L'Immigration Italienne, Russe et Arménienne, L'Exode des réfugiés de Hollande, de Belgique et des Pays Balkaniques entre 1920 et 1944 dans les Alpes-Maritimes

CHAPITRE II

Cinquième Partie

UNE IMMIGRATION ATYPIQUE : LES SUISSES

A) L’IMMIGRATION SUISSE EN FRANCE

L’émigration des Suisses est ancienne et continue. Sans vouloir remonter aux mercenaires louant leur service aux Royaumes, nous voyons encore aujourd’hui des hommes habillés en soldats au Vatican. En 2001, ils sont 172 Officiers et soldats. Ce type de « louage de service » est une vieille tradition helvétique.

L’immigration de proximité est commune aux originaires de Belgique, de l’Italie et de la Suisse. Les mêmes causes créent les mêmes effets, jusqu’en 1938, elles sont essentiellement d’ordre économique. La France a besoin du concours de la main-d’œuvre étrangère, ses voisins les plus proches sont tout naturellement les premiers à satisfaire ses exigences du marché du travail.

Tel est le cas pour la Suisse. Entre 1850 et 1930, l’afflux de travailleurs et commerçants est important, et contribue au développement de notre pays.

D’après Renée Lopez152, la venue des Suisses se distingue en trois périodes ; de 1850 à 1890, leur pays natal ne leur offre plus de ressources suffisantes, une stagnation à la fin du siècle due à l’arrivée de travailleurs français plus qualifiés, et de 1911 à 1930, où des possibilités importantes s’offrent à des spécialistes en France. Cependant, pendant la Grande Guerre, les frontières sont plus imperméables et l’immigration est nettement ralentie.

Entre 1850 et 1930, l’image véhiculée par les Suisses était celle d’un groupe privilégié et qualifié, mais ceci cachait une grande diversité ; employés de commerce, de bureau, artisans, et domestiques étaient fort nombreux. On les rencontre aussi dans l’agriculture, les industries mécaniques, mais ils délaissent le bâtiment. Du Second Empire à 1930, ces catégories socioprofessionnelles étaient exceptionnellement élevées. » 152a

Graphique 146 Totalité des Suisses en France de 1851 à 1946

Ces chiffres sont communiqués par le département fédéral des affaires étrangères à Berne.

Pour toute la période que nous étudions, nous avons enregistré la présence de 1 253 Suisses à Nice. Les arrivées se repartissent de la façon suivante :

Entre 1850 et 1890, le nombre de Suisses enregistrés à Nice est de 45, soit 3,60% du total.

Entre 1891 et 1911, ce nombre est de 183, soit 14,61%

De 1912 à 1930, notre tableau indique 480 arrivants, soit 38,31%

De 1930 à 1944, nous dénombrons 417 Suisses, soit 33,28 %

Notons aussi 128 personnes dont nous ignorons la date d’arrivée.

En comparant nos résultats à Nice avec les périodes indiquées par Renée LOPEZ152b en France, nous constatons que pour la première période de 1850 à 1890, peu de Suisses sont arrivés à Nice.

Pour la période de 1891 à 1911, notre chiffre est en progression, comme pour l’ensemble de l’immigration suisse en France, et nous trouvons bien une concordance avec les chiffres avancés par Renée Lopez, pour la période allant de 1920 à 1930.

La dernière période, allant de 1930 à 1944 n’a pas été commentée par ce chercheur. Dans un autre domaine, notons qu’en 1926, sur 131 109 Suisses en France, 3 5% ont opté pour la double nationalité

AGES DES SUISSES LORS DE LEUR ARRIVEE A NICE

Graphique 147 Ages des Suisses lors de leur arrivée à Nice

Les années de naissances des Suisses se trouvent page 46 de l’annexe, Tome 1.

La plupart de ces immigrants sont dans la force de l’âge productif, soit entre 20 et 40 ans. Sur 1258 Suisses se trouvant à Nice à un moment donné, seulement 58 ont l’âge de la retraite. Ce sont donc bien, pour la majorité d’entre–eux, des immigrants dont la présence à Nice est due uniquement à des raisons d’ordre économique.

Entre 1938 et 1940, nous remarquons l’arrivée de 159 Suisses à Nice. Nous ne nous expliquons pas cette arrivée relativement massive à une époque aussi troublée dans un pays en guerre. Il s’agit toujours de Suisses nés en Suisse, la plupart sans profession. C’est surprenant, la Suisse est considérée comme un pays refuge.



ORIGINES GEOGRAPHIQUES DES SUISSES

SUISSES ROMANDS

496

francophones


SUISSES ALEMANIQUES

324

germanophones


SUISSES ROMANCHES

7

langue locale


TESSIN

32

Italophones


AUTRES NON SITUES

394



LIEUX DE NAISSANCE




ZURICH

55

CHAUX/FONDS

25 (f)

ST GALL

11

BIENNE

14

PORRENTRUY (f)153

11

BERNE

32

NEUCHATEL (f)

24

BALE

18

LUGANO

4



LUCERNE

9

NICE

54

LE LOCLE (f)

8

PARIS

27

LAUSANNE (f)

46



GENEVE (f)

93

TOTAL

1 253

Tableau 79 Villes de naissance des Suisses

Ces chiffres n’indiquent que le nombre de Suisses nés dans une grande ville. Nous avons fait abstraction des petites agglomérations. Mais ils nous montrent que, sur 1 253 personnes figurant sur ce tableau, 496 viennent de la Suisse Romande, soit 39,9%. La proximité de la frontière française, la communauté de langue, les connaissances trans-frontalières, une culture latine commune ont certainement joué un rôle. Cette remarque est aussi valable pour les 32 personnes venant du Tessin. Cette observation est encore renforcée en ajoutant les 81 Suisses nés en France, complétant cette remarque.

LES PROFESSIONS EXERCEES PAR LES SUISSES

Le tableau détaillé se trouve en annexe page 47 du Tome 1.

Nous avons regroupé ces multiples professions comme nous l’avons déjà fait précédemment pour les professions des Italiens, afin de pouvoir comparer des données comparables sur les mêmes bases.

ARTISTES

18

AGRICOLE

19

MECANIQUE

19

COMMERCANTS

80

PRO. LIBERALES

46

ARTISANS

85

BATIMENT

8

COUTURE

11

HOTEL/RESTAU.

100

TRANSPORTS

9

EMPLOYE COM

36

SANS QUALIF,

604

DIVERS

118

Tableau 80 Professions groupées des Suisses

Graphique 148 Professions groupées des Suisses

Le tableau comparatif qui va suivre est établi pour apprécier les différences entre les professions exercées suivant l’origine nationale. On note une grande proportion de personnes sans qualification, c’est qui est étonnant pour un pays qui attache une très grande importance à la formation professionnelle de sa jeunesse.

Il se peut que ces personnes espèrent un emploi à l’étranger qu’ils ne trouvent pas dans leur propre pays, justement à cause de l’absence de métier.



COMPARATIF


PROFESSIONS PAR CATEGORIES

ITALIENS

%

SUISSES

%

ARTISTES

47

0,19%

ARTISTES

18

1,57%

PRO LIBERALE

151

0,64%

PRO LIBERALE

46

4,01%

MECANIQUE

455

1,82%

MECANIQUE

19

1,65%

EMPLOYES

257

1,03%

EMPLOYES

36

3,13%

COUTURE

782

3,13

COUTURE

11

0,96%

HOTELLERIE

1 115

4,46%

HOTELLERIE

100

8,68%

BATIMENT

1 621

6,49%

BATIMENT

8

0,07%

COMMERCE

1 958

7,84%

COMMERCE

80

6,95%

ARTISANS

2 483

9,94%

ARTISANS

85

7,38%

AGRICOLE

2 526

10,11%

AGRICOLE

19

1,65%

DIVERS

4 196

16,79%

DIVERS

48

10,25%

SANS QUALIF

8 814

35,26%

SANS QUALIF

604

52,43%

TRANSPORTS

701

2,81%

TRANSPORTS

9

0,08%

Tableau 81 Comparaison entre les activités groupées des Suisses et des Italiens

Dans les 4 catégories suivantes, Artistes, Professions Libérale, Employés, Hôtellerie, le surnombre des Suisses par rapport aux Italiens est notable :

Ainsi, les artistes suisses sont, en pourcentage et par rapport à l’ensemble des immigrants de cette nationalité plus importants que les Italiens ; pourtant, dans l’image que l’on se fait de cette profession, ce sont surtout les Italiens qui marquent nos impressions.

ll n’en est pas de même pour les professions libérales et l’hôtellerie, domaines où les Suisses ont une expérience non contestable. Les employés sont rarement subalternes, et dans la mécanique, les artisans et le commerce, les pourcentages sont pratiquement égaux.

Par contre, dans les professions de la Couture, du Bâtiment, l’Agriculture, et les Transports, la constatation inverse est évidente, ce sont les Italiens qui sont en plus grand nombre.

Le critère des « sans qualification » (52,43%) fausse cette catégorie dans son ensemble. Comme il comprend environ la moitié du nombre total des Suisses, nous supposons qu’il s’agit d’épouses sans professions. Pour tous les autres chiffres, les différences sont très importantes.

Ceci corrobore l’affirmation selon laquelle la qualité de leur formation professionnelle est poussée. Ce qui est aussi confirmé par le petit nombre des personnes s’occupant de couture, bâtiment, agriculture par rapport aux chiffres italiens.

MARIAGES

Fran, h./f. suisses

42

SUISSE/SUISSE

8

Turc/s

1

Anglais/s

1

Autrichiens/s

2

Estonien/s

1

Italiens/s

5

Polonais/s

1

Total

62

Tableau 82 Choix matrimoniaux des Suisses

Sur 62 mariages enregistrés de 1937 à 1944, 42 Suisses ont convolé avec des Français ou Françaises. Nous avons relevé que tous les Suisses ont obtenu le droit au travail en France, que 27 fiches de la Préfecture mentionnent un J (Juif), et enfin qu’une fiche indique :

« Soumis à la Loi du 3/12/1848. »  154


NATURALISATIONS

NATURALISATIONS

1947

4

1948

1

1949

3

1950

2

1953

3

1954

1

1955

1

1956

2

S.I.

1

Total

18

soit 1258/18=1,43%

Tableau 83 Naturalisations des Suisses

Bien que les dates de naturalisations soient postérieures aux dates de notre étude, elles indiquent l’attachement des Suisses à leur origine nationale, car nous ne voyons que peu de naturalisations. Mais cette fidélité au sol natal n’empêche ni de s’expatrier, ni de convoler avec des Français ou Françaises.

Quelles sont les raisons qui n’ont pas pu inciter les Suisses à s’expatrier ?

Ce ne sont pas des raisons politiques. Leur pays, démocratique depuis 1848 n’a jamais connu de dictature suscitant des persécutions politiques. Tout au plus une certaine rigueur religieuse puritaine a pu provoquer une étroitesse d’esprit intellectuelle ou religieuse. La France, pays d’accueil et de Liberté a pu être un aimant. Relevons que 159 Confédérés sont venus à Nice entre 1938 et 1940, malgré les prémices de guerre et l’occupation allemande. Nous n’avons pas de réponse à cette question et nous ignorons si ces chiffres sont confirmés sur le plan national.

Ce ne sont pas non plus des raisons de survie économique comme pour les Italiens. Une crise comme celle de 1928 a certes des répercussions mondiales, mais ce pays, très protégé par des frontières douanières, est relativement plus épargné que ses voisins. A cela s’ajoute que le grand mouvement migratoire vers la France a eu lieu avant le « Jeudi Noir. » Certes, des mouvements sociaux ont marqué ce pays à cette période, mais ils ne peuvent être à eux seul le motif d’un départ.

Il est vrai qu’entre les deux guerres, la France avait un grand besoin de main d’œuvre qualifiée. Du fait de la Grande Guerre, les frontières étant fermées, l’émigration suisse n’a pu trouver ses débouchés traditionnels.

Le tableau des professions des Suisses nous donne un éclairage sur la diversité de leurs professions. L’hôtellerie et les professions libérales font partie, à Nice, de leurs préférences.

Les raisons de leur venue peuvent être expliquées par l’attrait de situations plus lucratives, permettant une ascension sociale plus rapide que dans leur pays natal.

N’oublions pas non plus la douceur de vivre de la Côte d’Azur, les avantages que leur donne une monnaie à forte valeur de change. Les achats fonciers des Suisses sont nombreux et importants.

Nous avons relevé trois associations suisses155 locales indiquant les liens entre Suisses.

La Société helvétique de secours,

Helvétia, avec des correspondants à Cannes, Menton et Antibes

Le Grütli, fondé en 1922

Un autre observatoire nous montre un aspect de la question d’émigration par une voie insolite :

L’ambassadeur de France à Berne informe son gouvernement en date du 20 octobre 1917 que « Suite aux difficultés croissantes de ravitaillement, les journaux suisses soulèvent fréquemment dans leurs colonnes la question des étrangers en Suisse et des grands avantages que ceux-ci retireraient d’une hospitalité que ces organes jugent parfois excessive. En conséquence je jugerai utile de pouvoir communiquer à certains journaux suisses quelques articles documentés (…) sur la situation des Suisses en France. »

Il demande à son gouvernement de lui fournir des éléments de réponse pour la presse suisse. Après avoir questionné divers responsables, le Quai d’Orsay lui communique la réponse du Préfet des Alpes-Maritimes, en date du 24 novembre 1917 : 

« Le nombre de Suisses à Nice est allant en augmentant depuis vingt ou trente ans, notamment à Nice, Cannes et Menton. Ils exercent différentes professions dont les principales sont : confiseur ou pâtissier, restaurateur, hôtelier, coiffeur, horloger, bijoutier (...).des familles ont créé des laiteries et des exploitations agricoles ou horticoles très prospères. Beaucoup de jeunes Suisses se font garçon de café ou employés d’hôtel ; d’autres sont électriciens, chirurgiens, dentistes ; plusieurs exercent la profession d’ingénieur. » 156

Cette réponse devait démontrer que, s’il y avait des Français en Suisse, ces derniers étaient confortablement représentés à Nice, et que la réciprocité était de mise.

L’impression des Suisses « d’envahissement » de leur pays par les étrangers est illustrée par cette note. Notre ambassadeur a bien ressenti cela en adressant une note en ce sens à sa hiérarchie. Le sentiment d’incursion d’allogènes ne joue toutefois que pour ceux qui désirent s’implanter dans ce pays, très ouvert par ailleurs au tourisme, industrie très florissante. N’oublions pas que ce pays vit pour une large part grâce aux exportations de produits de haute technologie et de son savoir-faire.

Les Suisses ne sont d’aucune manière concernés par les problèmes politiques ; ni révolution, ni conflits ethniques ne leur imposent un départ de leur pays. Ils viennent volontairement en France exercer des professions dans lesquelles ils excellent. Un point commun est la période d’arrivée dans notre pays ; ils contribuent par leur professionnalisme à combler les besoins en main-d’œuvre de la France avant et après la Grande Guerre.



CONCLUSION PARTIELLE157

Nous allons rechercher les points communs convergents et divergents entre les nationalités étudiées dans ce chapitre. La diversité des origines géographiques de ces réfugiés fait de la France le centre de l’Europe (à part la Suisse plus difficile d’accès) vers où convergent des milliers de personnes. Ils ont confiance en la démocratie de ce pays, son sens de la liberté, sa force militaire. Ils croient en sa capacité de les abriter et de les protéger.

La première question que nous nous posons est de comprendre pourquoi l’émigration des nationalités étudiées dans la première partie a commencée qu’à partir des années 1922-1923.

La première vague d’immigration, commentée dans la première partie concerne les émigrants dont la venue en France n’a pas pour origine la deuxième Guerre Mondiale.

En premier lieu, les Arméniens, persécutés dans leur pays en 1893 et 1897, s’enfuient vers les Balkans et la Russie. A cette époque, les statistiques montrent peu d’arrivées de réfugiés de cette région en France et à Nice. L’apparition en force du mouvement dit des Jeunes Turcs durera jusqu’en 1918 lorsqu’ils doivent fuir en Allemagne. C’est ce mouvement qui, en 1915, fomente la déportation et le massacre des Arméniens. Bien que la guerre s’arrête en Europe en 1918, la tension, puis une nouvelle guerre débute à ce moment dans le Sud des Balkans entre Grecs et Turcs. Les Grecs débarquent à Smyrne en 1919 et massacrent des Turcs, et en automne 1922, les Turcs mirent le feu aux quartiers arméniens et grecs de Smyrne, et selon les ordres d’Ata Turc158 massacrent des civils à l’arme blanche pour épargner les munitions. La flotte internationale présente sur les lieux pour prêter main-forte reçut l’ordre d’observer la neutralité. Les Hélènes refusent le traité de Sèvres, crise de Tchanak, (rive asiatique des Dardanelles), l’armistice de Moudanya en 1922 permet la signature du traité de Lausanne le 24 juillet 1923. Ce n’est qu’à partir de cette date que nous constatons l’arrivée en nombre d’Arméniens en France et à Nice. Les frontières s’entre ouvrent dès la paix revenue.

La révolution russe intervient en 1917, puis survient la signature du Traité de Brest-Litowsk159. Ceux qui désirent quitter la Russie ne peuvent pas encore partir en Occident du fait de la continuation de la Grande Guerre. Un certain nombre se met à l’abri en Allemagne. Le passage par les Dardanelles est encore périlleux comme nous venons de le mentionner. La guerre russo-polonaise en 1919 ferme les frontières. Ce conflit se termine le 18 mars 1921 par le Traité de Riga. Ce n’est qu’à partir de ce moment que les plus aisés peuvent quitter leur pays.

Les Suisses n’avaient ni raisons politiques, ni raisons économiques pour quitter leur pays et s’installer à Nice. Ce pays a une longue tradition d’expatriation, brusquement arrêtée par le conflit européen. Aucune possibilité de départ pour l’étranger n’existe, sauf pour un des belligérants. L’émigration habituelle reprend dès la fin des hostilités.

Les Espagnols n’ont aucun point commun avec les trois autres nationalités, si ce n’est que leur venue en France n’a pas de rapport avec la deuxième Guerre Mondiale. On peut soutenir que la guerre d’Espagne, qui débute le 18 juillet 1936 à la suite des grèves et manifestations anti religieuses violentes, et le débarquement des troupes rebelles du Maroc commandées par Franco, ne sont que les prémices du conflit de 1939. Cette guerre se termine le 28 mars 1939. C’est à cette époque qu’arrivent un grand nombre de réfugiés espagnols à nos frontières pyrénéennes. Ils sont parqués dans les camps dont une partie servira plus tard pour la détention des Juifs.

La deuxième vague d’arrivants, commentée dans la deuxième partie, est constituée de réfugiés qui subissent la politique allemande de conquête et de racisme anti- juif. Les Autrichiens et les Tchèques fuient l’occupation allemande de 1938, les apatrides, Allemands et Polonais les persécutions raciales. Il est difficile de distinguer la part politique de la part raciste, car le nombre de Juifs est le plus important dans ces groupes. Leur qualification de réfugié mutera en celle d’exilé.

La troisième vague arrive avec la débâcle et l’exode de juin 1940.

Pour la plupart, leur point commun est la fuite devant l’invasion allemande. Un autre point commun est la peur. Ceux qui n’ont pas vécu cette époque s’imaginent mal aujourd’hui la panique régnant devant l’envahisseur. Tous, Français et étrangers mêlés, fuient sur les routes, vers le Sud qu’ils pensent sauveur. Nice, pour beaucoup, devient le bout de la route où l’on ne peut aller plus loin. Les Belges conservent dans leur mémoire les événements de la Grande Guerre, l’occupation allemande. A Nice, ils sont nombreux. Au delà des nationalités, les Juifs, dont la mémoire ancestrale des pogroms veille, font partie de tous les groupes. Devant l’adversité, le sort de tous semble commun. Une partie des réfugiés est venu en France entre les deux guerres et s’est établi sur l’ensemble du territoire. Ils partagent le sort commun, la peur commune, selon leurs motivations propres ; les Anglais ne peuvent plus rejoindre leur île, les Belges et Hollandais suivent l’exode général à la suite de l’occupation de leur pays, et parmi les autres nationalités une grande partie cherche à s’abriter des Allemands parce qu’ils sont Juifs.

Un comptage partiel des arrivées et départs en gare de Nice pour les mois d’août et septembre 1940160 nous indique 111.274 arrivées et 32 996 départs, soit une différence positive de 78.778 personnes. Ces chiffres nous indiquent la totalité des mouvements de voyageurs, sans tenir compte des nationalités, et nous montre l’afflux considérable de populations fuyant les événements. Nous ne savons pas si le trafic local est pris en compte.

Un grand nombre des réfugiés a plus de 40 ans ; ceci les différencie fondamentalement des immigrants Italiens venus pour travailler en France. Seuls les Espagnols font exception à cette constatation, ils ont entre 20 et 40 ans. Nous nous sommes demandés ce que l’âge pouvait signifier, et nous pensons avoir un début de réponse par l’observation des professions déclarées lors de leur arrivée à Nice.

Une proportion importante exerce principalement des professions indépendantes ou se déclarent « sans profession », les Anglais venus à la fin des années trente se considèrent pour l’essentiel comme touristes ou sans activité. Il est délicat de tirer des conclusions de ces constatations, et ce d’autant plus que les autorités françaises ne délivre plus d’autorisation de travail aux nouveaux venus. Cette mesure administrative fausse les appréciations. Néanmoins, en conjuguant les deux données, on s’aperçoit que la possibilité de fuite n’est pas la même selon des moyens dont on dispose. Or, les professions libérales procurent plus de liberté financière, elles sont plus informées de par leur formation des dangers encourus. A cela s’ajoute, non pas une constatation, mais l’impression constante tout au long de cette recherche, que peu d’enfants ont fait partie du voyage ; l’explication est donnée par la manière d’insérer les renseignements demandés dans les documents préfectoraux. Nous évoquerons ce point dans le chapitre consacré aux Juifs.


CONCLUSION GENERALE

Nous avons présenté cette étude sous la forme de trois chapitres : tout d’abord les Italiens car ils sont les plus nombreux, puis toutes les autres nationalités répertoriées dans le fichier, et enfin un chapitre spécial consacré aux Juifs, leur sort ne dépendant pas de leur nationalité, mais de leur judéité. Nous avons recherché les raisons de leur venue, leurs origines géographiques, les périodes des flux migratoires, les âges et professions, chaque fois que les données recueillies en notre possession l’ont rendu possible.

Les trois chapitres ont aussi trois périodes de déroulement ; le temps de l’immigration, l’évolution liée à la période de guerre, et le devenir de ces personnes déplacées de leur pays d’origine. Quels sont les étrangers repartis de Nice à la fin de la guerre, lesquels sont restés, et comment ceux-ci ont-ils oeuvré pour leur intégration ? Ont-ils été acceptés par la population autochtone ? Après cette longue période d’immigration vers Nice, nous recherchons ce que cette population est devenue après la tourmente de la Deuxième Guerre Mondiale. La description de leur destinée sera la conclusion de notre recherche, de la même façon qu’elle est la conclusion de leurs périples vers une nouvelle phase de leurs vies.

Quelle est la situation des étrangers à Nice dans l’immédiat après-guerre ? Les documents de l’Insee276 qui sont seulement disponibles pour les années 1936 et 1946, portent sur l’ensemble du département, et non uniquement sur la ville de Nice, sujet de notre recherche. La période allant de 1938 à 1944 ne pouvait pas être pris en compte par cet institut de statistiques, car aucun recensement n’a eu lieu pendant la guerre. C’est pourtant justement pendant cette période que le flux des arrivants a été le plus fort. Aussi, nous nous fondons sur nos propres relevés pendant cette période. Les chiffres que nous présentons ne correspondent donc pas exactement aux données de notre étude ; ils sont une présentation empirique, faute de disposer de documents précis, de la variation de la présence étrangère avant et après la guerre dans les Alpes-Maritimes. Ils ne peuvent pas être rigoureusement exacts, mais sont destinés à tracer une ligne générale de tendances.

En 1901, la population totale de notre département se chiffre à 293 213 personnes, en 1946, elle est de 453 073 personnes. L’augmentation de la population a été ensuite très importante. A titre de comparaison, en 1991, il y a 1 029 517 personnes, dont 62 00 naturalisés, 84 132 étrangers, dont 16 388 Italiens et 35 032 Maghrébins277. En 1946, le pourcentage des naturalisés représente 13%, celui des étrangers 17%. En 1991, les étrangers représentent (hors Maghreb) 8,17%, les Italiens 1,50%, les naturalisés 0,60%, les Maghrébins 3,40%. Cette comparaison permet de constater que le pourcentage des étrangers d’origine identique par rapport à la population totale a baissé en 50 ans, et que les statistiques ne décèlent plus que 0,60% de naturalisés en 1991 contre 13% en 1946.

Dans le tableau infra, nous avons repris les données des deux années de référence, soit 1936 et 1946, pour les comparer au nombre d’étrangers relevés par nos soins de 1938 à 1944.

En prenant ces informations en compte, avec les réserves indiquées, nous constatons une très forte diminution globale de la présence étrangère.

Entre 1936 et 1946, les plus fortes diminutions d’étrangers en nombre sont par ordre d’importance : les Italiens, les Anglais et les Suisses. Entre nos relevés d’arrivées à Nice sur toute la période et les chiffres de l’Insee pour 1946, nous constatons une forte diminution de presque toutes les nationalités. De plus, pour 1946, l’Insee ne relève aucune présence de Turcs, Apatrides, Autrichiens, Hollandais, Roumains et Tchécoslovaques.

PRESENCE DES ETRANGERS




ANNEE

PERIODE

ANNEE

DIMINUTION


1936

1938 à 1944

1946







ALLEMANDS

1 059

1 662

335

724

ANGLAIS

5 767

1 539

1 005

4 762

APATRIDES


252



ARMENIENS

502

560

353

149

AUTRICHIENS


1 571



BELGES

2 351

1 646

1 764

587

ESPAGNOLS

1 033

517

790

243

GRECS

363

398

293

70

HOLLANDAIS


859



HONGROIS

290

404

167

123

ITALIENS

83 275

27 188

44 504

38 771

POLONAIS

867

3 125

521

346

ROUMAINS


598



RUSSES

3 697

2 402

2 036

1 661

SUISSES

3 519

1 253

1 304

2 215

TCHECS

574

954

304

270

TURCS


555



TOTAL

103 297

45 483

53 376

49 921

Tableau 7 Variations, par nationalités, du nombre des étrangers à Nice,
entre 1936 et 1946

La tendance générale de diminution du nombre des étrangers entre 1936 et 1946, dans l’ensemble du département est très nette, elle est de 51,70%. En prenant le chiffre total de l’Insee de tous les étrangers, y compris ceux ne figurant pas dans ce tableau, nous relevons pour 1936, 113 645 personnes, et pour 1946, 59 352, soit une diminution de 52,21%. Le cas des Italiens, représenté par un nombre plus important de cas, confirme la tendance générale avec une diminution de 53,44% entre 1936 et 1946.

Comment expliquer cette forte diminution ? Nous ne pouvons qu’avancer des hypothèses, compte tenu de l’absence de documents dans ce domaine.

Pour les Italiens, entre les deux dates de référence, un grand nombre de naturalisations est intervenu. La plus forte augmentation est intervenue entre 1936 et 1939. Le 1ier novembre 1936, le pacte de l’Axe Berlin Rome est signé. Les signes précurseurs de guerre apparaissent. Ces Italiens demandant leur naturalisation voulaient éviter d’être engagés dans l’armée italienne, et en même temps manifester leur attachement à la France. Ceci expliquerait la diminution de leur nombre et en même temps une partie de l’augmentation de Français. (La même explication peut être formulée pour les Arméniens).

Pierre Milza écrit à ce sujet :

« La volonté de rupture a été d’autant plus forte (...) que l’image de leur pays se trouvait dévalorisée auprès de l’opinion française, qu’il n’y avait pour eux guère d’autres moyens de s’intégrer au pays d’accueil que d’afficher la solidarité avec celui-ci. (...) Toutes ces raisons ont poussé dans le sens de la francisation des populations issues de l’immigration italienne (...) les demandes de naturalisations se multiplient et aboutissent de plus en plus à une issue favorable » 278.

D’autres Transalpins sont rentrés dans leur pays à la suite de la chute de la dictature fasciste, certains après avoir purgé une peine d’emprisonnement pour faits de collaboration, d’autres encore sont motivés par le très fort sentiment anti-italien de l’immédiat après guerre.

Pierre Milza confirme notre remarque de la façon suivante :

« L’agglomération niçoise : une ville dont l’italianité est à la fois constitutive de son identité profonde et objet de rejet d’une population autochtone qui a choisi d’être rattachée à la France en 1860, et a eu tendance aussitôt à afficher une francité agressive dont les migrants de fraîche date ont été les premiers à faire les frais.279 ».

D’autres personnes encore n’ont pu s’intégrer dans la vie locale, et après avoir coupé leurs racines avec leur pays natals désirent, à l’âge de la retraite, y renouer des liens « pas nécessairement avec l’Italie en tant que Etat-Nation, mais surtout avec la petite patrie locale »280.

La suite de nos recherches d’explication sur la diminution du nombre des étrangers nous conduit à souligner le cas de ceux qui sont venus à Nice comme réfugiés et non comme immigrants. Tel est le cas des Belges, Hollandais, Anglais. Une fois la tourmente passée, ils sont naturellement rentrés dans leur pays d’origine. Dans la période 1938 à 1944, ce groupe est formé de 4044 personnes, dont le plus grand nombre n’avait pas de raisons impératives de rester à Nice après la guerre.

Le cas des Russes, Polonais, Autrichiens, Allemands, Tchèques, Turcs et Apatrides est plus difficile à cerner. Nous pouvons supposer que parmi ces nationalités se trouvent un grand nombre de Juifs, qui ne sont plus identifiables en tant que tels après la guerre. Ce groupe compte 10 021 individus pendant cette période. Parmi eux se trouvent des personnes venues de la zone Nord en 1940 et de la zone ‘’libre’’ en 1942. Les statistiques de l’Insee de 1946 ne font plus état des Autrichiens, Turcs et Apatrides. Pour les autres nationalités, ils mentionnent un total de 6 197 personnes en 1936, et 3 829 en 1946, donc une très forte diminution. (61,79%.)

La présence des Suisses est atypique, leurs motivations d’immigration sont très différentes de celles évoqués jusqu’à présent. Il en est de même des motifs qui ont déterminé les Suisses à rester dans notre ville : raisons de convenance personnelles ou d’ordre économique.

Après la guerre, les Italiens, Russes et Arméniens ont peu à peu reconstitué des ensembles identifiables par leur vie associative, culturelle ou cultuelle. C’est donc vers ces groupes que seront orientés les recherches sur l’intégration.

Avant de voir leur processus d’intégration, définissant d’abord les termes employés. Il est utile de préciser que nous n’abordons ici que le cas des étrangers entrés en France avant 1944, certains d’entre eux avant 1940, et le plus grand nombre avant 1930 ; en effet, les conditions de l’intégration, l’environnement économique, l’ambiance générale envers les étrangers sont tout à fait différentes de celles régnant après les ‘’trente glorieuses’’. Nous nous référons essentiellement à l’époque de l’immédiat après-guerre.

Les difficultés d’approche de ce thème viennent de l’absence de définitions précises. Le modèle français d’intégration se fonde sur l’indifférenciation entre les hommes, c’est en ce sens qu’il est universaliste. Chaque être vaut pour lui-même, indépendamment de la communauté à laquelle il appartient. La République ne reconnaît des droits qu’à l’individu.

On ne peut que constater un vide juridique, aussi bien pour l’intégration que pour l’assimilation. Entre la visibilité immédiate des personnes étrangères (patronymes) et leur invisibilité aussi bien juridique, statistique que sociologique, il y a un paradoxe. Comment définir alors l’intégration et l’intégré ? A quelle aune mesurer l’accomplissement de cette métamorphose ? Nous allons cerner les contours de ces concepts, sans avoir la conviction d’apporter une réponse définitive à cette notion. Nous sommes dans le domaine humain, et celui-ci ne peut être codifié durablement.

La juriste Jacqueline Costa-Lascoux écrit :

« Historiquement, la nation française est fondée sur un lien politique. Ainsi, pour devenir citoyen, il n’est pas nécessaire de se référer à une origine ethnique, à l’inverse de l’Allemagne, qui institue le Volk sur une communauté de sang, de langue et de culture. La singularité française tient à cette conception du contrat social et de la citoyenneté, héritée de la philosophie des Lumières et de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789. » 281

C’est cette notion de la nation française qui a permis l’intégration d’étrangers depuis trois siècles.

La définition de l’étranger est formulée en France dans l’ordonnance du 2 novembre 1945282 dans son article premier :

« Sont considérés comme étrangers, au sens de la présente ordonnance, tous individus qui n’ont pas la nationalité française, soit qu’ils aient une nationalité étrangère, soit qu’ils n’aient pas de nationalité ». 

Dans un grand nombre de pays, la condition des étrangers ne fait pas l’objet d’une disposition d’ordre général ; seules se rencontrent des réglementations particulières, excluant les étrangers de la jouissance de certains droits, ou subordonnant cette jouissance à des conditions particulières.

Par contre, sémantiquement, nous trouvons dans le Grand Robert les définitions suivantes :

Intégration : Par opposition à différentiation, l’établissement d’une interdépendance plus étroite entre les parties.

Assimilation : Action de rendre semblable à l’autre, absorption, adoption, imprégnation, incorporation, fusion, amalgame.

L’antonyme du concept d’assimilation n’existe pas, on peut parler de d’acculturation ou de ‘’déculturation’’, mais l’intégration s’oppose à le désintégration, qui consiste à rejeter ou à séparer.

L’assimilation suppose l’abandon d’une ancienne culture. La question de savoir si cette forme d’incorporation à la France est nécessaire, souhaitable, possible, accessoire ou indésirable, est du domaine philosophique. On peut soutenir des points de vus différents. Le Corse doit-il ressembler au Lillois, est- ce possible ou est-il admis qu’il puisse être différent ? Une règle générale peut-elle s’imposer ?

Après deux à trois générations, le sentiment d’appartenance à la France devient plus fort, l’attachement au pays d’origine s’estompe, compensés quelquefois par des recherches généalogiques. Le contraire est vrai aussi : ainsi, la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, provoqua le départ de France d’au moins 200 000 protestants, parmi lesquels des officiers, des commerçants, des agriculteurs, qui trouvèrent refuge en partie en Prusse. Des descendants de ces immigrés sont dans les rangs de l’armée du Deuxième et Troisième Reich, et combattent la patrie de leurs ancêtres. L’exemple des Juifs français est différent comme le souligne Emile Temime :

« On sait combien leur désir d’assimilation a été grand, et combien, malgré les préjugés et les rejets dont ils ont fait l’objet, celle assimilation est réussie »283.

Quel que soit le point de vue, l’assimilation passe par l’intégration284. Ici se pose la question de savoir ce qu’est l’intégration. Le modèle français repose sur l’indivisibilité de la République qui implique que l’intégration ne se fonde pas sur la reconnaissance de communautés devant cohabiter entre elles mais sur la participation active et volontaire à la communauté nationale de différents individus. Il ne s’agit pas d’intégrer des groupes mais des individus. C’est tout d’abord la volonté de l’impétrant de s’intégrer. Ce ne peut qu’être une attitude positive, active, et non une emprise subie. La condition sine qua non est l’acceptation des valeurs de la République, y compris la laïcité. Il faut aussi que cette condition soit remplie de part et d’autre pour qu’une intégration soit réussie. Certes, l’influence de l’environnement joue un rôle, encore faut-il l’accepter. Notons qu’il existe un Haut Conseil de l’Intégration285 créée en 1989. La création tardive de cet organisme consultatif montre à quel point la notion d’intégration est restée et reste encore floue pour le législateur. Ralph Schor écrit. :

« L’intégration ne se décrète pas au moyen de textes législatifs. De même le processus qui mène d’une identité à une autre échappe en partie à la volonté des personnes concernées (...) on peut se demander s’ils s’intégrèrent vraiment ou s’ils se résignèrent à rester en France et à adopter certains usages de ce pays. » 286

Les vecteurs qui permettent de franchir les rives d’un passé d’étranger au futur ‘’descendant d’un Gaulois’’ sont tout d’abord l’école républicaine et laïque lorsqu’on est d’âge scolaire,287 le mariage avec un Français ou une Française, les relations professionnelles, les contacts par les enfants, l’armée pour les hommes seulement, et enfin la naturalisation. Cette dernière forme d’intégration est d’ordre administratif, et la présuppose.

Les signes d’intégration ont des contours divers et ne sont pas absolus :

La pratique de la langue française, l’habillement, l’abandon des quartiers d’habitation spécifiques, les changements de noms, (Hamburger devient Berger, Kahn devient Caen, Tarassov devient Henri Troyat, Nathan Korb devient Francis Lemarque, les Arméniens adoptent des prénoms français, les Pietro deviennent Pierre, les Moïse des Maurice etc.), les conversions au christianisme, mais un chrétien se convertissant à l’Islam reste au yeux de son entourage Français. (Maurice Béjart), l’activité politique, (Krasuki, descendant d’immigrant).

Une autre approche de l’étude sur l’intégration est celle des Juifs. Ils diffèrent des cas vus jusqu’ici en ce qu’ils sont rarement attachés à leur ancien pays, où ils ont souffert de persécutions et qu’ils ont du fuir. Les ressorts de leur attachement au passé sont d’ordre religieux ou traditionnel. L’encyclopédie du Judaïsme, sous la dénomination ‘’assimilation’’ décrit le processus de la façon suivante :

« Il peut s’agir d’une assimilation active, par laquelle une société ou un individu absorbe des forces de l’extérieur, (...) ou une assimilation passive, dont l’objet laisse les forces extérieures changer ou détruire son identité288 ».

Ici, chacun réagit selon sa tradition, ses principes religieux, la perception de son entourage familial ou de son environnement social non juif.

Comment décider si un étranger est intégré ou non, et qui le détermine ? La plupart du temps, le sentiment d’appartenance à la France est réciproque. L’arrivant se sent intégré lorsqu’il ne perçoit pas de rejet. Ceci est d’ordre subjectif, affectif, et ne peut être traduit en langage administratif. De plus, il peut être admis par les uns et rejeté par les autres. Malgré la volonté de l’impétrant, la population autochtone peut refuser l’intégration, même si toutes les conditions sont remplies (Harkis). Le cas opposé est celui de Daniel Cohn Bendit que nous ne pouvons classer ni intégré en France malgré son passé de militant, ni intégré en Allemagne, justement à cause de son passé politique hexagonal. Il le reconnaît dans ses interviews, en précisant que son expulsion de France l’aurait poussé dans cette voie. Ces deux exemples extrêmes illustrent la difficulté de tracer les limites des appréciations. Comment s’intégrer à la société corse, lorsqu’on est un ‘’continental’’ ? De plus, l’image que l’on a de soi ne correspond pas forcément à celle projetée sur l’autre : un cliché représente les Français avec un béret basque et une baguette de pain, un stéréotype les Américains est de mâcher du chewing gum. Ces images sont vues avec des prismes déformants. Ralph Schor décrit ainsi cette situation :

« Réalité complexe et résultat d’une perpétuelle interaction entre les individus et les groupes de société, l’opinion est à la fois le reflet de l’expérience personnelle et la conscience commune »289.

A titre d’exemple, les réussites personnelles du Grec Vassilis Alexakis (La langue maternelle Prix Médicis 1995, et du Russe Andréï Makine (Le testament français, prix Goncourt).

Maintenant que nous avons approché ce qui peut-être considéré comme l’intégration et en nous appuyant sur ces critères, nous allons examiner la situation des immigrants venus en France avant la guerre. En premier lieu les Italiens.

Arrivés massivement entre 1920 et 1930, ils rencontrent les difficultés habituelles de tout émigrant voulant s’installer définitivement. Pourtant, les circonstances sont particulières. Pierre Milza écrit :

« Après l’annexion de 1860, Nice est restée une ville italienne. En 1891, on comptait plus de 24 000 Transalpins dans le chef lieu des Alpes-Maritimes, soit 20% environ de la population totale. (...) en 1936, ils représentent près du quart de l’effectif des Niçois, ils seront encore 34 000 en 1954. (...) Aujourd’hui290, on en compte 7 000 à Nice même, répartis en plusieurs quartiers, et devenus à peu près invisibles, (...) il n’en a pas été rigoureusement ainsi » 291.

Comment la Société française a-t-elle perçue la présence des immigrants italiens ? L’accueil qui leur a été fait a été décrit dans les pages précédentes. Quelques extraits de textes de Pierre Milza, qui décrivent ‘’l’après’’ de leur arrivée, plus spécialement à Nice.

« En termes de statistique globale, la situation [de Nice] est assez proche de celle de Marseille. Un niçois sur quatre ou cinq, selon les dates, est de nationalité italienne, et l’impression d’invasion est plus forte que dans le chef – lieu des Bouches du Rhône, l’immigration temporaire et saisonnière y étant incontestablement plus importante (…). Sur 20 000 individus de nationalité italienne qui sont installés dans les Alpes-Maritimes, on en compte 7 000 à Nice même, répartis dans la plupart des quartiers de la ville et devenus à peu près invisibles, tout comme les descendants de la première génération (...).Il n’a jamais eu un effet à Nice de ‘’petites Italies’’. Les transalpins se sont installés dans presque tous les secteurs de la ville, avec toutefois deux secteurs privilégiés, le Vieux Nice et les faubourgs Ouest (Magnan, La Madeleine et la route de Grenoble)(…) Nombre d’entre eux originaires de Citta di Castello, ont formé une micro communauté ombrienne qui est aujourd’hui en voie d’extinction »292.

Ces liens n’ont pas entièrement disparu : en effet, nous avons vu supra la très importante présence numérique à Nice d’Italiens originaires d’Ombrie. Aujourd’hui encore, la communauté urbaine de Carros est jumelée avec Citta di Castello, ce qui démontre les liens existant entre le passé et le présent, entre les immigrants d’hier et leurs descendants.

Ce sentiment de l’immigration temporaire est corrigé par deux traits qui caractérisent la colonie italienne à Nice et qui la distingue radicalement de son homologue marseillais. Le premier tient à l ‘origine géographique des migrants. Ici, peu de méridionaux, une prépondérance très marquée de l’élément piémontais.

Le berger ou l’ouvrier agricole venu de la Province de Cuneo pour occuper de l’autre côté de la frontière un emploi analogue n’éprouve guère plus de dépaysement que celui qui vient s’installer dans la banlieue turinoise 

Nos propres recherches confirment les remarques de Pierre Milza dont une partie est consignée dans les pages précédentes. La plus forte présence de migrants saisonniers s’explique aussi par le voisinage géographique plus proche, permettant des contacts familiaux plus aisés, et les plus grandes facilités de transports entre Nice et le Piémont qu’avec la ville de Marseille plus lointaine, séparée par le massif de l’Esterel et une route longue et pénible.

Ralph Schor, évoque la question de la façon suivante :

« Les Italiens étaient jugés très assimilables, capables d’adopter un style de vie et l’état d’esprit de leur nouvelle patrie ; les jeunes oubliaient très vite leurs origines, leur langue même ; ils devenaient de véritables Français, et solidement enracinés, empêchaient leur parents de repartir vers la terre natale. Une enquête officielle réalisée en 1925 montra que dans presque toutes les régions, les autorités préfectorales enregistraient l’assimilation progressive des Italiens [mais] les régions françaises qui avaient jadis dépendu politiquement de l’Italie ou sur lesquelles pesait la menace de l’irrédentisme se montraient moins favorables aux Transalpins. Ceux-ci étaient souvent vus comme les représentants d’un pays dont les ambitions paraissaient dangereuses ; cette hostilité pouvait se manifester par des critiques relatives aux mœurs des Italiens ou par un mépris facile que stimulait leur médiocre instruction, leur accent, leur faible niveau de vie ; à Nice, le terme « Piémontais » était considérée comme une grave injure. »293

Une injure est proférée par quelqu’un qui veut blesser une autre personne, un Italien en l’occurrence. L’intention de blesser est dans la bouche de celui qui estime la notion « Piémontais » comme une origine dégradante. Or, il arrive qu’il soit lui même d’origine piémontaise. Comment est reçue cette apostrophe par celui qui la reçoit, et pourquoi est-elle proférée par celui qui la lance ?

Le fait d’être Piémontais ne peut pas être péjoratif pour celui qui est né dans cette province ; il ne le cache pas, ou ne veut le cacher. Ce n’est donc pas cela qui est visé. Nous croyons que ce qui est perçu comme une injure, c’est la négation par l’insultant du désir de l’immigrant d’assimilation à la France. C’est cela qui est destiné à blesser, le « tu n’es pas comme moi ». Cette attitude peut provoquer, selon les caractères, soit un découragement pour le migrant, soit un renforcement de sa détermination à devenir Français.

Ces deux hypothèses sont confirmées d’une part par le peu de retours d’Italiens suite à l’appel de Ciano, et d’autre part par l’afflux non négligeable de volontaires de nationalité italienne lors des mobilisations françaises de 1938 et 1939.294 Déjà, en 1914, plusieurs milliers d’Italiens se sont engagés dans l’armée française. A Nice :

« En mai 1939, les autorités françaises estimèrent à 7 000, dont 3 000 à Nice, le nombre des enrôlements dans l’armée française obtenus par l’UPI des Alpes-Maritimes(…), il s’agissait essentiellement d’ouvriers.. » 295

D’autre part, si Nice est plus « maréchaliste » que d’autres villes, c’est justement parce que par cette attitude de fidélité à la nation française dont Vichy se sert, des Niçois, souvent d’anciens italiens, veulent prouver leur attachement à la France. L’irrédentisme fasciste provoque cette nécessité de preuve. L’injure, expression du faible, est destinée à soutenir l’expression, maladroite s’il en est, de fidélité à la France de Français récents.

En outre, leur intégration est grandement facilitée, malgré des manifestations d’hostilité, par une religion commune296 et par la longue présence piémontaise depuis la fin du XIXe siècle. D’autre part, nous avons montré supra que beaucoup sont nés entre 1880 et 1900, et arrivent à Nice âgés de 20 à 30 ans. La création de l’Etat Nation Italie est récente, et n’a pas encore profondément marqué les personnalités, ce d’autant moins que leur pays natal ne leur fournissait pas la subsistance vitale. Leur volonté d’intégration est grandement facilitée par ces deux facteurs. Nous citons Pierre Milza :

« Celui-ci,[l’Italien] s’est senti abandonné, exclu de sa propre patrie (...) Beaucoup d’Italiens venant d’un pays proche du leur, aussi bien géographiquement que culturellement, vont pendant de nombreuses années tenter de couper les liens qui les reliaient à leur pays d’origine. Véritable phénomène de deuil qui s‘accompagne d’un rejet de la patrie italienne »297.

L’immersion dans la société française s’est manifestée par les nombreux mariages avec des Français et Françaises, la fréquentation des écoles, le service militaire, (de nombreux Italiens non naturalisés encore sont volontaires dans l’armée française en 1939). Nous avons souligné supra l’importante diminution statistique de la présence d’Italiens en 1946, expliqué par les naturalisations.

Il existe de nombreuses associations de personnes d’origine transalpine qui perpétuent la mémoire de leurs parents, en organisant des voyages vers les lieux de naissance de leurs ascendants. Ces manifestations sont une marque de respect, de curiosité, et permettent de mesurer le chemin parcouru en deux ou trois générations. En sériant ces groupements, nous remarquons qu’ils se rattachent plus à une localisation provinciale, (Piémont, Ombrie, Sicile) qu’à une identification à la nation italienne. Ces liens sont facilités pour les Niçois grâce une aisance de communication par la langue souvent proche du dialecte local.

L’appel au retour au pays, proposé par le gouvernement italien, tel qu’il a été pratiqué lors de l’époque fasciste et qui n’a connu qu’un succès relatif, n’existe pas aujourd’hui.

L’intégration des Italiens, après le drame d’Aigues Mortes298, est actuellement telle que nous ne remarquons même plus l’origine italienne des noms de famille. Un humoriste a dit qu’ils sont passés de la polente au beefteak-frites ce qui est une autre façon d’illustrer une intégration réussie. Dans le même domaine, l’acceptation de l’italianité se manifeste en France par le succès commercial de nombreux restaurants se prévalant de cuisine italienne, en particulier les pizzerias. Pierre Milza emploie les termes de « phénomène de transculturation et d’agrégation des migrants à la société française »299, les Italiens intégrés n’ont en rien perdu leur identité. Il n’en est pas toujours de même lorsqu’on s’appelle Levy.300

Nous avons vu l’importante présence arménienne à Nice entre les années 1920 et trente, décade principale de leurs arrivées. Nous avons enregistré 560 personnes dont la fiche porte la ‘’nationalité’’ arménienne, leur présence est probablement beaucoup plus forte, si l’on tient compte du nombre de Turcs. Le recensement de 1936 indique 502 personnes, celui de 1946, 353. Comme pour les Italiens, la progression des naturalisations intervenue entre-temps explique cette apparente diminution. Le journal Le Sourgentin301 affirme que 90% des Arméniens azuréens ont opté en 1945 pour la nationalité française.

L’intégration des Arméniens s’est faite avec les mêmes difficultés que les autres origines, ce d’autant plus que la raison de leur venue n’était pas connu par le grand public. La bienveillance réservée aux Russes à leur arrivée en France ne leur s’appliquait pas à eux.

Nous avons évoqué précédemment les différentes manifestations d’incorporation à la vie locale des Arméniens malgré une quête identitaire jamais abandonnée. La conscience de leur exil définitif est venue très tôt et a contribué à leur besoin d’implantation. Lydie Belmonte302 évoque l’intégration administrative de 1947 à 1968, puis parle d’assimilation de 1970 à nos jours. Bien que sa recherche concerne plus spécialement la région marseillaise, nous pensons que les similitudes avec notre région sont constantes, les mêmes causes créant les mêmes effets

A Nice, le quartier du Magnan devient le lieu de regroupement privilégié, grâce au baron Hovsen. Cet ancien officier tartare leur vend des terrains pour la construction de logements. 35 lots sont vendus de 1925 à 1935. Alexandre Massa leur cède un terrain permettant l’édification d’une église, et peu à peu, un véritable village s’implante dans ce quartier. L’école Mioria compte à cette époque environ 60 élèves en primaire et en secondaire. La ville de Nice a honoré la mémoire de ces concitoyens dans la toponymie locale, en nommant des rues d’Erevan, Sévan, d’Ararat et d’Arménie. L’intégration professionnelle et matrimoniale a déjà été évoquée dans la partie concernant les Arméniens.

Un parallèle d’ordre général peut être suggéré entre l’intégration des Arméniens et celle des Juifs, bien que la présence en France des Israélites soit bien plus ancienne que celle des Arméniens. Différents points sont semblables et méritent d’être soulignés.

Le deux groupes humains ont en commun la persistance de la fidélité à leur religion, pratiquants ou non, et le désir de garder le souvenir de leurs persécutions303. Ainsi, la pusillanimité à reconnaître le massacre des Arméniens par la France et l’insistance de la communauté juive de faire admettre la responsabilité de Vichy dans les déportations n’ont connu que tardivement, mais presque à la même époque, un dénouement positif.

L’arrivée dans les années 1970 à 1980 de nouveaux réfugiés provenant surtout du Moyen Orient304 à provoqué la même réticence de la part des Arméniens installés envers les nouveaux exilés que celle des Juifs français envers l’arrivée des émigrants juifs des années vingt à trente de l’Europe centrale305 au cours des années entre les deux guerres.

Les mêmes aspirations professionnelles pour la pratique d’activités indépendantes ou libérales, la même tendance électorale à gauche, les mêmes pratiques matrimoniales, la même dispersion dans une grande partie du territoire caractérisent ces deux ethnies.

Nous constatons aussi que dans la majorité des cas les Arméniens ont gardé le patronyme ancestral, tout en changeant ou traduisant les prénoms. Il en est de même pour les Juifs, ceux qui ont changé de nom l’ont fait pour des raisons de sécurité pendant la guerre, ou par besoin de signifier publiquement leur intégration, afin qu’elle ne soit pas mis en doute. M. Kacew, incité par son employeur, le Ministère des Affaires Etrangères de changer son nom, devient l’Ambassadeur Romain Gary306. Le plus grand nombre de ceux qui ont changé leur nom pendant la guerre ont repris leur véritable identité après les hostilités.

Bien que les Allemands n’aient jamais persécuté les Arméniens en tant que tels307, les mêmes volontés de résistance à la tyrannie, les mêmes martyrs sont infligés par l’occupant.

Par contre, la France n’a jamais connu de vagues ‘’d’antiarménisme’’ comme elle a connu d’antisémitisme, ni de suspicion de double allégeance envers les Arméniens. Autre différence, les Allemands de la République Fédérale ont fait acte de repentance308, le gouvernement turc perdure dans le négationnisme des massacres de 1917.

La diversité des origines géographiques, ethniques et culturelles des deux groupes d’immigrés fait apparaître l’extraordinaire capacité de la France d’intégrer en son sein, à la longue, des personnes d’origines si différentes sans tomber pour autant dans l’inconvénient du communautarisme à l’américaine.

Cette capacité d’intégration repose d’abord sur une longue tradition de protection et d’asile, un besoin de main-d’oeuvre supplémentaire dû à l’industrialisation depuis que l’exode rural ralentit puis se tarit, besoins de bras à la suite de la saignée résultant de la Grande Guerre, mais aussi par le fait que notre République est laïque. La laïcité n’a pas débuté en 1905 par la loi l’instaurant ; cette mesure législative a entériné un état d’esprit préexistant par périodes depuis 1789.

Nous avons vu que les raisons de la présence d’étrangers à Nice reposent essentiellement sur des motifs économiques, tel est le cas des Italiens, pour des causes politiques, comme pour des Arméniens, et enfin pour des motivations raciales, le cas des Juifs. Les Belges et des Hollandais sont venus uniquement pour se mettre à l’abri d’une occupation allemande, parmi eux un grand nombre avait deux motivations, raciale et de refuge

Après les Italiens et les Arméniens, les raisons de la venue des Russes à Nice a la particularité de cumuler tous les mobiles : touristiques, politiques, pour devenir économiques et raciales pour certains d’entre eux, dans l’ordre chronologique décrit.

Il est établi que leur présence à Nice avant la Grande Guerre est touristique, puis par la Révolution nécessitant la fuite devant le nouveau régime, leur présence devient politique, pour devenir un besoin économique. Hélène Menegaldo mentionne : 

« Nice, Cannes et Menton sont la ‘’Riviera russe’’, maisons de retraite et de repos, sanatoriums et colonies de vacances, financés par des mécènes et des associations caritatives, perpétuent les traditions de villégiature d’avant la guerre »309.

Parmi les personnes possédant un passeport russe se trouvent de nombreux Juifs fuyant le racisme allemand. Nous n’avons trouvé310 qu’un seul journal de langue et de liaison russe ; il s’agit de « La Semaine russe » dont le premier numéro a paru le 4 décembre 1921. La publication a été interrompue au numéro 7, le 21 mai 1922.

Des liens de solidarité s’instaurent ; de nombreuses associations russes311 font leur apparition : celles que nous avons pu répertorier sont créées dans les années trente. Citons « l’Union des officiers russes », dont 50 membres font partie de la légion étrangère en 1941, on relève également l’Association algérienne des Cosaques, la Société musicale russe à l’étranger, la colonie russe de Cannes, le village des Cosaques du Don, l’union des émigrés russes de Cannes, l’union des dames de bienfaisance, la société russe de bienfaisance, l’union des réfugiés russes, l’union des naturalisés russes, les anciens combattants de Gallipoli, la société de gymnastique russe Sokol.312

La multitude de groupements démontre que les liens entre Russes restent forts. Ces liens sont également maintenus par les diverses églises orthodoxes, dont les plus renommées se trouvent à Nice, Cannes et Menton313. Le document ci-dessous est un extrait publicitaire du « Petit Niçois » du 24 avril 1924, référence ADAM PR 852. Il illustre la vie sociale des Russes à Nice et de la région, particulièrement sous l’aspect de l’entre aide aux plus démunis.

Les Italiens, Arméniens et Russes ont une religion chrétienne en commun avec la majorité des Français, mais ce n’est pas celle-ci qui ouvrait la voie à l’intégration ; aujourd’hui leurs origines font partie de l’horizon culturel français commun, parce que le temps a fait son oeuvre.

Les Juifs se sentent intégrés, mais sont-ils reconnus comme tels ?

On dit que l’Histoire ne se répète jamais, mais l’Homme, malgré des progrès, la plupart du temps techniques, ne change pas fondamentalement, c’est pourquoi les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets.

La sécurité de l’avenir de tous est dans la connaissance de ce passé275.



152Renée LOPEZ, Histoire de l’Immigration en France, Somogy, Paris 1998, page 31

152aRenée LOPEZ, Op. cité.

152bOp. cité

153Région francophone.

154Loi présentée dans l’introduction

155ADAM 4M 381

156ADAM 4 M 570

157LA CONCLUSION GENERALE DE CETTE THESE SE TROUVE A LA FIN DU CHAPITRE SUR L’EMIGRATION JUIVE

158Selon Nicholas Gage, in Onassis et la Callas, Laffont 2000, page 208

159Traité signé le 3 mars 1918 entre l’Allemagne, l’Autriche et la Turquie et la Russie bolchevique qui permet aux armées des puissances centrales de libérer 40 divisions qui seront dirigées vers le front Allié. Le traité de Versailles déclarera nulles toutes les dispositions de ce traité ayant trait à l’annulation des dettes de la Russie tsariste.

160ADAM 4 M 174

275Frank PAVLOFF, Matin brun, Cheyne, 2002, 11 pages, 1€.

276Institut National de la Statistique et des Etudes Economique, réf. OEPACA 1211-6-50, tableau II/7

277Chiffres relevés dans le Quid 2000, page 870 c.

278Pierre MILZA, op cité, pages 475 et 478.

279Pierre MILZA, Op. cité, page 452

280idem page 482

281Jacqueline COSTA-LASCOUX, De l’assimilation à l’intégration, Histoire de l’Immigration au XXe siècle, Somogy, page 238

282Ordonnance n° 45 / 2658 du 2 novembre 1945 relative aux conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France

283Emile TEMIME, De l’Assimiliation au communautarisme, comment être étranger ou minoritaire en France, Université de Provence, in Cahiers de la Méditerranée, N° 61, page 3

284Ne pas confondre avec réintégration, cette notion concerne essentiellement les Alsaciens Lorrains en 1918, les habitants de Tende et La Brigue en 1947, et les personnes qui ont perdu leur nationalité française suite à un mariage.

28556, avenue de Varenne, 75007 Paris, tél. 0142758570. Décret n° 89 912 du 19/12/1989, publié le 23/12/.1989

286Ralph SCHOR, Les réfugiés politiques et l’intégration, Somogy Op. cité page 200

287Elle a aussi été quelquefois un facteur d’exclusion dont se souviennent les enfants de » « Macaronis » ou » Polaks»

288Encyclopédie du Judaïsme, Op. cité, page 93

289Ralph SCHOR, L’opinion française et les étrangers, 1919-1939, Sorbonne 1985, page 4

290L’ouvrage a été publié en 1995

291Op. cité. page 453

292Pierre Milza, Op. cité, Voyages en Ritalie, pages 453, 454, 471, 474

293Ralph Schor, L’opinion française et les étrangers, Sorbonne 1985, pages 140-142

294ADAM 4 M 914

295Ralph Schor, Les Italiens dans les Alpes-Maritimes, Ecole de Rome, page 597

296Cette religion commune (catholique et romaine) est un atout à Nice, l’appréciation est à nuancer dans d’autres régions.

297Op. cité page 475

298Emeutes anti- italiennes qui ont occasionné plusieurs morts

299Op. cité, page 471

300Gilbert LEVY, Je m’appelle Levy, Les écrivains, Paris, 1999. Né en 1924, aïeux naturalisés par le décret Crémieux le 24 octobre 1870. Le nom de Levy est pris ici à titre de symbole, il en est de même pour tous les noms suggérant une ascendance juive.

301Op. cité, page 6

302Lydie BELMONTE, La Petite Arménie, Op. cité, pp.145 à 204.

303Le film d’Atom Egoyan ARRARAT projeté pour la première fois au festival de Cannes en, 2002

304Libanais et Syriens

305Ralph SCHOR écrit » Les Juifs français se méfiaient de leurs frères nouveaux venus jugés frustes, agités,ingrats, indiscrets et parlant le yiddish, ‘’jargon langue de ghetto’’ in op.cit. page 254

306Myrian ANNISSIMOV, Revue d’histoire de la Shoah, CDJC N° 176, page 139, sept.2002

307Ils étaient qualifiés de « Levantins», à cette époque une dénomination désobligeante. 

308Willy BRANDT, 1913-1992, chancelier de 1969 à 1974, s’agenouillait au ghetto de Varsovie en 1970, et à Jérusalem entonna un psaume de pénitence devant le monument aux victimes des camps de la mort.

309Hélène MENEGALDO, Op. cité. page 98

310ADAM PR 852

311ADAM 4 M 381

312Voir aussi énumération d’associations dans Cahiers de la Méditerranée, N° 58, KAURINKOSKI, page 143

313Boulevard Tzarevitch à Nice, Av. Alexandre III à Cannes, Rue Mouillot à Menton, Orthodoxe grecque 2, av.enue Désambrois Nice. L’architecte de l’Eglise russe à Nice est M. T.PRÉPBRAJENSKY de Moscou, cet édifice a fait de larges emprunts à des détails de l’Eglise Saint-Basile le Bienheureux de la capitale russe. La consécration solennelle eut lieu le 18 décembre 1912.