçoit un télégramme de Ministère de l’Intérieur lui prescrivant :

« D’alerter Police, Gendarmerie, Douanes, Gardes Républicaines [pour] le refoulement immédiat et instantané des étrangers tentant de s’introduire en France sans passeport et visa, recommande spécialement une vigilance particulière à Menton et Breil [et] le contrôle très étroit des voyageurs »33.

Le 20 avril 1940, ce Préfet informe son Ministre que

« cette immigration clandestine est organisée à Gênes,(...) que l’autorité italienne met les immigrés dans l’alternative de retourner en Autriche ou de se réfugier en France, (...) à Nice les immigrés se dirigent aussitôt vers le Comité des Réfugiés Israélites, dont le Grand Rabbin Prunner est le Président d’Honneur,(...) qu’un millier de ces israélites attendent à Gênes pour franchir clandestinement la frontière, et que Milan en abrite près de 10 000 en instance de départ vers la France. »

En juillet 1940, le Provençal s’en prend avec véhémence au député Jonas dans un article intitulé « Le Dépotoir », en août ce journal attaque les Juifs dans « l’An prochain à Jérusalem », le même mois le Petit Niçois fait paraître un encadré « Le parasite doit disparaître : le Métèque »34.

Le 31 août 1940, l’Assemblée des cardinaux et archevêques, réunie à Lyon et informée du projet de statut des Juifs

« Décide de se taire, répugnant à intervenir sur un plan politique et n’entendant intervenir qu’en cas de nécessité humanitaire et sur un plan strictement religieux et charitable »35.

Cannes, en cet été 1940, est le lieu de refuge d’Israélites célèbres. « Rothschild, Lévitan, Jean Pierre Aumont, Ray Ventura, Paul Misraki, Mireille, Reynaldo Hahn, Robert Manuel, etc. » 36

L’ambiance change dès l’Armistice. Les Juifs du Fort Carré d’Antibes sont transférés au Camp des Milles. La Gendarmerie de la 15e Légion, section de Nice écrit à son Chef d’Escadron :

« Le sujet ex-autrichien Schwager, signalé comme devant être conduit au camp avant son arrestation, a contracté un engagement pour la Légion étrangère, n’a pas été, de ce fait, écroué à la Maison d’Arrêt de Nice, (...) le réfugié Allemand Rosenthal devant être conduit au camp des Milles et qui avait été arrêté et écroué à la Maison d’Arrêt a été conduit ce jour à la visite médicale, (...) pris bon, il a été remis en liberté »37.

La solution de s’engager dans la Légion étrangère ne peut convenir au plus grand nombre. Ce Corps est très sélectif dans le recrutement, beaucoup de candidatures sont refusées pour limite d’âge ou raison de santé.

L’immigration clandestine continue. Les Juifs, expulsés d’Italie, ne peuvent se rendre légalement dans aucun autre pays frontalier de l’Italie. La Suisse a fermé ses frontières aux Juifs considérant que des poursuites raciales ne pouvaient constituer un motif d’asile politique. Retourner en Autriche est suicidaire, embarquer dans un port italien pour un pays d’outre mer est rendu très difficile du fait du refus de la plupart des Etats de délivrer un visa d’entrée. Seule la Chine accepte l’entrée sur son territoire de quelques Juifs, mais le voyage est long, précaire et onéreux. Les Etats-Unis ont pratiquement fermé leur frontière, en instaurant le système des quotas par nationalité d’origine. Ainsi, en 1938, le cumul des autorisations de réfugiés venant d’Allemagne et d’Autriche est limité à 27 370 visas.

Un rapport du Commissaire Divisionnaire de la Police Spéciale au Préfet des Alpes-Maritimes du 7 mai 1940 décrit en détail l’organisation italienne des transferts des Juifs d’Italie vers la France. Les bateliers passeurs reçoivent 200 Francs, les immigrants doivent remettre en outre des sommes importantes à un intermédiaire. Ce rapport fait état de 20 hommes, 19 femmes et un enfant de quatre ans. Un des hommes, interné dans un camp de concentration allemand, porte des traces de mutilations.38

Le comité d’assistance du 2, Boulevard Victor Hugo à Nice fait état de 958 personnes assistées à la date du 9 août 1940. Ce document énumère les nationalités représentées.39

Le commissariat de Cannes signale au Préfet la présence de 531 Juifs étrangers, auxquels

« Il convient d’ajouter 300 ou 400 Israélites Français en résidence à Cannes, ce qui donnerait un total de 900 Juifs environ »40.

1) Réfugiés venant d’Autriche, de Tchécoslovaquie ou d’Allemagne de 1938-1939

En 1938, le cours de l’Histoire s’accélère. L’annexion de l’Autriche en mars, la conférence de Munich et l’occupation d’une grande partie de la Tchécoslovaquie ont amené des ressortissants de ces pays, en majorité des Juifs, à quitter leurs foyers et à chercher refuge hors de portée des Allemands. La voie la plus directe est l’Italie, bien que ce pays institue le 6 octobre 1938 une « Charte de la race » qui déclare les Italiens de race aryenne; les Juifs n’appartenant pas à cette race, des lois anti-juives sont prises de septembre 1938 à février 1939. (Le doctorant a du quitter l’Italie le 26 décembre 1938.) Cependant, l’antisémitisme italien ne fait pas parti des traditions de ce pays, il est d’importation.



Ralph Schor explique que :

« De nombreux Juifs persécutés en Allemagne, Autriche et d’autres pays d’Europe centrale soumis à la dictature raciste se sont réfugiés en Italie, quelques 15 000 à 18 000 personnes, dont 8 000 Allemands et 5 000 Autrichiens ».41

En novembre a lieu la Nuit de Cristal, et les Juifs d’Allemagne sont pratiquement pris dans la nasse, un faible nombre réussira à quitter ce pays, abandonnant tous leurs biens.

Une liste42 d’entrées en Italie entre le 30 avril 1939 et le 25 mai 1940, établie par les autorités italiennes lors du passage frontalier, soit au col du Brenner, soit à Terravisio, comporte 138 noms, souvent mal orthographiés43. Parmi ces personnes, 113 sont inscrites de nationalité allemande. 86 passeports sont délivrés à Vienne. A cause du rattachement de l’Autriche à l’Allemagne, les autorités italiennes considèrent également ces personnes comme de nationalité allemande. A cette date, la mention J ne figure pas encore sur les passeports des Juifs, cette apposition n’est pratiquée qu’à partir d’octobre 1938. Il s’agit donc de passeports établis avant l’Anschluss.

Toutes ces personnes ne sont pas venues à Nice, peut-être certaines d’entre-elles sont parties outre-mer, mais nous avons identifié de cette liste 13 noms qui figurent sur le fichier de la Préfecture des Alpes-Maritimes. La liste complète se trouve page 7 de l’annexe, Tome 2.



2) Entrées clandestines en France selon le Journal « L’Eclaireur » 44


Cette liste publiée par le journal « L’Eclaireur » comporte 191 noms des personnes entrées clandestinement en France par la voie maritime, entre le 1ier janvier 1939 et fin mai 1940. 27 noms figurent sur la liste avec un J, 9 y figurent, mais sans cette mention, et 155 ne figurent nulle part, par conséquence et on peut supposer qu’une parti d’entre eux soit sortie des Alpes-Maritimes pour s’installer ailleurs. Ralph Schor écrit :

« Combien de Juifs passèrent-ils et qui étaient-ils ? On ne connaîtra jamais le nombre de clandestins qui réussirent à entrer en France, purent faire régulariser leur situation ou demeurèrent dans l’ombre45. »

Une liste de personnes entrées clandestinement se trouve page 10 de l’annexe, Tome 2

Refoulés vers l’ Italie par les autorités françaises

Le décret du 2 mai 1938 stipule les modalités de surveillance de la frontière. Nous verrons son application dans la rubrique ’’jugements en correctionnelle’’.

Sous la rubrique ‘’refoulé en 1939 ‘’, 81 noms sont enregistrés, répartis comme suit :

8 sont inscrits, mais sans référence J

11 sont inscrits avec cette indication

62 ne sont inscrits nulle part.



Les refoulements ne sont appliqués qu’en flagrant délit de franchissement de la frontière terrestre, sans jugement. Les personnes arrivant par mer sont très rarement refoulées, mais traduites devant le Tribunal Correctionnelle, soit Nice soit Grasse, selon la compétence territoriale de la juridiction.

L’unique liste dont nous disposons, 19 personnes, bien que refoulées en Italie par les autorités françaises, sont revenues en France en été 1939. Ceci ne prouve pas que parmi les 62 noms non répertoriés, aucun n’ait tenté sa chance à nouveau.

Ralph Schor indique46, pour le seul commissariat de Police de Mention, 575 clandestins dont 414 ont été refoulés.

Une liste de personnes refoulées se trouve pages 14 à 20 de l’annexe tome 2

3) Entrées clandestines venant d’Italie en France47

Ralph Schor48 décrit en détail l’organisation soutenue, sinon organisée, par l’Etat italien du franchissement de la frontière franco-italienne. Les consulats de France refusent presque systématiquement la délivrance de visas d’entrée, aussi les expulsés d’Italie tentent-ils par tous les moyens de pénétrer dans notre pays. Mussolini a accordé un délai supplémentaire pour quitter la péninsule, de ce fait ces tentatives durent jusqu’en mai 1940. Certains réussissent dès la première tentative de passage, d’autres sont refoulés par les autorités françaises, ce qui ne les empêche pas de renouveler leur essai, quelque fois avec succès. Une liste de personnes refoulées se trouve page 14 de l’annexe, Tome 2.

Cette liste49 comporte les noms des personnes arrêtées par les autorités françaises après leur entrée en France. La Police, la Gendarmerie la Douane ont procédé aux contrôles d’identité et établi un rapport pour chaque arrestation. La liste présentée est le résultat collationné de ces rapports.50 L’annexe Tome 2, pages 27 à 40, comporte le rapport de la Gendarmerie de Villefranche sur Mer51 du 16 août 1939, relatant l’arrestation de « sept hommes, quatre femmes et un enfant israélite appréhendés par le garde républicain Meucci, à Saint Jean Cap Ferrat, en rentrant de service ». Nous relevons une description détaillée de chaque personne, le résultat très précis de la fouille, le signalement des » inculpés », ainsi que les renseignements physionomiques complémentaires.

Ces documents nous montrent combien les autorités de l’époque n’ont pas encore pris conscience que ces personnes, commettant le délit de franchissement illégal de la frontière ne sont pas des criminels. Or, ils sont traités comme tels. Nous présentons dans le paragraphe concernant la procédure judiciaire pour le même délit des documents inspirés du même esprit.

Sur un total de 326 noms, 43 se trouvent sur le fichier de la Préfecture avec la mention J, 42 sans cette mention, et 241 n’y figurent pas. Même remarque que supra sous le chapitre ‘’entrées clandestines’’.

Les autorités françaises se plaignent de la connivence des autorités italiennes dans ce mouvement d’immigration ; notre ambassadeur à Rome émet une protestation officielle le 12 août 1939. Le Préfet d’Impéria reconnaît avoir expulsé par la montagne mentonnaise 378 personnes. L’ampleur du mouvement est à estimer à 1 122 interceptions jusqu’au 30 juin, et 695 interceptions supplémentaires jusqu’en mai 1940, en tenant compte du fait que des clandestins ont été refoulés à plusieurs reprises.52

4) Jugements en correctionnelle pour franchissement clandestin de la frontière53

Le cheminement des personnes entrées clandestinement, si elles ne sont pas refoulées mais arrêtées les conduit devant le Tribunal correctionnel de Nice ou de Grasse, selon le lieu de compétence juridictionnel. Un nombre de réfugiés non chiffrable échappe aux contrôles. J.L. Panicacci indique qu’une Allemande de 73 ans, confrontée aux tracasseries administratives, se suicide en se jetant du premier étage de son hôtel54.

Notre liste comporte 474 noms, dont 108 figurent sur le fichier de la Préfecture avec la mention J, 128 sans cette mention, et 238 n’y figurent pas. Ces fiches sont presque toujours bien établies, et permettent de déterminer les nationalités de ces immigrants.

ALLEMANDS

15,38%

AUTRICHIENS

41,54%

ITALIENS

5,71%

POLONAIS

13,63%

ROUMAINS

1,98%

TCHEQUES

13,19%

TURQUES

3,52%

Tableau 3 Nationalités des Juifs passés en jugement correctionnelle pour franchissement illégal de la frontière

Nous n’avons pris en compte que les nationalités représentant plus de 1% de l’ensemble, ce qui explique que le total soit inférieur à 100%. Le décret du 2 mai 1938 prévoit, pour le passage clandestin de la frontière, une amende de 10 à 1000 Francs et / ou d’un mois à un an d’emprisonnement, pas de sursis ni circonstances atténuantes, et une assignation à domicile possible.

Les jugements sont différents, selon l’époque, et peut-être selon la personnalité du juge siégeant ; en effet, on constate que les décisions rendues en Juillet et Août 1939 sont plus sévères qu’au paravent, s’adoucissent globalement en septembre pour redevenir très fermes les mois suivants.

Nous avons relevé 424 jugements qui se repartissent ainsi :

51 condamnations à deux mois de prison ferme, 203 condamnations à un mois de prison ferme, 60 relaxes, 90 libertés provisoires, 6 dispenses de peines pour engagement dans la légion étrangère, 5 relax pour mineurs, 2 assignations au Camp des Milles, 7 peines diverses. Ces jugements n’appliquent donc pas tous avec une rigueur absolue les dispositions de 193855.

Une liste figure page 41, et un exemple d’un rapport d’arrestation se trouve page 27 de l’annexe, Tome 2.

Cheminement administratif du parcours d’un réfugié entré illégalement en France. 56

Pour chaque détenu, une instruction est ordonnée. Voici un exemple d’un dossier complet, le cas de Monsieur Richheimer Emile. Son nom ne figure pas parmi les fiches de la Préfecture.

19 août 1939, interrogatoire par M. le Juge d’Instruction De Cruzel, sur l’identité du dénommé Richheimer Emile, assisté de M. Schaller, traducteur assermenté de langue allemande, qui prête serment de « traduire fidèlement les discours échangés entre ceux qui parlent des langues différentes. »

Le prévenu déclare : « Je désire m’expliquer immédiatement, je reconnais ne pas avoir de visa du Consulat de France ; je suis entré clandestinement en France, je demande un avocat d’office. »

Le 19 août 1939 mandat de dépôt, inculpation de franchissement clandestin de la frontière. Note en marge, « écroué le 19/8/1939, Le surveillant chef ».

Le 22 août 1939. Lettre du Juge d’Instruction à la direction des affaires criminelles et des Grâces, Paris, pour une demande de casier judiciaire. Revenu le 24 août 1939 avec la mention « néant ».

Le 28 août 1939. Lettre à M. le Procureur de la République pour communication de la procédure, «pour être requis ce qu’il appartiendra. » Copie envoyée en recommandé au détenu.

Le 29 août 1939, une lettre de l’ensemble des détenus pour le même motif est adressée au Procureur de la République : Elle est reproduite telle quelle.

« Ayez la bonté de nous permettre de nous adresser à Vous pour Vous57 donner quelques détails à notre cas de trépas58 de la frontière. La plupart des détenus ont été emprisonnés dans un champs59 de concentration, puis expulsés de sa patrie et se sont enfouis maintenant seulement parce que leur vie était en danger. Le trépas illégal était le chemin unique, nous ne connaissons pas d’autre, le retour en Allemagne n’est pas possible, car y nous attend de nouveau le champ de concentration (ou la mort).Séparés de nos femmes, nous y sommes sans communication avec le monde et en danger de perdre toutes nos malles que sont de la plupart en Italie. Soit que nous avons commis un crime, mais pourtant nous nous prenons la liberté d’appeler l’humanité et de vous prier de nous donner bientôt la liberté que nous n’avons pas connue depuis si longtemps. Croyez, Monsieur, en nos salutations les plus respectueux. Signé : Pour les détenus ».

Le 29 août 1939, réquisitoire définitif :

« Inculpé d’entrée irrégulière sur le territoire français. Exposé : Le 19 août 1939, le nommé Richheimer Emile, de nationalité allemande, qui n’était pas muni des pièces régulières pour pénétrer en France a débarqué sur la rive droite du Var, dans la commune de Saint. Laurent du Var, venant d’Italie par mer. (…) Signé le Procureur de la République ».

Le 30 août 1939, ordonnance du Juge d’Instruction de Grasse, M. Jean Bouquier :

« Attendu que de l’information, il résulte contre le susnommé d’avoir (…) pénétré en France irrégulièrement (…) le susnommé sera traduit devant le Tribunal correctionnel. »

Le 4 septembre 1939. Lettre de Richheimer au Juge d’Instruction :

« Je vous prie de bien vouloir me procurer un avocat (…) Profitant de l’occasion, je répète ma demande pour un engagement militaire si la France devait entrer dans une guerre »60.

Le 6 septembre 1939 Jugement : 1 mois de prison, 100 Francs d’amende.

Une note de frais d’escorte, établie par P.L.M61. Gare de Golfe Juan Vallauris à Grasse pour 5 adultes, 2 gendarmes, 34F 90, est jointe au dossier.

La procédure pénale est appliquée rigoureusement, bien qu’elle soit lourde, et habituellement plus longue. La France est en guerre depuis quelques jours, et nous sommes surpris de la rapidité de l’instruction ; entre le 19 août, jour du premier interrogatoire et le 6 septembre 1939, jour du jugement, ne se sont écoulés que 37 jours.

La perception, par les autorités françaises, du problème spécifique aux Juifs, pénétrant en France pour sauver leur vie, ne s’est toujours pas faite. De nationalité allemande, ils sont encore considérés comme appartenant au pays ennemi. Ces documents se trouvent pages 49 à 61 de l’annexe Tome 2, Adam 03 U 01/2186.

B) LA SEPARATION DES JUIFS DE LEUR ENVIRONNEMENT LOCAL

La documentation de ce chapitre se trouve pages 63 à 89 de l’annexe, Tome 2.

1) Recensement des Juifs62

L’Amiral Darlan crée le Commissariat Général aux affaires Juives et propose le poste de Commissaire à Xavier Vallat qui l’accepte. Celui-ci précise :

» J’ai plus de compétence [que pour un autre poste] pour m’occuper de ce problème sur lequel je me suis penché depuis longtemps ».63

Devant la réticence de milieux catholiques sur l’application d’un programme antisémite, il rétorque :

« L’antisémitisme s’enracine dans l’Histoire de la Papauté, (...) de 1221 à 1755 vingt neuf Papes ont promulgué cinquante sept bulles ayant trait aux questions juives 64 ».

La loi du 2 juin 1941 publie le second statut des Juifs qui impose entre autre le recensement de tous les Israélites en zone dite libre. Cette mesure prescrit la déclaration d’identité de toute la famille, ascendance comprise, l’appartenance religieuse, l’activité professionnelle, la fortune.65 Dès le 25 juin, le Préfet demande aux Maires de lui fournir « une liste préalable de tous les Juifs ou réputés juifs de votre commune, ces listes devront être établies secrètement, [afin] de permettre un premier contrôle des déclarations ultérieures. » 66 

J.L. Paniccaci 67 indique que l’arrondissement de Grasse reçoit 152 déclarations, et le Maire de Cannes estime la population juive à 2 000 personnes. Le Préfet des Alpes- Maritimes, dans un rapport de novembre 1941, chiffre cette population dans son département à 15 000 personnes, et ajoute qu’environ 1 000 Juifs ont échappé à cette mesure. D’après les renseignements de cet historien, ce fichier a été emporté par les Italiens en 1943, et le double, caché dans une cave, aurait été détruit sur les ordres du Préfet Chaigneau.

Pourtant, notre propre cas nous laisse perplexe : arrivés à Nice en été 1940, immédiatement déclarés à la Police des étrangers rue Gioffredo à Nice, notre fiche de déclaration à la Police des Etrangers fait apparaître la date du 3 novembre 1941, avec ma mention J. Nous nous demandons si les fiches de Préfecture sont les fiches de recensement des Juifs, ou des déclarations d’arrivées à Nice transcrites, ou bien encore, s’il n’existe qu’un seul fichier ayant servi à divers usages. La suite de nos recherches nous permettra-t-elle de le déterminer ?

La liste ne concerne que les recensements à Cagnes sur Mer, Saint Laurent du Var, Vallauris, Golfe Juan, et Roquebrune Cap Martin. Elle comporte 59 noms dont 13 figurent sur le fichier de la Préfecture des Alpes-Maritimes. Les pages 63 à 65 de l’annexe Tome 2 reproduisent une liste de personnes recensées à Cagnes sur Mer, Vallauris, Golfe Juan et Cap Saint Martin.

Les modèles de formulaires prescrivant les instructions destinées aux Maires du département se trouvent dans le Tome 2, page 66. Les pages suivantes de cet annexe, (pages 72 à 79), préscivent aux Préfets de la zone libre la façon dont les renseignements tirés des fiches de recensement doivent être exploités sur le fichier des Juifs. Nous avons noté que le Préfet des Alpes-Maritimes reçoit 41 500 fiches vierges, ce chiffre correspondant probablement à l’estimation gouvernementale du nombre de Juifs présents dans ce département. Les pages 76 à 78 de l’annexe Tome 2 reproduisent les instructions destinées à localiser la présence de Juifs et à réglementer leurs déplacements.

Les pages 81 et 82, Tome 2, reproduisent les documents instaurant les Compagnies de Travailleurs Etrangers. (C.T.E). Ceci complète les buts des recensements. Les pages 81 à 85, Tome 2, dupliquent les instructions données à cet effet. Le bas de la page 83 (page 4 du titre II de l’instruction) fait apparaître la nouvelle notion de

« Surnombre dans l’économie nationale ». Ce sont les personnes « qui ne possèdent pas de ressources personnelles suffisantes pour subvenir en totalité à leur entretien [...] les personnes qui bénéficient [...] des organisations charitables doivent être considérées comme en surnombre dans l’économie nationale et incorporées ».

Ainsi, après avoir refusé l’autorisation de travailler aux nouveaux réfugiés, ceux-ci sont considérés comme indigents et « en surnombre ». On crée ainsi, par voie légale et administrative, les conditions de nouveaux recensements qui deviendront ensuite des moyens d’internement, puis de déportation. Ces méthodes rappellent celles qui ont été employées en Allemagne avant l939 ; toutes les mesures anti-juives ont été mises au point légalement, aussi bien dans le Reich que sous le gouvernement de Vichy.

L’efficacité des opérations de recensements ne semble pas satisfaire le Préfet Ribière. Il établit le 11 janvier 1943 une circulaire relatant :

« Les arrivées incessantes de nouveaux émigrés de toutes sortes, les opérations de Police amenant presque quotidiennement des réfractaires à la Loi, (...) il a été enregistré plus d’un millier de recensées tardifs, (...) au cours de l’année écoulée le service a fait procéder à plus de 300 enquêtes (...) à la suite de dénonciations. Il a été transmis aux fins de poursuites pénales 38 dossiers d’infraction à la Loi du 2 juin 1941. (...) L’élaboration annoncée de nouveaux textes portant modification au statut des Juifs ne pourra manquer d’apporter aux questions juives qui n’ont cessé de demeurer au premier plan de l’actualité, un regain d’intérêt et d’activité »68.

2) ARYANISATIONS / SPOLIATIONS69

Un exemple de dossier d’aryanisation se trouve pages 188 à 206 de l’annexe, Tome 2.

Le dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey 70 nous donne la définition suivante de ces concepts.

« Le mot arien est repris en 1838 dans un sens plus général, avant d’être modifié en aryen après 1850. Le mot arien ou aryen s’est employé sous l’influence de l’allemand ‘’arisch’’ (...) le graphique en i risquent de faire confusion avec l’hérésie d’Arius. Aryen s’est appliqué ainsi aux populations avec un contenu informé par les théories raciales, notamment allemandes, à partir de 1907. Il s’oppose dans ce contexte à ‘’sémite’’. (...) Le mot est sorti de la terminologie scientifique française en passant de l’histoire à la propagande raciste plus ou moins influencée par le nazisme, qui s’appuyait sur une interprétation mythique valorisant les ethnies germaniques. Les dérivés ‘’aryanisé ‘’ 1921, et son antonyme préfixe non aryen, 1934, ont des connotations nettement racistes ».

« Spolier » signifie : «dépouiller par la fraude ou par abus de pouvoirs »

Nous faisons ce détour sémantique parce que la mainmise sur les biens Juifs et sa restitution, c’est-à-dire l’opération inverse, se sont fait sous des vocables différents. La langue française ne disposant ni de ‘’désarynaniser, ni de déspolier’’, on a donné à « spoliation » le sens contraire du mot « aryanisation ». En fait, c’est la même opération, un « aller-retour ».

La base juridique de cette opération est la Loi du 22 juillet 1941 relative aux « entreprises, biens et valeurs appartenant aux Juifs71 ». Un décret du 21 novembre 1941 étend ces dispositions à l’Algérie. Nous en citons l’article 1ier

« En vue d’éliminer toute influence juive dans l’économie (...) [le Préfet] peut nommer un administrateur provisoire à toute entreprise industrielle, commerciale, immobilière ou artisanale.

Tout immeuble, droit immobilier ou droit au bail quelconque.

Tout bien meuble, valeur mobilière ou droit mobilier quelconque lorsque ceux-ci à qui ils appartiennent, ou qui les dirigent, ou certains d’entre eux, sont Juifs».

Le sujet a été traité, pour l’ensemble de la France, par Philippe Verheyde72, mais il ne signale dans ce livre aucun cas pour notre département. Nous citons quelques noms de sociétés parisiennes extraits de cet ouvrage, ayant des succursales dans notre région : Chaussures André, 100 000 Chemises, Galeries Barbès, Galeries Lafayette, Monoprix, Prisunic. Les archives nationales disposent d’un fond important permettant de faire des recherches individuelles. Tel n’est pas le but de notre étude, mais, à titre indicatif, en bas de page sont mentionnées quelques références d’archives.73

Les très importantes spoliations de la famille Rothschild74 sont répertoriées aux ADAM. Après la guerre, ils doivent engager une procédure contre la ville de Cannes pour récupérer la Villa Marie-Thérèse. La plupart des autres dossiers y sont classés sous référence 225 W 48, 140 W 2. Nous citerons quelques exemples. Pour la majorité, il s’agit de Juifs de nationalité française, les immigrés, surtout ceux arrivés après 1938, ne possédaient pas de biens immobiliers, mais des valeurs facilement transportables. Celles-ci sont pillées lors des arrestations ou peu de jours après, et font rarement l’objet de recherches.

Le Parquet de Grasse, se référant à la Loi du 23 juillet 1940 relative à la déchéance de la nationalité française met, dès le 27 septembre, les biens de M. Jonas, député, sous séquestre. L’ordonnance du Parquet de Grasse, réf. 616 W 225 se trouve page 150 de l’annexe Tome 2.

Le Directeur Régional du « Service de l’Aryanisation Economique » est nommé le 25 juin 194175 par Xavier Vallat76. Il s’agit de M. Henri Place. La copie de cette nomination se trouve page 152 de l’annexe Tome 2. Une liste non exhaustive d’administrateurs spécifiant leurs professions et adresses se trouve pages 155 à 158 de l’annexe Tome 2, sous référence Adam 616 W 225 ; elle est suivie d’une autre liste, sous référence Adam 431 W 44 mentionnant les noms des personnes sous administration provisoire a Antibes.

Le 20 septembre 1942, le Directeur Régional du commissariat aux affaires juives adresse une note (réf Adam 140 W 1) à Monsieur de Saint Ferrerol, Directeur du service de l’information et de la propagande à Nice mentionnant les noms des affaires juives sous administration à Nice, avec les noms des administrateurs compétents. Cette liste, comportant 94 noms de propriétaires ou exploitants juifs. La copie de ce document se trouve pages 159 de l’annexe Tome 2.

La Loi est appliquée avec le formalisme conforme à nos règles juridiques.

En voici un exemple 77: Un procès de verbal de ‘’Prise de possession’’ est établi par Pierre Bolusset, huissier à Nice. A cet effet, il se rend avec M. Guillaume, administrateur provisoire, chez M. Weil à Nice, 38 bis, av. Victor Hugo. Il lui signifie la Loi du 22 juillet 1941, relative aux entreprises, biens et valeurs appartenant aux Juifs. Il l’informe que M. Guillaume est « pourvu » de l’administration des biens de M. Weil, en vertu d’un arrêté du 1 novembre 1942, signé Darquier de Pellepoix78. Il lui signifie ensuite que l’entreprise ‘’ Maurice Verrier, 3 bis, av. des Frères Rostan à Golfe Juan ‘’ est également pourvue du même administrateur provisoire.’’

Autre exemple :

M. Riffaut79 est administrateur provisoire. Il adresse le 16 février 1943 au Directeur Régional du Commissariat Général aux Questions Juives à Nice la lettre suivante :

« Parmi les actionnaires de la Société Civile Alexandra figurent actuellement, d’une façon certaine deux Juifs ; Levy-Lattes, aux biens desquels M. Voisin, architecte a été nommé administrateur provisoire, Georges Rosanoff, Docteur en Médecine avant la guerre, 35 Bd Victor Hugo, à Nice, aujourd’hui disparu, mais qu’on suppose en Amérique. Pour la régularité de la procédure, je vous prierais de bien vouloir me faire désigner aux biens meubles et immeubles de ce dernier.»

Il obtient effectivement cette charge, mais le Docteur Rosanoff réagit. Nous n’avons pas toutes les pièces de ce dossier, mais il semble que ce médecin lui ait adressé un document affirmant qu’il est catholique. Perplexe mais ‘’consciencieux’’, il l’adresse au Ministère de l’Intérieur à Vichy, qui lui donne la réponse suivante (même référence Adam) :

« J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du 4 mai me transmettant les différentes pièces qui vous ont été remises par le Docteur Rosanoff, démontrant que ce dernier avait cessé d’appartenir à la confession israélite. J’attire votre attention sur le fait que nous ne nous occupons pas, au Commissariat des Questions Juives, de la confession des individus, mais de leur race. Le Docteur Rosanoff, bien que converti au catholicisme, est de race juive. En conséquence, il y a lieu pour vous de poursuivre votre mission ».

Le Docteur Rosanoff a été arrêté le 11 septembre 1943, la copie de la fiche de la Police se trouve page 153 de l’annexe,Tome2, la copie de la note du Ministère de l’Intérieur page 154, Tome 2.

M. Riffaut, Président du Tribunal Civil en retraite, Officier de la Légion d’Honneur, est actif. Il écrit le 26 août 1942 au Commissariat Régional aux Questions juives la lettre suivante :

« Je considère de mon devoir de vous signaler que le Sieur Model, Sigismond, Juif, ainsi que je m’en suis assuré, possède à Antibes, quartier de la Salis, chemin de l’Ermitage, une propriété importante en état de culture florale. Cette propriété comporte en outre des immeubles. Il est inutile de vous dire encore que cet individu est un gaulliste notoire et ne se gêne pas pour faire entendre les émissions anglaises d’après la rumeur publique, sans que personnellement je ne puisse me porter garant de ce fait. »

« P.S : A la suite de cette lettre une enquête a été ouverte par le Commissariat aux Questions Juives le 7 septembre 1942.Copie dont la photocopie de l’original a été envoyé au Directeur de la Police à Nice ».

Ce post-scriptum est destiné, dans l’esprit de M. Riffaut, à s’assurer que M. Model est bien classé dans le fichier de recensement des Juifs. Cet administrateur est décidemment très consciencieux.

L’action de M. Riffaut ne passe pas inaperçu après la Libération. Le 16 octobre 1945, une commission rogatoire est délivrée par Maître Pierre Belnet, Juge d’Instruction à Nice. M. Riffaut est inculpé d’actes de nature à nuire à la Défense Nationale. M. Model déclare en tant que témoin qu’il ne connaît pas M. Riffaut, mais il suppose que ce dernier a cherché « à le faire déporter ainsi que ses enfants, de façon à devenir administrateur de nos biens. ».

Une enquête de voisinage du 7 août 1945 du Commissaire de Police d’Antibes précise :

M. Riffaut, Président du Tribunal, notoirement connu pour sa haine des Juifs et ses dénonciations à l’égard de ceux-ci, (...) ils n’ont jamais caché leurs sentiments pro allemands (...) cette dame l’a entendu tenir des propos en faveur de la collaboration et critiquer les Alliés à l’époque même du débarquement (...) il jouissait de l’impunité et ne se gênaient pas pour dénoncer les Juifs et les gaullistes par écrit (...). La population antiboise est outrée de voir ce ménage en liberté et le discrédit jeté une fois de plus sur la Police accusée de ne pas s’occuper de l’épuration avec toute la rigueur désirable. » 80.

Ces extraits montrent bien l’ambiance et le mode de pensée d’une minorité certes, mais une minorité qui détient le pouvoir. Ils éclairent aussi sur les réactions après la Libération. Que nous dit le témoignage de M. Model ? Il s’insurge de voir des collaborateurs notoires en liberté, il estime l’action de la Police insuffisante, l’accusant même de laxisme général. Remarquons que ce document date d’octobre 1945, soit 14 mois après la libération de Nice; l’épuration sauvage qui suit immédiatement la libération est apaisée. C’est l’action publique qui est critiquée.

Le Directeur Régional du Commissariat aux Questions Juives de Nice, dont le siège est situé 15, avenue de la Victoire, adresse le 28 septembre 1942 à Monsieur de Saint Ferrol, Service de l’Information et de la Propagande siégeant au Grand Hôtel à Nice une liste de 84 entreprises de Nice pourvues d’un administrateur81. Les noms et adresses des établissements et de leurs nouveaux gérants sont indiqués. Citons un cas significatif :

Maison Lattes, av. Malausséna Nice, administrateur M. Berenguier, 36 avenue. Auber, Nice. La famille Lattes est à Nice depuis plusieurs générations comme l’atteste un extrait des minutes de Me Farrenc, notaire, du 30 novembre 1862 82 concernant un contrat entre M. Lattes Moise, demeurant Rue Sainte Réparate et Lattes Salomon, demeurant Rue du Pont Vieux. Un autre document, en langue italienne, sans date précise, mentionne une famille Lattes Isaac et Salomon à Nice en 1837.

Ce cas est significatif par l’ancienneté de la présence à Nice de cette famille, ce qui n’a pas empêché la mise sous séquestre de leurs biens.

Dès la Libération, les spoliés tentent de reprendre leurs biens.

Nous avons relevé les péripéties de Madame Reinert83 Une enquête a été diligentée à la demande du Ministre Plénipotentiaire Directeur de l’Office des Biens et Intérêts privés du Ministère des Affaires Etrangères à Paris.

La nièce de Mme Reinert, en date du 24 septembre 1948, dit qu’elle a été informée par le Consulat de Hollande que sa tante a été déportée, elle fait à titre conservatoire une déclaration de perte. Nous avons relevé les renseignements dans le rapport des Renseignements Généraux, rédigés le 6 novembre 1948 :

« Cette personne est arrêtée le 26 août 1942, par la police allemande, en raison de son appartenance à la race juive. Elle fut internée à la caserne Auvare à Nice, et quelques jours après fit parti d’un convoi d’étrangers refoulés vers leur pays d’origine. Aucune nouvelle d’elle ne nous est jamais parvenu ».

Au moment de son arrestation, Madame Reinert a confié les clefs de son appartement à Mme Skrzypczak Véronique « afin de prendre soin de ses meubles et de son linge. Elle s’acquitta de cette charge durant un certain temps puis, devant débarrasser l’appartement de Mme Reinert, elle transporta la plus grosse partie du mobilier à son propre domicile (...) nous avons constaté qu’effectivement cette dame avait entreposé chez elle, dans de nombreuses caisses, une quantité très importante de vêtements. (...) Par ailleurs, une vente aux enchères de meubles et divers objets ayant appartenu à Mme Reinert a été faite à la demande de Mme. Skrzypcak (...) cette vente rapporta 10 444 Frs que Mme Skrzypcak tient à la disposition des héritiers de Mme Reinert.

Continuant nos investigations, nous avons appris qu’une autre personne, Mme Pouey, avait reçu en dépôt une certaine quantité de bijoux. Mme Pouey, en tant qu’assistante sociale, était autorisée à pénétrer dans la caserne (...) et c’est dans l’exercice de sa profession qu’elle fit la connaissance de Mme. Reinert. (...) Mme Pouey garde ces bijoux à la disposition de Reinert. »

Ce rapport suscite le commentaire suivant :

Le premier paragraphe dit que cette personne a été arrêtée par les Allemands puis est refoulée vers son pays d’origine. Cette affirmation est fausse, puisqu’en septembre 1942, il n’y avait pas d’Allemands à Nice. Elle a été arrêtée par la Police française. Le rapport a été établi fin 1948, soit plus de quatre ans après la Libération. Comment interpréter l’ignorance sur le sort des déportés ? Est-il vraisemblable qu’un fonctionnaire des Renseignements Généraux ignore le sort des déportés, en écrivant que Madame Reinert a été refoulée vers son pays d’origine ? Faut-il voir ici l’efficacité de la propagande vichyssoise ?

Le deuxième et troisième paragraphe montrent combien les réactions de chacun peuvent être différentes selon la personnalité. Dans le premier cas, la personne cherche à tirer profit de la situation en vendant les meubles, car nous n’avons trouvé nulle trace d’un document déclarant aux autorités, après la guerre, la possession de cette somme.

Dans le deuxième cas, bien qu’aucune déclaration n’ait été faite, les bijoux n’ont pas été vendus. Ce cas est interprétatif, positivement ou négativement. Il ne nous appartient pas d ‘échafauder des suppositions.

Les difficultés que rencontrent les spoliés sont diverses.

Le rapport du Commissariat de Police de Grasse84 du 2 juillet 1948 relate le cas de Mme Guerchovitz. Le rapport est intitulé « A/S d’un local commercial ayant eu comme locataire feu M. Guerchowitz Israël, de confession israélite. »

Ce commerçant, français naturalisé, a exploité un commerce de nouveautés sis Boulevard du Jeu de Ballon à Grasse. En 1942, à la suite de la Loi sur l’aryanisation des affaires juives, il vend ce commerce fictivement pour la somme de 40 000 Frs. à M. Courin, agent immobilier. Cependant, malgré cette vente, il reste dans les lieux jusqu’en juillet 1943, ce qui semble bien démontrer l’aspect fictif de cette vente. Ce procédé est employé souvent par les Juifs, espérant sauver ainsi leur bien pour le récupérer en des temps meilleurs.

En novembre 1946, sa veuve assigne M. Courin pour obtenir l’annulation de cette vente. Le 26 février 1947, M. Valeton, Président du Tribunal de Grasse, déclare cette plainte irrecevable, et déboute la demanderesse aux dépens.

En fin de rapport, le Commissaire indique :

« La valeur actuelle du commerce de nouveautés atteindrait un million environ, s’il était en exploitation. ».

Cette dernière remarque du Commissaire de Police nous éclaire sur l’importance du dommage subi et de l’enjeu de la procédure. D’après le texte du document, cette plainte n’a même pas pu être plaidée par le Tribunal, puisque le terme ‘’irrecevable’’ est employé.

L’aryanisation concerne aussi les personnes. Un courrier du 13 mai 1942 du Commissaire Général aux affaires juives aux Préfets nous en donne un exemple :

« Vous avez bien voulu, le 6 avril 1942, me faire connaître que M. Silverano, juif roumain, avait obtenu une citation homologuée, et que cela lui permettait de conserver son emploi à la Préfecture des Alpes-Maritimes. (…) D’ailleurs, M. Silverano s’occupe plus spécialement de la police des Etrangers, fonction rigoureusement interdite aux Juifs ; d’autre part, vous voudrez bien remarquer que dans un département comme celui des Alpes-Maritimes, qui compte 12 922 juifs recensés et un millier au moins qui ont réussi à échapper au recensement, il n’est pas opportun de maintenir un fonctionnaire juif spécialement dans une telle fonction. (…) les titres militaires de l’intéressé lui permettent d’occuper toutes fonctions où sa présence ne suscitera pas une émotion dont j’ai reçu l’écho ».

85Annotation manuscrite : « extrait conforme transmis aux fins utiles à Monsieur l’intendant de Police de Nice, le 23/5/42…. Fait le 23 mai 1942.

Nous citons cette note pour jeter un éclairage sur l’acharnement appelé ‘’sens du devoir’’ de cette époque. Non seulement le commissariat aux Affaires Juives poursuit M. Silverano, en oubliant qu’il est de nationalité française, (nous sommes en 1942, les Juifs français sont encore protégés), mais il ne tient aucun compte des titres militaires que même Pétain prend quelque fois en considération.

Cet acharnement est aussi pratiqué par le Préfet qui ne protège pas son collaborateur, bien au contraire, il transmet « aux fins utiles » le renseignement à la Police.

Sur la proposition du Conseil de l’Ordre des avocats, la Cour d’Appel d’Aix en Provence statua en assemblée générale du 5 mars 1942 pour l’exclusion du barreau de cinq avocats de Nice, un de Grasse, un de Draguignan, etc.86

Autre cas qui repose sur le témoignage recueilli en juillet 2002 de F.Merowka. Son père possédait une boulangerie au 14 av. Malausséna à Nice. Juif, son exploitation est aryanisé au profit de M. Pelatan, qui l’a acheté « après une mascarade administrative pour une bouchée de pain » (sic). L’aryanisation s’effectue en ’’vertu’’ d’une décision de M. Guillot, administrateur provisoire nommé par arrêté du 31 janvier 1942. Interné d’abord par l’occupant italien à Sospel, torturé par l’O.V.R.A87, puis résistant caché à Saint Paul de Vence. Il entre, le premier jour de la Libération avec les troupes américaines à Nice, il se présente immédiatement à l’occupant de son magasin. Celui-ci, au vu de cet homme armé et décidé, ne demande pas son reste. F Merowka n’a plus, depuis, entendu parler de lui. L’administrateur a été rayé (sic) suite à un jugement du Tribunal de Commerce de Nice le 10 novembre 194488.

Interrogé sur ce que sont advenus les biens meublant son habitation, il raconte un des épisodes d’une vie remplie de péripéties : avant la guerre, à Nice, son père recueille un couple d’Allemands qui se présentent sous le nom de Schik, se disant Protestants, persécutés par les Nazis. Il leur donne asile, aide en tous points leur établissement dans cette ville. Pendant l’occupation allemande, il constate que ce couple est en réalité membre de la 5e colonne89, bénéficiaires d’un bureau à la Kommandantur90. Ils vident, avec l’aide des forces allemandes, cet appartement, et expédient les meubles en Allemagne. A la Libération, il trouve son habitation totalement pillée.

Dans ce cas, aucune procédure n’a été nécessaire pour récupérer son bien. En recueillant ce couple, il a observé une morale de solidarité envers ce qu’il croyait être un autre banni de son pays. Quant au couple allemand, comme pour Pelatan, il n’en a plus entendu parler.

Nous n’avons présenté que quelques exemples de spoliations d’affaires appartenant à des Juifs habitant Nice parmi des centaines d’autres. Ils montrent les différents aspects de l’aryanisation, la rigueur avec laquelle elle a été appliquée, rigueur où l’intérêt pécuniaire n’est pas absent.

Les assignations à Résidence

La Loi sur les ressortissants étrangers de race juive est publiée le 18 octobre 1940, page 5324 du Journal Officiel. Elle prévoit :

Article I

« Les ressortissants étrangers de race juive pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux par décision du préfet du département de leur résidence.

Article II

Les ressortissants étrangers de race juive pourront en tout temps se voir assigner une résidence forcée par le préfet du département de leur résidence.

Fait à Vichy le 4 octobre 1940



PH. PETAIN, Maréchal de France, chef de l’Etat français.

Le ministre secrétaire d’Etat à l’intérieur, Marcel PEYROUTON

Le ministre secrétaire d’Etat aux finances, Yves BOUTHILLER.

Le garde des sceaux, ministre secrétaire d’Etat à la justice, Raphaël Alibert ».

Les chiffres globaux des assignations à résidence ressortant de nos documents se repartissent ainsi :

Inscrits sur le fichier de la Préfecture avec la mention J 62

Inscrits sur le fichier de la Préfecture sans cette mention : 67

Non inscrits 270

Total 399



Répartition par lieu d’assignation :

          • LOCALITÉS DES ALPES-MARITIMES

LIEU

INSCRITS
AVEC J

INSCRITS
SANS J

NON INSCRITS

TOTAL

BAR SUR LOUP

3

1

1

5

COLMAR B.A

9

17

51

77

GUILLAUME

4

6

6

16

LANTOSQUE

3

2

8

13

LEVENS

3

6

9

18

PEYMENADE

1

1

9

11

PUGET / THENIER

4

10

21

35

ROQUEBRUNE S/MA

7

3

41

51

ROQUESTERON

3

1

2

6

SERANON

4

2

13

19

SOSPEL

7

4

41

52

ST. AUBAN

1

1

6

8

ST. ETIENNE TINEE

3

1

11

15

ST, MARTIN VESUBIE

3

3

25

31

THORENC

3

5

10

18

VALDEBLORE

3

1

10

14

VILLARS DU VAR

1

3

6

10

TOTAL

62

67

270

399

Tableau 4 Divers lieux d’assignations à résidence dans les Alpes-Maritimes

Ces chiffres proviennent des documents trouvés aux ADAM, sans pouvoir tenir compte d’éventuelles autres sources dont nous n’avons pas eu connaissance.

De ce tableau, il ressort que sur 399 personnes assignées à résidence figurant dans cet état, 129 sont inscrites sur le fichier de la Préfecture. La différence, soit 270 personnes, provient de réfugiés ayant leur domicile dans le département, hors de Nice. Elle peut aussi provenir de Juifs habitant dans ces localités sans y avoir été assignés. Environ la moitié des personnes inscrites à Nice et assignées à résidence, ont un J sur leur fiche de Préfecture. Cette constatation démontre que la Préfecture disposait d’autres fichiers, soit à Nice, soit dans d’autres villes du département.

Pourquoi un certain nombre de Juifs sont assignés à résidence, d’autres continuent à habiter dans des hôtels à Nice, d’autres encore sont envoyés dans les camps français ? Il nous semble, sans pouvoir en apporter la preuve, que les moyens d’existence ont joué un rôle. Ce sont essentiellement les personnes sans moyens qui sont envoyés dans les camps, les motifs invoqués sont souvent ‘’ sans moyens d’existence, trafics divers ou indigents’’’.

Il reste à comprendre comment les Juifs assignés à résidence ou habitant individuellement à Nice ont pu subvenir à leurs besoins, payer les hôtels ou les loyers d’appartement ? Rappelons que dès le début de la crise, il leur est très difficile d’obtenir l’autorisation de travailler en France, et qu’à partir de l’avènement d’Hitler, les lois allemandes, tout en désirant ‘’se débarrasser des Juifs’’, instituent une taxe dite de fuite91 qui les autorise à emporter uniquement la contre-valeur de 10$ par personne. Les œuvres de bienfaisance juives ont certainement contribué à aider les plus nécessiteux, mais d’autres ont probablement été obligés de « se débrouiller » avec des moyens illégaux, ce qui explique les qualifications de « trafics » divers.



          • LES JUIFS À SAINT MARTIN DE VÉSUBIE92

Une liste de personnes assignées à St. Martin se trouve pages 98 à 100 de l’annexe Tome 2.

Parmi toutes les localités de la région, Saint Martin de Vésubie a été depuis longtemps un lieu de villégiature connu. De ce fait, ce village possédait un grand nombre de résidences et d’hôtels. Pour cette raison, ce village a été choisi comme centre d’assignation à résidence pour les Juifs du département.

L’épopée de ces Juifs a été décrite par M. Alberto Cavaglion, mais aussi par de nombreux autres auteurs auxquels il se réfère tout au long de sa recherche. Une partie des Juifs est assignée à résidence par la Préfecture des Alpes-Maritimes dès 1941 dans ce village de montagne, une autre partie par les autorités italiennes lors de l’occupation de leur zone fin novembre 1942. Le transfert des assignés vers cette « Suisse niçoise » est organisé par l’ UGIF93 de Nice qui procède aux acheminements. Cette même structure pourvoit à la subsistance matérielle, spirituelle et culturelle des personnes déplacées.94 La présence de ces nouveaux habitants dans ce village de montage suscite quelques frictions avec la population locale, surtout du fait de la hausse des prix des denrées alimentaires.95

Cette recherche nous a conduit à relever 192 noms d’internés mentionnés dans l’ouvrage de M. Cavaglion pour les incorporer dans la liste générale des pérégrinations des Juifs dans les Alpes-Maritimes, et ainsi connaître le cheminement de ces personnes dans notre département.

Nous avons relevé que sur 192 personnes, 117 sont nés après 1900 ; la moyenne d’âge est majoritairement très basse ; 45 enfants de moins de 16 ans, 16 enfants nés en 1943, dont 12 à Saint. Martin Vésubie. Parmi ces enfants, nous en avons décelé 6 qui ont été exterminés à Auschwitz.

Nous avons constaté que sur ces 192 personnes, deux seulement figurent dans le fichier de la Préfecture de Nice ; une avec la mention J, une autre sans cette mention. Nous reviendrons plus loin sur ce constat.

Les Juifs y bénéficient d’un ‘’espace de liberté’’ au milieu d’une Europe en folie ; un comité élu était responsable devant les autorités italiennes, la vie culturelle s’articulait autour des offices religieux, des écoles et des activités pour la centaine de jeunes qui y résidaient. Mis à part l’obligation de se présenter deux fois par jour aux autorités italiennes, la vie à Saint. Martin était presque normale.

L’annonce de la chute du fascisme, et l’armistice qui suivit, provoquèrent la panique dans la population des réfugiés. Surpris par la rapidité avec laquelle les événements se déroulaient, il devient évident pour les Juifs qu’ils devaient suivre les militaires italiens en déroute, regagnant leur pays par la montagne.

Fuyant les Allemands, ils tentent d’échapper par les Cols de Cerise et de Fenestre. 980 personnes atteignent l’Italie, mais au lieu des Américains qu’ils espéraient y trouver, ce sont les Allemands qui occupent l’Italie et les arrêtent. Le 18 septembre 1943, 350 Juifs, traqués et à bout de ressources, se rendent aux S.S. à Borgo San Dalmazzo et sont déportés. Le 10 septembre 1995, 52 ans après ces événements, une stèle commémorative est inaugurée. Cette cérémonie marquait la reconnaissance officielle de la tragédie qui s’était déroulée dans ce village de l’arrière pays niçois96.

Le texte de la plaque est ainsi libellé :

« Ici un millier de Juifs, hommes, femmes, enfants, vieillards aidés par les organisations juives, protégés par l’armée italienne d’occupation ont connu un répit jusqu’au 8 septembre 1943, jour où s’est déchaîné la haine raciale de l’occupant allemand.

Franchissant les montagnes dans un « exode biblique », 350 d’entre eux furent repris par les S.S. et internés à San Dalmazzo. Transférés par la Gestapo de Nice sur Drancy, ils furent déportés au camp de la mort d’Auschwitz Birkenau, où presque tous furent exterminés.

Souvenons-nous de ces victimes innocentes, de la cruauté de leurs bourreaux, mais aussi de l’humanité de ceux qui tentèrent de les sauver ».

Plaque-commemorative-Saint-Martin-Vesubie

Document 4 Plaque commémorative de la présence des Juifs à Saint Martin Vésubie

Cette plaque, érigée conjointement par le Conseil Municipal de Saint-Martin de Vésubie, l’association des Fils et Filles de Déportés de France, le Conseil des Alpes-Maritimes et la communauté juive de Nice, rend hommage à tous ceux qui ont vécu un temps dans ce village de l’arrière-pays niçois.

Le graphique suivant montre la diversité des âges des personnes réfugiées dans ce village.

Annees-de-naissance-des-Juifs-de-Saint-Martin-de-Vesubie

Graphique 7 Années de naissance des Juifs de Saint Martin de Vésubie

Ce tableau nous montre l’éventail très large des âges. 75 personnes sont nées avant 1900, ensuite une répartition presque régulière entre de 1900 à 1927 ; un nombre élevé d’ enfants et adolescents nous fait penser à une composition familiale de cette communauté rassemblée par l’autorité préfectorale.

Nous avons relevé, dans les pages précédentes, que la vie était presque normale dans ce village, ‘’espace de paix dans une Europe en folie’’. Cela est confirmé par le nombre important à cette époque et dans ces circonstances de nouveau-nés. Ces réfugiés, coupés de leurs origines, ne pouvaient soupçonner leur sort fatal, mais il faut un optimisme à toute épreuve pour résister à l’adversité du moment, créer des écoles, une vie culturelle et social, vivre dans cette prison sans barreaux.

Une liste de noms de Juifs de Saint Martin Vésubie se trouve pages 98 à 100 du Tome 2 de l’annexe.



          • LES JUIFS A MEGEVE

Megève ne fait pas partie de la zone géographique proposée dans notre étude. Mais comme nous allons le voir, les Juifs de cette ville sont aussi concernés par les pérégrinations de leurs coreligionnaires du département des Alpes-Maritimes.

Cette ville, proche de la frontière suisse, disposant d’un grand nombre d’hôtels et d’autres possibilités de logement est, dès le partage de la France en deux zones, un centre de refuge pour des Juifs se sentant menacés par la politique raciale en vigueur. Très rapidement, la ville et les centres voisins leur semblent devenir un abri. Une étude consacrée plus spécialement aux Juifs dans l’ensemble des montagnes savoyardes est publiée par François Boulet.97

A partir de novembre 1942, la zone dite libre est occupée par les Allemands, et une partie de cette zone par les forces italiennes, leurs alliés. La délimitation de la partie italienne est fixée par les conventions d’armistice de 1940, mais non appliquées jusque là. Elle concerne huit départements : les Alpes-Maritimes, le Var, les Hautes et Basses- Alpes, l’Isère, la Drôme, la Savoie et la Haute-Savoie.

Peu de Juifs habitaient auparavant dans cette région ; on estime leur nombre entre 15 et 20 000 pour l’ensemble de cette sphère avant la guerre. A partir de juin 1940, ce chiffre a considérablement été augmenté par l’arrivée des réfugiés des exodes français, belges et hollandais. D’après L. Poliakov98, plusieurs dizaines de milliers de Juifs s’établissent dans ce quart sud- est de la France.

En août 1942, à la suite de directives reçues de Vichy, le Préfet des Alpes- Maritimes décrète l’envoi des Juifs de son département en résidence forcée dans des zones occupées par les Allemands. C’était les condamner à la déportation. Ces directives se trouvent aux Adam référence 30 W 103, et la copie page 101 de l’annexe, Tome 2. Les autorités italiennes réagissent sous l’impulsion d’Angelo Donati qui alerte le Consul Général d’Italie à Nice, Alberto Calisse. Celui-ci, s’adresse à ses supérieurs à Rome. Par dépêche N° 34R 12825 du 29 décembre 1942, le gouvernement italien estime que les mesures de sécurité de la zone italienne ne doivent être prises que par les autorités italiennes. Ceux-ci envoient un grand nombre de Juifs de Nice et de Cannes à Megève, « pour raisons de sécurité ». Le Préfet des Alpes-Maritimes, M. Ribière, par note du 14 janvier 1943 adressé à Vichy, informe son gouvernement que :

« Les autorités italiennes mettent à l’heure actuelle en échec les trois grandes mesures que le gouvernement français avait édictées à l’encontre des Juifs étrangers »99.

En septembre 1943, ces familles furent acheminées à Nice, selon le plan de d’Angelo Donati, dans l’intention de les évacuer vers l’Italie, puis en Afrique du Nord.

Les Juifs habitant dans la zone d’occupation et sous protection italienne vivent dans un climat de sécurité apparent ; aussi les Juifs affluent de toutes parts dans cette région, ce d’autant plus que leur situation administrative est régularisée.100

Cette situation contrarie fortement les gouvernements allemands et de Vichy qui élèvent des protestations contre ces mesures de protections.

Rome charge Lo Spinoso, en qualité d’inspecteur général de la Police de surveiller la bonne application de ces décisions. Il a pour mission de transférer tous les Juifs des régions côtières à l’intérieur du pays. La police raciale italienne y avait recensé 22 000 Juifs envoyés dans diverses localités, dont Megève.

Des pourparlers d’armistice entre l’Italie et les Alliés ont lieu en septembre 1943. L’arrêt des combats prévu pour le mois suivant, devait rester secret. D’après L. Poliakov, les événements se sont passés ainsi :

« Au dernier moment, pour des raisons encore inconnues, l’Etat Major allié en aurait inopinément avancé la publication. Comme une traînée de poudre la nouvelle se répandit parmi les réfugiés qu’à l’exception de Nice, toute la zone d’occupation italienne allait être abandonnée aux Allemands. Individuellement, ou par groupes, trains, autocars, camions ou taxis, ils quittaient leur résidence pour affluer à Nice. Les »résidents forcés» de Megève et de Saint-Gervais, près de 2 000, furent évacués à l’aide d’une cinquantaine de camions loués par le centre d’accueil du boulevard Dubouchage, et logés dans les hôtels niçois par les soins du centre d’accueil »101.

Nous disposons de plusieurs autres listes de Juifs de Megève qui se recoupent partiellement. Il s’agit principalement de personnes habitant déjà la région avant l’exode, ou venant d’autres régions que Nice. Nous n’avons pas incorporé ces noms dans notre liste, nous avons préféré nous appuyer sur les celles établies par les autorités italiennes, directement concernées par les événements étudiés.

Cette nomenclature comporte 616 familles, soit 3 064 données intégrées dans la liste des pérégrinations des Juifs.

Les Juifs de Saint-Martin Vésubie et de Megève sont assignés à résidence au même titre que ceux dont nous parlons dans le chapitre consacré à ce sujet. La particularité de ces deux centres est le nombre beaucoup plus important de personnes concentrées au même endroit, et qui, en grande partie, subissent le même sort, après avoir cultivé le même espoir.

A notre connaissance, aucune liste de Juif de Megève n’a été publiée. Une nomenclature de 570 noms se trouve page 108 à 122 de l’annexe, Tome 2.



          • LES INTERNEMENTS DANS LES CAMPS FRANÇAIS102

L’une des principales mesures restrictives prises à l’encontre des étrangers en France fut le décret-loi du 12 novembre 1938. Il permit la création de camps spéciaux dans lesquels on pouvait enfermer les étrangers indésirables103.

L’internement administratif est appliqué sur les mêmes bases juridiques que les assignations à résidence, (loi du 18 octobre 1940,) mais les camps sont déjà installés pour recevoir les réfugiés espagnols ; à ce moment, ceux-ci ont déjà été libérés des camps, pour la plupart, au moment de l’exode.

La Préfecture des Alpes-Maritimes prend les décisions d’internement sans aucune pression allemande, le plus grand nombre de ces mesures a été pris en 1941 et 1942. La dernière date d’internement enregistrée est le 29 octobre 1943.

Les destinations relevées dans les archives départementales des internés de Nice sont les suivantes :


ARGELES

21

GURS

37

LE VERNET

100

RIEUCROS

87

RIVESALTES

52

TOTAL

276

Tableau 5 Les camps de concentration français
pour les internés des Alpes-Maritimes

Les internés sont, pour la plupart, des étrangers, et nous n’avons tenu compte que les nationalités indiquant plus de dix internés.

NATIONALITE

NOMBRE

ALLEMANDS

63

APATRIDES

13

AUTRICHIENS

100

BELGES

22

ESPAGNOLS

12

GRECS

11



HOLLANDAIS

15

HONGROIS

14

ITALIENS

201

POLONAIS

123

ROUMAINS

17

RUSSES

97

TCHEQUES

38

TOTAL

726

Tableau 6 Les nationalités des internés

Le tableau tient compte de toutes les nationalités répertoriées dans l’ensemble des Alpes- Maritimes. On note que la majorité des internés sont Italiens, viennent ensuite les Polonais, les Autrichiens, les Allemands, etc. Les Italiens internés jusqu’à l’Armistice sont considérés comme des fascistes, puis après juin 1940, arrêtés comme anti-fascistes.

Les motifs invoqués sont très divers et nous montrent bien, par les termes employés, l’ambiance générale de « Révolution Nationale » en vigueur sous le régime de Vichy. La multitude des motifs nous a conduit à les classer par ordre alphabétique.

Divers motifs d’internements



Activité politique

Anarchiste

Anarchiste inscrit au carnet B104

Critique notre armée

Dangereux pour la sécurité publique

Élément trouble

Faux papiers

Franchissement clandestin de la frontière

Homosexuel

Indésirable

Indigent

Infraction à un arrêté

Mauvais renseignements

Mauvaises fréquentations

Mesure d’épuration générale

Mesure générale

Militant communiste

Moralité déplorable

Motifs inconnus

N'a pas émigré

N'est pas parti

Non respect de l’assignation à domicile

Réception de radio antinationale

Refuse le refoulement

S'occupe de Juifs en situation irrégulière

Suspect

Suspect du point de vu national

Suspecte de galanterie

Trafic de denrées alimentaires

Trafic divers

Trafic de visas

Trafic d’or



Les raisons administratives d’internements figurant sur les dossiers montrent l’arbitraire, et l’absence de toute base légale des décisions prises. Les fonctionnaires se justifient en invoquant des motifs selon les besoins du moment.

La liste des internés sous la référence Adam 131W 1 et 2, concerne des personnes venant pour la plupart du département des Alpes-Maritimes, sans discrimination raciale.

Une étude complète sur tous les camps d’internements en France se trouve dans la revue « Le Monde Juif, le Temps des indésirables ».105

22J.L.PANICACCI Les juifs et la question juive dans les Alpes Maritimes de 1939 à 1945

22bJ.L.PANICACCI Les juifs et la question juive dans les Alpes Maritimes de 1939 à 1945, Recherches régionales Côte d’Azur, 1983, N° 4

23L.P. POLIAKOV La Condition des Juifs en France sous l’occupation italienne, CDJC Paris 1946, page38

24Ralph SCHOR, L’arrivée des Juifs d’Italie dans les Alpes Maritimes 1938 – 1940 Adam BR 3832 pages 104 et 107

25J.LPANICACCI, Les Juifs et la question juive dans les Alpes Maritimes de 1939 à 1945 Recherches régionales de la Côte d’Azur, Bulletin trimestriel N° 4 Adam 1983, page 241

26Op. cité page 110

27Op. cité, page 110

28ADAM 4 M 174

29ADAM 4 M 174

30Service d’ordre de la Légion

31Op. cité page 247

32J.L PANICACCI, Les Juifs et la question juive dans les Alpes Maritimes de 1939 à 1945 Recherches régionales de la Côte d’Azur, Bulletin trimestriel N° 4 Adam 1983

33ADAM 4 m 164

34J.L. PANICACCI, Op. cité, page 244

35S.KLARSFELD, Le Calendrier des persécutions des Juifs en France, F.F.D.J.F. PARIS 1993, Page 20

36J.L.PANICACCI, op. cité page 250

37ADAM 4 M 172

38ADAM 4 M 1358

39ADAM 4 M 174

40ADAM 4 M 174

41Ralph SCHOR, L’arrivée des Juifs d’Italie dans les Alpes Maritimes, Adam BR 3832, page 96

42Archives centrales à Rome

43Annexe tome II, pages 7 à 9

44ADAM 4 M 1358

45. Liste annexe tome II pages 10 à 13.

46Ralph SCHOR Op. cité, page 99

47ADAM 4 M 1344

48Ralph SCHOR Op. cité, page 103

49ADAM 4 M 1533

50(Liste en annexe tome 2, pages 21 à 26).

51ADAM 4 M 1358

52J.L..PANICACCI les Alpes Maritimes 1939-1945, Serre 1989, page 32

53ADAM 03 U 01/2186/ 1157/2186/87/88/89/90/91/03 U 02/1030/1166/1031/1032/1033/

54Op. cité, page 242

55La liste nominale par ordre alphabétique se trouve pages 41 à 48 l’annexe Tome 2.

56Dossier complet 03 U 02/ 1157. Ce nom ne figure par sur les fiches de la Préfecture.

57Traduit de l’allemand, s’écrit en majuscules dans cette langue.

58Sic signifie ‘’passage’’

59sic ‘‘camp de..’’

60A cette date, la France était déjà en guerre, ce que l’inculpé, en prison, ignorait apparemment.

61Ancienne dénomination de l’actuelle S.N.C.F.

62ADAM 616 W 225

63Laurent JOLY Xavier Vallat Du nationalisme chrétien à l’antisémitisme d’Etat,Grasset, 2001,page 214

64AML fonds Vallat, 21 i 45, in Xavier Vallat, op.cite, page 259

65102.244 Juifs sont recensés en zone libre, selon Renée Poznansky, Les Juifs pendant la seconde guerre mondial.Hachette 1997, page 134.

66ADAM 4 H 22

67Op. cité page 278

68ADAM 131 W 3

69Les recherches documentaires seront accessibles en 2010, sous les références Adam 0140W 1 à 140W 03, sous le titre « Restitutions de leurs biens aux victimes des lois et mesures se spoliations, 1944-1949 ».

70Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1998, page 224

71ADAM 616 W 225

72Philippe VERHEYDE, Les mauvais comptes de Vichy Perron 1999

73Sous série AJ/38 à 289, 3836 à 3943, de 3948 à 3959, 3992

74733 W 6 et 7

75ADAM 30 W 64

76Premier commissaire aux affaires juives, d’avril 1941 à mai 1942

77ADAM 30 W 64

78ADAM 431 W 44, 1897-1980, a pris la succession de Vallat jusqu’au 27 février 1944, condamné à mort par contumax le 10 décembre 1947, non rentré de son exil en Espagne.

79ADAM 431 W 44

80ADAM 431 W 44

81ADAM 140 W 1, ADAM 616W 225, ADAM 431 W 44

82ADAM 6 U 4/19

83ADAM 140W 36

84ADAM 431 W 44

85ADAM 616 W 225

86Registre des arrêts de la Cour d’Appel d’Aix du 5 mars 1942

87Police politique italienne.

88Registre analytique du Tribunal de Commerce, folio 212

89Service secret allemand de renseignements d’avant guerre, réputé avoir des agents partout.

Cette réputation est probablement exagérée, intoxication allemande voulue.

90Quartier Général local d’occupation.

91Journal officiel allemand (RGB1 699 pages 731-733)

92La liste complète se trouve dans la thèse de Mme Schlanger-Merowka, Lieux de mémoire ; Nice 2002, page 178, ou pages 117 et suivantes de M. CAVALION

93UGIF Union générale des Juifs de France

94ADAM 166 W 8

95ADAM 166 W 19

96Texte repris avec l’autorisation de l’auteur, Michèle Schlanger-Merowka, Docteur en Anthropologie, Thèse sur : Lieux f’Amnésie,d’Anamnese et de Mémoire de la deuxième Guerre Mondiale dans la zone d’occupation italienne, Université de Nice, 2000-2001, pages 202 et 203.

97Revue d’Histoire de la Shoa, C.D.J.C., Paris, Entre piège et refuge, août 2001, page 174

98L.POLIAKOV, La Condition des Juifs en France sous l’occupation italienne, Edition du Centre, Paris 1946, page 20 et 87 note de Barbie à Knochen du 12 mai 1943, N° 2746 15 0028, à Paris

99Op. cité, page 57

100Note du Préfet des A-M. au service des étrangers, signé Goiran, Op. cité, page 29

101Op. cité page 38

102ADAM 131 W 2

103Ralph SCHOR, L’opinion française et les réfugiés d’Europe centrale, Op. cité, page 11

104Carnet B, document établi par les commissariats de Police signalant des « individus dangereux »

105LE MONDE JUIF, Le temps des indésirables, C.D.J.C. Paris 1995, N° 153