L'Immigration Italienne, Russe et Arménienne, L'Exode des réfugiés de Hollande, de Belgique et des Pays Balkaniques entre 1920 et 1944 dans les Alpes-Maritimes

CHAPITRE I

Deuxième Partie

A) L’ARRIVEE DES ITALIENS A NICE

« Comment crois-tu qu’ils sont venus ?

Ils sont venus

Les poches vides et les mains nues

Pour travailler à tour de bras

Et défricher un sol ingrat30. »

POURQUOI EMIGRER ?

Pourquoi êtes-vous venus en France, avait-on demandé un jour à un émigrant ?

Parce que là bas, on mourrait de faim.

Et qu’espérez-vous en venant en France ?

Vivre, Monsieur.

Seulement cela ?

Ce n’est pas assez ?31

Ce dialogue est un exemple de l’incompréhension, de la méconnaissance des situations de l’Autre. L’autochtone demande les raisons de l’arrivée d’un émigrant souvent considéré au mieux comme un appoint provisoire de main-d’œuvre, au pire comme un gêneur, un intrus. Il n’arrive pas, a priori, à comprendre pourquoi l’on quitte son pays d’origine.

L’émigrant n’imagine pas la pensée de son vis-à-vis. Il vient pour travailler, (d’autres, plus tard, pour sauver leur vie), subvenir à ses besoins les plus fondamentaux, nourrir sa famille, ne plus avoir faim. Il ne conçoit pas que l’on puisse contester ce désir, pas plus qu’il n’imagine ‘’manger le pain de Français’’.32

La première des raisons de quitter son sol natal est la misère qui y règne.

« De fait, en montagne, soit par manque de moyens, soit aussi du fait d’une sordide avarice, l’alimentation humaine est réduite à la plus grande frugalité : pain de seigle ou de froment mélangé, châtaignes, pommes de terre, un peu de polenta, des laitages fermentés, presque jamais de viande ou de vin, le tout mal préparé et encore plus mal cuisiné. Aux alentours de Cunéo, l’alimentation du fermier et du journalier est encore plus pauvre que dans les autres territoires, la polenta est en maints endroits engluée par une mixture à base de sarrasin »33.

Les conditions d’habitation et d’hygiène sont déplorables. Près des chambres se trouve l’étable qui sert de dortoir pour toute la maisonnée en hiver. Presque toutes les maisons sont dépourvues de latrines, leurs abords sont un véritable champ d’immondices. En 1884, le choléra aurait frappé la province de Cuneo, à cause de l’imprévoyance et du manque sévère d’eau.

« Ainsi, la misère est la cause principale de l’exode massif qui, depuis 1870, et pendant près d’un siècle, conduira hors d’Italie des centaines de milliers de piémontais. Ils allaient en France avec leur balluchon, des hommes, des femmes, ils passaient le col, on y allait toujours en hiver (…) même pas pour deux sous par jour, même les enfants de dix ans y allaient pour faire le domestique. » 34

La désespérance, le dénuement, la volonté de survie conduisaient ces exilés vers un destin dont souvent ils ignoraient tout. Nice les attire plus particulièrement, car après le rattachement de cette ville à la France en 1860, l’Etat français décide de la favoriser tout particulièrement pour toutes les infrastructures. Ces travaux demandent une main d’œuvre importante. Vers les années 1926-1927, les fuoruscitsi35 fuient la terreur fasciste et trouvent un asile à Nice.

LE MOUVEMENT D’ENSEMBLE

A titre de moyen de comparaison, nous commençons par donner quelques indications de base succinctes sur la composition de la population italienne. Les chiffres suivants sont extraits de Word Population Year36.

En l’an 1800, la population italienne se chiffrait à 18,1 millions de personnes, et on constate un accroissement important ; en effet en 1936, ce nombre monte à 42,3 millions soit une augmentation de 42, % en un siècle et demi. Cette vive éclosion explique la nécessité d’émigrer pour un pays dont les structures sociales ne suivent pas, à ce moment, l’augmentation de la population.

monde entier en milliers


vers les pays européens en milliers

1876 – 1879 1 163 000


1876 - 1879 25 000
1880 – 1889 1 783 000 1880 - 1889 97 000
1890 – 1899 2 698 000 1890 - 1899 135 000
1900 – 1909 5 728 000 1900 - 1909 328 000
1910 – 1919 3 836 000 1910 - 1919 213 000
1920 – 1929 301 000 1920 - 1929 148 000
1930 – 1939 931 000 1930 - 1939 28 000
1940 – 1949 996 000    

Tableau 6 Immigration italienne dans sa globalité37

Les expatriations sont sans intensité de 1876 à 1880. Elles proviennent surtout des régions du Nord en contact avec les pays étrangers depuis longtemps. Elles sont notables dans certaines professions comme les maçons, les agriculteurs, artistes, marchands ambulants. A partir de 1890, l’émigration devient un phénomène de masse qui concerne les populations pauvres et rurales du pays. Mais à cette époque, ce sont les voyages transatlantiques qui sont importants, quoique les mouvements vers la France et la Suisse n’aient cessé de s’amplifier. De plus, les moyens de transports se développant, les voyages deviennent moins pénibles et plus accessibles. En 1901, un « Commissariat général de l’immigration » est institué en France et joue un rôle de promoteur selon les besoins de notre industrie. Il est à noter qu’après la Grande Guerre, les expatriations italiennes diminuent fortement. Les restrictions des Etats-Unis, par l’instauration des quotas, restreignent les possibilités d’obtention de visas d’entrée dans ce pays. L’instauration du fascisme freine, puis interdit le départ de ses citoyens. La diminution très forte vers les pays européens a la même explication

La politique des pays d’immigration évolue en fonction des besoins de ces pays :

En face de cette politique des pays fournisseurs de main-d’œuvre, les pays récepteurs ont développé une politique différente, mais tendant également à la restriction de la liberté de mouvements migratoires. La défense de la race, l’unité nationale, du niveau de vie des classes laborieuses sont les principaux buts de cette politique. A mesure que se peuplent et que s’affinent les pays d’immigration, ce n’est pas seulement le nombre qui leur importe, mais leur origine, leur qualité.38

LA SITUATION JURIDIQUE DU CANDIDAT ITALIEN A L’EMIGRATION1

Une première loi en 1888 établi les rapports entre émigrants et entrepreneurs de transports. Elle déclare libre l’émigration des personnes.

En 1901 un Conseil de l’Emigration et un Commissariat Général sont crées. (article 7 de la Loi de 1901).

En 1911, le gouvernement italien crée à Milan un Office d’émigration et la Loi de 1913 traite de l’émigration européenne. En 1919, ces dispositions sont reprises par une nouvelle Loi.

Le traité franco–italien de 1919 reprend certaines dispositions de la loi de 1904, établit l’égalité dans les domaines des traitements entre Italiens et Français et traite de ce qui concerne les salaires, des assurances sociales, l’hygiène et la sécurité des travailleurs.

En 1922, la ligue pour la défense des intérêts nationaux, émue par le chômage, ne voit qu’une solution à ce problème : favoriser l’émigration afin de combattre la crise de la main-d’œuvre, et demander que l’émigration soit facilitée. L’Italie considère l’émigration comme un exutoire nécessaire, une contribution à l’enrichissement du pays par l’épargne de ses émigrants.

En 1924, la conférence Internationale de l’Emigration, tenue à Rome, a essayé d’élaborer une formule qui soit admise par tous les pays. Globalement, entre 1920 et 1924, 900 000 Italiens émigrent. Bien que les motivations aient des origines différentes mais concomitantes, le pays connaît un accroissement notable de la population. Un accroissement de 13 millions d’habitants en 55 ans pose un problème alimentaire.

En 1927, on assiste à un changement complet dans la façon d’envisager ce problème. Mussolini condamne l’émigration, mais ne peut l’empêcher. Il prend des mesures restrictives pour freiner le départ des candidats. L’intention du gouvernement est d’accroître les forces productives de l’Italie, et restreindre l’émigration au minimum, et d’utiliser au maximum à l’intérieur les travailleurs qui veulent partir à l’étranger. Le Commissariat Général de l’Emigration est supprimé en 1927.

Pour obtenir un passeport ou une autorisation de sortie d’Italie, l’aspirant à l’émigration doit solliciter un certificat, appelé « Nulla Osta » précisant sa situation civile, pénale et militaire. Souvent, les autorités locales se servent de cette obligation pour retarder sinon empêcher toute initiative de départ, ou comme un moyen de pression.

Dès lors, le gouvernement fasciste s’emploie de toutes ses forces à empêcher une émigration devenue nuisible aux intérêts vitaux du pays. Au travers des autorités consulaires, les faisceaux39 veillent à la protection des travailleurs italiens, pour que ceux-ci restent attachés à leur patrie. En plus du travail des fonctionnaires gouvernementaux, l’œuvre « Bonomelli »40, à tendance catholique, compte un grand nombre de missionnaires qui proposent une assistance religieuse, matérielle et morale aux émigrants. Des prêtres suivent des cours spéciaux pour apprendre leurs devoirs vis à vis des émigrés ; leur but est d’entretenir chez eux l’amour de la terre natale. Ainsi, la religion elle-même lutte contre l’assimilation et la dénationalisation des Italiens à l’étranger. A Nice, cette organisation possède un secrétariat qui organise des rencontres entre Italiens, mais il est dissout en 1928.

En résumé :

1888

première loi sur l’immigration

1901

première loi codifiant l’émigration pour l’outre mer

1913

première loi relative à l’émigration continentale

1919

texte unique sur l’émigration

1922

instauration du fascisme

1927

La politique antérieure se transforme en une politique hostile à tout départ, les mesures facilitant l’émigration sont supprimées

Tableau 7 Réglementations sur l’émigration en Italie

Des mesures sont prises en 1924 par le « Quota Act » aux Etats Unis pour tenter de freiner l’immigration. Ceci prive l’Italie du plus important marché de travail. De plus, la crise économique dans les années vingt en Amérique du Sud réduit la migration italienne à peu de choses. Après 1930, le régime fasciste fait obstacle à l’émigration.

Au même moment, la France, saignée par la Grande Guerre a besoin du concours d’une main d’œuvre complémentaire pour sa reconstruction. Nous tenterons de matérialiser par des graphiques l’afflux d’Italiens dans notre région.

L’ACCUEIL RESERVE AUX ITALIENS41

Des préjugés contre cette immigration se manifestent et dégénèrent parfois en troubles très graves : Marseille en 1881,Aigues Mortes42 en 1893, Lyon en 1894.

La parenté des cultures n’a pas suffi à désamorcer les préjugés xénophobes. Les coutumes religieuses, bien que de même racine chrétienne, choquent la classe ouvrière française fortement laïcisée par rapport aux nouveaux arrivants ; leur pauvreté provoque la sous alimentation et un manque d’hygiène. Du coup, les Italiens sont souvent méprisés et insultés.

La xénophobie fait des ravages en France par rapport aux émigrants de toutes nationalités. Ralph Schor le signale à plusieurs reprises. Un exemple du style de l’époque est donné par G. Mauco :

« Pas un de ces Français, dont on a tant dit qu’ils se refusaient à la géographie et aux voyages, qui ne sache maintenant par l’ouïe, par l’odorat ou par le toucher, par la lutte ou par l’amour, par la haine ou par la curiosité, ce qu’est l’étranger – l’homme qu’il n’a pas cherché et qui est venu le trouver » 43 [en parlant des Italiens] (...) « Toutefois, en raison de son rôle d’appoint dans la population active et de sa répartition professionnelle dans les activités les plus rudes, l’Italien appartient généralement aux couches les plus pauvres de la population. Ici [à Nice], comme dans la plupart des régions frontières, ce sont les immigrés qui composent la majeure partie de la population ouvrière. Ce sont eux surtout qui remplissent les taudis des villes, qui s’entassent sans les quartiers populeux, qui habitent dans les vieilles maisons des villages, des mines ou des carrières.

A Menton, à Grasse, à Nice et à Cannes et dans la plupart des villes du littoral, la masse besogneuse qui se presse dans les vieux quartiers est presque uniquement composée d’Italiens et de quelques Espagnols et Nord-Africains. (...) Rien de plus brutal que le contraste entre ces îlots et les quartiers plus récents, les belles voies commerçantes, les promenades fleuries, les somptueuses villas. Les rues sont étroites, sales et encadrées de hautes et vieilles maisons. Du linge, des hardes pendent aux fenêtres ou sur des cordes qui traversent la rue d’une fenêtre à l’autre. (...). Dans les intérieurs misérables, où souvent l’air et la lumière pénètrent difficilement, les couchettes se superposent. Cinq à six personnes, parfois plus, dorment dans la même pièce. Les enfants s’entassent à trois ou quatre sur la même paillasse, placée quelquefois sur la terre battue. Les femmes, généralement fatiguées par de nombreuses maternités, et travaillant au dehors, n’arrivent pas à maintenir un minimum de propreté dans ces taudis. Les salaires, au surplus sont insuffisants pour les familles nombreuses. » 44

Ce récit dépeint la misère et les difficultés des immigrants ; de son côté, Pierre Milza dit :

« L’insertion des migrants d’outre monts n’a pas été aussi facile qu’on le pense trop souvent à l’heure actuelle lorsqu’on parle des facultés d’adaptation des Transalpins en se référant à un passé mal connu et passablement mythique(...) » « les bruyantes démonstrations d’attachement à leur traditions religieuses provoquent à l’encontre de la communauté italienne des réactions d’hostilités (...) Nice (avec Marseille) faisait figure de capitale de la xénophobie » « [il ajoute] une condescendance méprisante à l’égard d’un peuple voué aux seconds rôles »45.

Primo Levi dans le préface de son livre « Si c’est un homme », donne une définition particulièrement pertinente de la perception de l’étranger :

« Beaucoup, d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que l’étranger c’est l’ennemi. Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés . » 46.

Pourtant, au fil des années, l’intégration se fait ; pour preuve les nombreuses naturalisations, mariages mixtes et le choix des parents pour leurs enfants d’opter pour la nationalité de leur pays d’adoption. Cette assimilation est différente selon les régions. A Nice, par exemple, où les Italiens sont nombreux, un nationalisme français fouetté par les revendications mussoliniennes, les réactions italophobes sont nombreuses entre les deux guerres. Selon Pierre Milza,

« L’intégration des migrants transalpins n’est pas le résultat d’une conversion miraculeuse à la fraternité. Elle est le produit d’une longue histoire qui passe par des expériences douloureuses d’au moins deux générations. Elles empruntent des voies différentes en fonction de la région d’origine et du point d’arrivée, selon que le migrant est porteur d’un petit bagage intellectuel ou simple ouvrier. (...) L’image de l’Italien immigré reste majoritairement mauvaise …. Surtout à Nice ou un très fort sentiment identitaire nourrit l’irrédentisme fasciste »47.

Le creuset français malgré ces difficultés, grâce aussi à l’action de l’école laïque et républicaine, remplit son rôle.

Plus tard, en 1970, dans le film d’Yves Boisset « Dupont la Joie » consacré à la xénophobie, l’Italien jouant le rôle de chef de chantier est sympathique, parle un français parfait et lutte contre l’intention meurtrière des chasseurs d’Arabes, ce qui indique la parfaite intégration dont les émigrés italiens font l’objet, ainsi que leur sensibilité à l’égard de toute xénophobie. Il a fallu deux générations pour arriver à ce résultat.

B) LA DEMOGRAPHIE DE L’ IMMIGRATION DES ITALIENS A NICE

LA CHRONOLOGIE DE L’IMMIGRATION ITALIENNE A NICE

L’étude porte sur 24 164 fiches de police de personnes nées en Italie.

Elle débute par des fiches situant la première arrivée d’un immigrant vers 1857, et s’arrête au 15 août 1944, date de la Libération de Nice.

En 1891, Nice compte 24 étrangers pour 1000 habitants, moyenne parmi les plus fortes en France.48

De 1900 à 1919, 6 009 Italiens sont enregistrés, soit une moyenne annuelle de 316 personnes.

Entre 1920 et 1930, ce chiffre monte à 10 792 fiches, soit une moyenne annuelle de 1 079 personnes. Pendant cette période faste, le nombre d’arrivants a presque doublé par rapport à la période précédente.

De 1931 à 1936, le chiffre est en nette diminution, et ne fait apparaître que 2 904 entrées, soit 484 par an.

Enfin, de 1937 à 1944, seules 1 252 fiches de police constatent de nouvelles arrivées, soit 156 par an. L’afflux italien a cessé.



Graphique 9 Italiens par années d’arrivée de 1901 à 1944

Ce graphique démontre clairement l’accroissement important de l’immigration italienne pendant les années de 1921 à 1925, et une augmentation significative dans la période de durcissement du fascisme. Les quatre années précédant chacune des deux guerres indiquent un chiffre pratiquement identique. Pendant la Grande Guerre, 782 Italiens sont inscrits à Nice.

LA DIVERSITE DES ORIGINES GEOGRAPHIQUES DANS SA GLOBALITE

Maintenant que nous connaissons le nombre d’Italiens, ainsi que les périodes de leurs arrivées en France, nous allons rechercher leurs origines géographiques.

Au départ, nous avons extrait de notre fichier les noms de 4021 communes de naissance d’immigrants Italiens. C’est la notion de commune de naissance et non de nationalité qui a été retenue. Puis, en face de chaque nom de commune, le nombre d’immigrants nés dans celle- ci.49

Pour établir ces données, nous avons rencontré diverses difficultés.

Les fiches de Police sont toujours rédigées manuellement, quelque fois elles sont difficilement déchiffrables, voire incomplètes. Il s’ensuit certaines imprécisions qui ne nous permettront pas d’établir un état à 100% exact.

La désignation du lieu de naissance est incomplète, écrite en abrégé, les communes avec des noms identiques ne sont pas localisables. Par exemple, il existe 31 communes nommées Costa, 69 communes Isola, 33 communes nommées Castelnuovo, toutes les communes commençant par Mont, Piève, Ponte, Santa. Cette dernière dénomination peut s’écrire San, Sant, Santa, Sankt, Santo. Or, les fonctionnaires de Police allaient souvent au plus simple, ce qui rend pratiquement impossible une identification précise.

Nous avons constaté des traductions de nom de localités italiennes en français, ce qui peut prêter à confusion. Enfin, pour tout compliquer, pendant l’ère fasciste, un certain nombre de communes a fusionné avec des communes avoisinantes, (Iimpéria, Onéglia, Port Maurice par ex). Ces changements ne sont plus répertoriés.

Notre document de base pour cette recherche est « L’Annuario generali dei communie delle frazioni d’Italia » publié par le Touring Club Italien, édition 1980- 1985, et complémentairement, le Guide Michelin 2001.

Nous avons sélectionné les communes ayant eu au moins 10 émigrants. Cela nous a permis d’indiquer le nom de la province d’origine, (lieu de naissance).

Les statistiques qui vont suivre ne donnent donc qu’une tendance et ne prétendent pas à une exactitude scientifique.

2047 localités enregistrent un seul émigrant

944 localités enregistrent deux émigrants

483 localités enregistrent entre 3 et 5

237 localités enregistrent entre 6 et 10

167 localités enregistrent entre 11 et 25

63 localités enregistrent entre 26 et 50

38 localités enregistrent entre 51 et 100

42 localités enregistrent plus de 100

Soit au total 4021 localités.

Tableau 8 Répartition globale par localité

Le fait que 2047 des 4021 communes n’ont vu partir qu’un seul des leurs nous laisse supposer que ce sont des hommes jeunes, célibataires pour une très grande partie qui émigrent de toute l’Italie. En effet, sur les 4021 communes étudiées, 2991 communes italiennes notent ces départs d’une ou de deux personnes. Ce chiffre est important, puisqu’il représente les ¾ des communes répertoriées dans nos recherches. 483 communes enregistrent de 3 à 5 partants. S’agit-il d’une famille qui part, mari, femme et enfant ? Si cette hypothèse est exacte, il est probable que la décision d’immigration soit sans esprit de retour, contrairement aux travailleurs saisonniers, plutôt jeunes, qui partent seuls et qui, en fin de saison, rejoignent leurs familles avec le pécule durement économisé.

D’après Pierre MILZA :

« Il en résulte un certain nombre de traits qui définissent, très classiquement, une immigration récente. La proportion des jeunes est particulièrement élevée (...) de même que la part des actifs » (plus du tiers en 1900). En revanche, on constate que la tranche des plus de 60 ans est faiblement représentée. » 50

Document 3 Carte de découpage par régions étudiées

Pierre Milza commente ces faits de la façon suivante :

« Les premières strates de l’immigration italienne en France présentent un certain nombre de traits qui donnent une certaine cohésion à l’ensemble et qui concourent de ce fait à la mise en place d’une image stéréotypée du Transalpin ayant élu domicile dans l’Hexagone. Tout d’abord, il s’agit dans la très grande majorité des cas d’un Italien du Nord. Si l’on trace sur une carte un trait allant de Rimini sur l’Adriatique à Grossetto en Toscane, on constate que plus de 85% des migrants viennent de provinces situées au nord de cette limite. Les Piémontais à eux seuls représentent 28% du total, les Toscans 22%, les Lombards 12%, les habitants de l’Emilie Romagne 10%, les Vénètes 8%. » 51



Graphique 10 Provenance globale par région d’origine

Ce tableau ne tient compte que des villes ayant enregistrées au moins 10 départs. Les Italiens nés hors du pays ne sont pas incorporés dans ce graphique. Pour mémoire, les grandes villes des Alpes-Maritimes comptent 1 128 naissances d’Italiens pendant cette période. Traduit en pourcentages, cette tendance se traduit ainsi :



Italie du Nord

59,97%

Italie centrale

34,79%

Italie méridionale

4,50%

Italie insulaire

0,74%

Tableau 9 Répartition globale en pourcentage





ORIGINES DES EMIGRANTS ITALIENS A NICE PAR PROVINCES

par ordre alphabétique

par ordre croissant en %

CALABRE

255

1,68%

FRIOULE

12

0 28%

CAMPAGNA

328

2,17%

SARDAIGNE

45

0,0%

EMIE/ROMAGNE

626

4,18%

VAL D AOSTE

13

0,28%

FRIOULE

12

0,8%

SICILE

68

0,45%

LATIUM

134

0,87%

LATIUM

134

0,87%

LIGURIE

2177

14,00%

MARCHE

174

1,15%

LOMBARDIE

250

1,65%

LOMBARDIE

250

1,65%

MARCHE

174

1,15%

CALABRE

255

1,68%

PIEMONT

5789

38,29%

VENETIA

301

1,99%

SARDAIGNE

45

0,30%

CAMPAGNA

328

2,17%

SICILE

68

0,45%

EMIE/ROMAGNE

626

4,18%

TOSCANE

1403

9,28%

TOSCANE

1403

9,28%

UMBRIA

3543

23,45%

LIGURE

2177

14,00%

VAL D AOSTE

13

0,28%

UMBRIA

3543

23,45%

VENETIA

301

1,99%

PIEMONT

5789

38,29%

Tableau 10 Origines par provinces en nombre et en pourcentage

En comparant les pourcentages de P. Milza des originaires de la région Nord pour l’ensemble de la France avec ceux résultant de notre étude pour Nice, on constate des différences :


P. MILZA

NICE

PIEMONT

28%

38,29%

TOSCANE

22%

9,28%

LOMBARDIE

12%

1,65%

EMILIE ROMAGNE

10%

4,18%

VENISE

8%

1,99%



Nous observons que P. Milza, contrairement à nos relevés, n’a pas incorporé les originaires de la Ligure, province qui fait partie de la Région Nord.

Nous obtenons un pourcentage différent pour l’Italie du Nord pour plusieurs raisons ; les zones géographiques ne correspondent pas exactement, les périodes étudiées sont différentes et nous n’avons retenu que les localités comptant plus de dix émigrants. Ces trois facteurs sont essentiels dans la détermination des chiffres. La suite de l’étude portera sur nos propres relevés.



Graphique 11 Origines par provinces

En résumé:

15 118 personnes viennent de 93 départements (et non communes) différentes. Il en découle que 63% des immigrants sont originaires de communes ayant enregistré plus de 10 départs, mais en même temps, qu’un grand nombre de transalpins (non chiffrables avec exactitude) viennent de petites communes.

On peut donc affirmer, en se fondant sur les données qui viennent d’être développées, que l’ensemble de l’Italie contribue, mais de façon inégale géographiquement et numériquement, au départ de ses concitoyens. Traduisons ce graphique en pourcentages.

En comparant ces résultats avec ceux recueillis en 1929 pour l’ensemble de la France, nous observons pratiquement le même pourcentage pour la provenance du Nord, mais une forte inversion pour les deux autres régions.

Toutefois, il faut souligner que la comparaison ne porte pas exactement sur la même période, la 1ière allant de 1876 à 1929, la 2ième de 1900 a 1944.



Total région Nord

8 739 852

50,17 %

Total région Ombrie

1 913 055

10,98 %

Total région Sud

6 770 288

38,86%

Tableau 11 Répartition par régions étudiées en pourcentage

Les constatations de la page précédente de Pierre Milza sur l’ensemble de la France sont, dans leur ensemble, confirmées par les chiffres que nous annonçons concernant Nice.



A priori, il est bien évident que la proximité de l’Italie du Nord avec la France a joué un rôle important dans le choix des migrants ; facilités de transports, possibilités aisées de retour vers le pays natal, retrouvailles niçoises avec des émigrants plus anciens préparant leur venue, peu de dépaysement climatique ou d’environnement mental ont dû jouer en faveur de notre pays. Pierre Milza qualifie cette migration

« Traditionnelle, par capillarité, à partir de régions frontalières, (...) mais suscite des réactions xénophobes de la part d’une population qui, récemment rattachée à l’Hexagone, en rajoute volontiers en esprit cocardier et en intolérance. » 52

Ce raisonnement est plus difficile à soutenir pour l’Italie Centrale. L’éloignement de la Province de Pérouse a elle seule, sur l’ensemble de ce secteur géographique, 36% de migrants. La seule ville de Citta Di Castello a enregistré 1449 départs.

Le phénomène de chaîne migratoire joue son rôle ; c’est le plus souvent le chef de famille qui part en « éclaireur » sonder les possibilités d’installation, contacter des immigrants plus anciens déjà établis, chercher un emploi, puis il fait venir le reste de sa famille.

Autre explication de ce phénomène : une grande partie de l’Ombrie était intégrée de longue date des Etats du Vatican. Par réaction contre cette emprise et par la grande pauvreté de cette région, le Parti Communiste y a connu une très forte implantation. Il n’est pas impossible que des liens se soient crées avec le Parti Communiste de Nice, bien implanté dans cette ville.

A constater le petit pourcentage de migrants provenant de l’Italie méridionale et insulaire demeurant à Nice, on pourrait supposer que l’éloignement géographique et les difficultés de transport ont dû jouer un rôle. Cela est possible, mais contredit par le nombre important de Calabrais et Siciliens émigrés aux Etats Unis et Amérique Latine53. Il se peut que les arguments jouant en faveur des originaires du Nord aient produit un effet opposé pour les originaires des contrées méridionales et insulaires : absence de relations préétablies par exemple.

Jacques Girault, étudie les naturalisations dans le Var, et bien que ce ne soit le même département, mais limitrophe, nous croyons utile de comparer ses constatations avec les nôtres. Il indique :

« Aux natifs d’Italie s’ajoutent les nombreux Italiens nés en France (...) trois régions italiennes groupent les trois quarts des demandeurs : Le Piémont, la Ligurie et La Toscane. Leur poids baisse régulièrement au profit d’autres régions (Emilie, Lombardie, Sardaigne, Ombrie)54. »

Ses constatations dans le domaine des naturalisations regroupent bien en grande partie nos propres observations sur les origines géographiques.

LES ITALIENS NES EN DEHORS DE L’ITALIE

1504 Italiens, dont la fiche se trouve aux Archives départementales à Nice, sont nés en France, ce qui représente 6,27% du total des Italiens enregistrés par nous ; 1128 sont nés dans les villes de la Côte d’Azur, comme le montre le tableau ci-dessous. Nice et Monaco notent les chiffres les plus importants. Monaco, de par les naissances dans la Principauté, semble avoir employé un grand nombre d’immigrants italiens. Ceci n’est qu’une déduction, car malheureusement, l’accès aux archives monégasques nous a été refusé, celles-ci étant une « propriété privée ».

Antibes

15

1,30%

Beausoleil

7

0,06%

Cannes

27

2,40%

Grasse

11

10,00%

Menton

30

2,70%

Monaco

136

12,00%

Nice

902

80,00%

Tableau 12 Italiens nés dans les Alpes-Maritimes

En page 3-4 des annexes, Tome 1, nous avons reproduit un état de tous les pays de naissance des Italiens.

Par ordre d’importance, nous relevons France exclue, la Turquie, la Suisse, l’Egypte, l’Argentine, la Grèce, les États-Unis et l’Allemagne.

Compte tenu des changements de souveraineté intervenus, on peut grouper les Italiens nés en Grèce et en Turquie en une seule provenance géographique.

La France et Monaco attirent les Italiens pour les mêmes raisons de proximité et de cultures communes.

Pour l’Outremer, nous n’avons relevé que les Etats-Unis (25) et l’Argentine (43), les autres pays de ce continent ne recelant que peu d’immigrants. (30 pour 10 pays différents).

Autre constatation : près de 10% des immigrants italiens recensés à Nice sont nés hors d’Italie, étant restés de nationalité italienne malgré deux transplantations, (pays de naissance et la France) cela pourrait signifier un fort attachement à leur pays d’origine ou l’existence de freins puissants aux naturalisations respectives.

Que nous inspirent ces données ? Bien entendu, nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses, ce qui ne nous empêche pas de tenter de rechercher et de comprendre les motivations qui ont pu pousser ces personnes à quitter leur pays.

Une première probabilité : ce sont les parents qui sont partis, et qu’il s’agit de leurs enfants nés à l’étranger.

Des raisons historiques ont prévalu pour certains pays de destination comme la Turquie, l’Egypte et la Grèce. La tendance italienne à l’émigration est due à la surpopulation, crises alimentaires et crises économiques, et l’attrait du Sud a prévalu.

Des directions traditionnelles sont aussi la Suisse et l’Allemagne, le premier pays pour satisfaire ses besoins en main–d’œuvre pour son industrie hôtelière, le deuxième pour son industrie lourde.



LES AGES DES ITALIENS A LEUR ARRIVEE A NICE

Graphique 12 Années de naissance des Italiens

On observe une très forte augmentation des naissances en début de siècle. Puis, la courbe descend jusqu’en 1920, pour remonter à nouveau pendant les années allant de 1920 à 1927. A partir de cette dernière date, on enregistre de moins en moins de naissances d’Italiens à Nice. Dès 1932, nous ne trouvons plus de naissances de cette nationalité indiquées sur les fiches de la Préfecture.





Graphique 13 Ages des Italiens lors de leur arrivée

La comparaison des tableaux des années de naissances avec celui des années d’arrivée à Nice, résultants des chiffres recueillis aux ADAM, nous permet d’observer une similitude de tendance des courbes. En effet, les graphiques des années par tranche d’âge fait ressortir une majorité d’arrivées entre 20 et 35 ans, c’est à dire des personnes nées vers 1895. Ces courbes évoluent conjointement et se confirment l’une l’autre.

On observe une nouvelle poussée de naissances à partir de 1921, une pointe vers 1925, pour descendre rapidement après 1928. Ceci semble indiquer que ces immigrants, une fois installés, ont eu le désir d ‘intégrer leur descendance dans notre pays. La baisse de naissances à partir de 1927 ne signifie pas forcément une diminution de naissances, mais peut aussi indiquer les effets des nouvelles dispositions de la loi du 10 août 1927.55 ll s’agit d’une loi d’intégration pour des centaines de milliers de travailleurs étrangers venus en France qui représentent 7% de la population française en 1930. Le souci du législateur est d’accroître les possibilités d’acquisition de la nationalité française et d’accélérer les procédures. Nous verrons dans le chapitre « mariages » qu’une majorité d’Italiens a épousé des Françaises, et beaucoup de Françaises ont épousé des Italiens mais ce ne sont pas forcément les mêmes personnes.

La diminution de naissances d’Italiens à Nice peut s’expliquer par les effets de cette loi ; la nationalité française est transmise à l’enfant légitime, né en France, par un de ses parents français mariée à un étranger. Mais ceci n’explique pas entièrement l’absence de toute déclaration de naissance d’enfants Italiens à partir de 1932.



Ralph Schor indique la structure des âges des Italiens à Nice de la façon suivante, en pourcentage :56

AGE

1921

1926



italiens

italiens

français

moins de 20 ans

23%

15%

29%

de 20 à 39 ans

36%

38%

32%

de 40 à 59 ans

30%

34%

28%

plus de 60 ans

11%

13%

11%

Tableau 13 Comparaison des âges

On constate que le pourcentage des moins de vingt ans italien et plus important que celui des Français.

LES PROFESSIONS DECLAREES AUX AUTORITES

En ce début de siècle, sur un effectif d’environ 400 000 migrants présents en France, les Italiens viennent immédiatement après les Belges. Cette arrivée importante va de paire avec l’industrialisation grandissante en France, provoquant une forte demande de main-d’œuvre. A cette époque, la réputation des ouvriers transalpins repose surtout sur leur capacité d’occuper des fonctions très diverses, surtout non qualifiées.

D’après Pierre Milza,

« [Les musiciens] partagent leur temps entre la Côte d’Azur et la capitale, où ils sont nombreux en hiver. Les ‘’bande musicali’’ s’y produisent en genre napolitain aux environs de 1900, puis le genre tzigane imité par des musiciens italiens, enfin un genre franco–italien mixte, où les Italiens jouent du violon, de la mandoline et de la flûte, les autochtones le violoncelle et la contre – basse seulement » 57.

Ces spécialistes disparaissent rapidement.



REPARTITION PAR GROUPES PROFESSIONNELS DES EMIGRANTS ITALIENS

Le tableau qui se trouve en page 4-5 de l’annexe Tome 1 situe les professions telles qu’elles étaient déclarées aux fonctionnaires de Police français lors de l’établissement des fiches en 1927.

Nous avons voulu retranscrire intégralement les activités recensées, ce qui explique leur grand nombre. Par la suite, afin d’être en mesure d’exploiter ces données, nous avons regroupé celles–ci en 13 catégories. Ceci est destiné à comparer plus facilement ces activités, plus particulièrement les années d’arrivée à Nice et avec la situation après les mariages, de 1937 à 1944.

Toutefois, on peut supposer que ces déclarations ont été faites après l’installation des immigrants, et non à leur arrivée à Nice ; en effet un grand nombre de ces activités, mais pas toutes, relèvent de professions typiquement françaises. Si cette supposition est exacte, ceci confirmerait qu’un certain temps s’était écoulé entre l’arrivée et la présentation aux autorités. Ceci est déjà évoqué lors du récit de notre propre arrivée à Nice.

Nous avons voulu laisser le tableau ci–dessous dans le corps de notre recherche, et non dans l’annexe, pour une compréhension plus facile ce de chapitre.



ARTISTES N° 1

Accordéoniste

Artistes divers

Chanteur



AGRICOLE N°2

Bûcheron

Charron

Fleuriste

Horticulteur

Jardinier

Laitier

Scieur



MECANIQUE N°3

Aiguiseur

Ajusteur

Balancier

Carrossier

Ferrailleur

Ferblantier

Garagiste

Mécanicien



Commerçant N°4

Antiquaire

Bijoutier

Blanchisseur

Bonnetier

Brocanteur

Chiffonnier

Colporteur

Commerçant

Courtier

Epicier

Gérant

Industriel

Logeuse

Maroquinier

Pharmacien

Photographe

VRP



Prof. Libérale N°5

Architecte

Avocat

Comptable

Directeur

Infirmière

Masseur

Médecin

Pédicure



ARTISAN N°6

Artisan

Bottier

Boucher

Boulanger

Bourrelier

Brasseur

Céramiste

Charbonnier

Charcutier

Coiffeur

Confiseur

Cordonnier

Coutelier

Décorateur

Ebéniste

Electricien

Encadreur

Ferronnier

Forgeron

Fumiste

Horloger

Maréchal ferrant

Matelassier

Menuisier

Meunier

Plombier

Sculpteur

Sellier

Soudeur

Tailleur

Teinturier

Tonnelier

Tripier

Typographe

Vannier

Vernisseur

Vitrier



BATIMENT N°7

Bâtiment

Boiseur

Carreleur

Carrier

Charpentier

Chauffagiste

Contre Maître

Entrepreneur

Marbrier

Mosaïste

Mouleur

Papier Peint

Parqueteur

Peintre

Plâtrier

Stucateur

Tailleur pierres



COUTURE N°8

Brodeuse

Corsetière

Couturière

Culottière

Giletière

Lingère

Modiste

Pantalonnière

Raccommodeuse

Tisseuse

Tricoteuse



HOTEL/RESTAURANT N°9

Cafetier

Caviste

Cuisinier

Gouvernante

Hôtellerie

Limonadier

Plongeur

Restaurateur

Serveur

Veilleur de nuit



TRANSPORT N°10

Camionneur

Charretier

Chauffeur

Cocher

Déménageur

Livreur

Marin



EMPLOYE COMMERCE N°11

Bureau

Employé

Secrétaire

Vendeuse



SANS QUALIFICATION N°12

Balayeur

Cantonnier

Docker

Encaisseur

Fossoyeur

Gaz

Journaliers (1402)

Magasinier

Ouvrière

Sans professions (7299)



DIVERS N°13

Concierges (363)

Etudiants (151)

Femmes de ménages (3271)

Mineur

Nourrice

Nurse

Prêtre

Religieuses (134)

Repasseuse

Touriste

Vermicellier



Pour rendre ce tableau plus synthétique, nous avons transformé ces données en un graphique, qui nous indique plus clairement les répartitions par catégories professionnelles déterminées ci-dessus.

Ces groupes de professions ont été conçus par le doctorant pour les besoins de cette recherche.



Graphique 14 Professions regroupées en globalité

On remarque le peu d’immigrants dans certains domaines : artistes, professions libérales, et une forte proportion de personnes sans qualification.

Nous pouvons à nouveau subdiviser ces professions en catégories quantitatives :

Artistes

47

Moins de 100

Professions libérale

151

Moins de 200

Mécanique

455

Moins de 500

Employés

257

Moins de 500

Transports

701

Moins de 1000

Couture

782

Moins de 1000

Hôtellerie

1 115

Plus de 1000

Bâtiment

1 621

Plus de 1000

Commerce

1 958

Plus de 1000

Artisans

2 483

Plus de 1000

Agricole

2 526

Plus de 1000

Divers

4 196

Plus de 1000

Sans qualification

8 814

Plus de 1000

Tableau 14 Professions regroupées en nombre

Pour le commerce, nous observons la présence de 861 commerçants, et de 584 commerçantes. Il semble que la qualification « commerçant » corresponde à toutes les catégories autres que celles décrites sous une dénomination différente dans la classification N° 4. Les commerçantes sont peut-être les épouses des commerçants, ceci est impossible à déterminer aujourd’hui, mais étant inscrites sous cette rubrique, il est probable qu’elles aient participé à l’exploitation conjugale commune, plutôt qu’exploitante personnelle ; ce qui n’était pas usuel.

Sous la rubrique « divers » nous notons, pour un chiffre global de 4 196 personnes, la présence de 363 concierges, mais surtout de 3 271 femmes de ménage. La soustraction de ces deux chiffres du total ne laisse apparaître que 562 autres emplois divers.

Les professions dénommées « sans qualification » révèlent un chiffre global de 8 814 personnes, soit plus du tiers du total analysé. Il faut modérer cette donnée, sachant que dans ce nombre sont inclus 1 402 « journaliers », dénommés aujourd’hui manœuvres et surtout 7 299 personnes qui se sont déclarées « sans profession ». Ces dernières peuvent être des femmes au foyer ou, mais ceci ne peut être qu’une hypothèse, des personnes n’ayant pas obtenu l’autorisation d’occuper un emploi salarié. Il est possible qu’une économie souterraine ait été pratiquée.

Si l’on déduit ce dernier critère du total de 8 814, il ne reste que 1 512 emplois véritablement sans qualification.

Pour toujours rester dans le chapitre général « Professions des Italiens », nous relevons quelques disparités parmi les catégories déjà décrites.

En effet, on observe que parmi la seule qualification « Commerçant », on relève 17 professions différentes,

7 qualifications entrant sous la rubrique « Agricole »

8 qualifications entrant sous la rubrique « Mécanique »

17 qualifications entrant sous la rubrique « Bâtiment »

37 qualifications entrant sous la rubrique « Artisan »

Les ouvriers du bâtiment représentent 6,61% des immigrants Italiens fichés et recensés (la ‘’norme’’ est de 4,95%, voir chapitre suivant). Il y a lieu d’observer ici l’existence de « mutants » venant de l’agriculture.

Notons enfin la présence de 54 garagistes, spécialité italienne, mais surtout de 77 laitiers.58

Ralph Schor indique :

«Environ le tiers des commerçants niçois étaient étrangers ; parmi ces derniers, 80% possédaient la nationalité italienne (…) la moitié des étrangers immatriculés en 1920 s’étaient installés à Nice avant 1914, 13% exploitaient déjà leurs entreprises avant 1900, ce qui attestait encore l’enracinement de la colonie italienne. » 59

C) LES PROVINCES DU NORD ET DU CENTRE SE DETACHENT DE L’ENSEMBLE

Pour avoir un aperçu complet des origines de l’ensemble des migrants, nous avons opté pour le découpage par régions provinciales, telle qu’elles ont été définies par l’Institut géographique italien.

Ces régions sont : Italie du Nord, Centrale, Méridionale, Insulaire.




Nombre
d’émigrants

Région Nord

9 167

Région Centrale

5 228

Région méridionale

680

Région Insulaire

113

Total

15 188

Tableau 15 Nombre d’émigrants par région étudiée

Le détail par ville et par région se trouve en page 9 de l’annexe Tome 1.

Nous n’avons tenu compte, pour cet état, que des localités pour lesquelles plus de cinq arrivées de transalpins ont été enregistrées à Nice.

En se référant au chiffre global des immigrants Italiens à Nice, soit 25 126 personnes nées en Italie, on constate que 10 008 sont originaires de localités où l’on compte de moins de cinq immigrants, soit 39,83%.

Le chiffre de 15 118 émigrants provient de 170 localités sur les 4 021 recensées.

Nous constatons que l’émigration italienne a été très diffuse géographiquement à travers tout le pays. En effet, 3 851 localités (4 021 – 170) ont vu quitter chacune de un à cinq natifs. Le nombre élevé de partants de la partie Nord de la botte prédomine toujours, comme les auteurs cités l’indiquent dans leurs recherches.

ETUDE COMPARATIVE PAR REGIONS PROVINCIALES.

Région du Nord

Cette région recoupe, grosso modo, une ligne allant de Rimini à Vintimille, regroupant les Provinces de Piémont, Lombardie, Ligurie, Vénétie, Emilie et le Val d’Aoste. Cette répartition a été adoptée par P. Milza60, et elle aussi été reprise de la même façon par Romain H. Rainero61.

Région Centrale :

Les Provinces entre le Sud de cette ligne et la région romaine, regroupant les

Provinces de Toscane, les Marches, l’Ombrie et le Latium.

Les Provinces méridionales :

Les Abruzzes, la Campanie, les Pouilles, la Basilicate, la Calabre

Les régions insulaires.

Sicile, Sardaigne, Ile d’Elbe.

Nous allons étudier pour chaque région :

Les années de naissances

Les âges d’arrivée en France

Les principales professions déclarées sur les fiches de la Préfecture

Les particularités d’activités dans certaines villes.

La nomenclature des villes ayant enregistré plus de 50 émigrants.

Le détail pour les villes ayant enregistré une émigration de plus de 150 émigrants. Un graphique accompagnera chaque chapitre.

Les critères de références ont été choisis de la façon suivante :

Les années de naissances.

Les naissances intervenues avant 1870

Les naissances par tranches de 5 ans jusqu’à 1925

Les âges d’arrivée en France.

De 1 à 14 ans inclus

De 15 à 24 ans inclus

De 25 à 45 ans inclus

De 46 à 60 ans inclus

Au-delà de 60 ans inclus



Pour les âges, nous nous sommes rapprochés sensiblement des critères retenus par Romain H. Rainero62, mais les périodes observées diffèrent.

R.H. Rainero a retenu les années de 1890 à 1920, notre observation s’étend de 1860 à 1925. Les dates d’arrivées en France découlent des déclarations faites à la Préfecture.

Les professions.

Nous n’avons pris en compte que les activités représentées par au moins cinq professionnels du même métier, ceci afin de rendre les chiffres plus significatifs.

Toutefois, nous rappelons que les fiches n’ont été établies à la Préfecture des Alpes-Maritimes qu’en 1927, en reprenant probablement les données d’un ancien fichier. Nous ne savons donc pas si les professions indiquées sont celles exercées en Italie avant l’arrivée à Nice, ou celles exercées en France au moment de la rédaction du fichier. La suite de la recherche précisera peut-être ce point.

Quoi qu’il en soit, les renseignements obtenus restent caractéristiques dans les deux cas.

Les régions limitrophes de la France méridionale sont naturellement les plus grands pourvoyeurs d’émigrants de par leur proximité, une plus grande facilité de communications et de retours au pays.

« Pour l’ensemble de la France, les Piémontais représentent à eux seuls 28% du total, les Toscans 22%, les Lombards 12%, L’Emilie Romagne 10% et la Vénétie 8%. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l’émigration saisonnière, mais tous sont désignés [par les autochtones] ‘’Piémontais’’ ou Napolitains sans tenir compte de leur origine. » 63

Leur accroissement à Nice est important et rapide, grâce aux grandes facilités d’accès.

« En 1891, Nice comptait quelques 24 367 Italiens, dont 12 375 hommes et 11 992 femmes. Ces chiffres sont officiels, mais en réalité les Italiens devaient être bien plus nombreux, si l’on tient compte que beaucoup se considéraient comme de passage à Nice, et omettent de se faire enregistrer. (…) S’il est possible de cerner le chiffre des naturalisations ‘’ demandées’’, il est assez difficile d’apprécier avec précision celui des naturalisations ‘’ automatiques’’64»

REGION DU NORD

L’observation de ce graphique nous montre un nombre plus important de naissances d’émigrants avant 1900 qu’ensuite ; en effet, du début de l’immigration à 1899, on dénombre 4 730 expatriés, alors qu’à la période suivante, on en dénombre 2 153.

L’ÂGE D’ARRIVEE A NICE DES IMMIGRANTS DU NORD

Graphique 15 Région du Nord, années de naissances de 1860 à 1925

Les années antérieures à 1870 sont groupées en deux intervalles distincts, puis le graphique est établi par périodes quinquennales. Il regroupe 6 883 dates de naissances, réparties sur 53 communes. Le chiffre en haut des colonnes indique le nombre d’émigrants par période, le pourcentage est indiqué en bas du tableau. Les naissances après 1925 ne sont pas prises en compte, les renseignements des fiches préfectorales étant trop peu nombreux.

En détaillant la totalité de la période observé, on constate que le plus grand nombre de migrants est né entre 1880 et 1900, soit 2901 personnes, contre 1829 avant cette date, et 2 153 après 1900. On observe bien une très nette tendance à la diminution de la natalité après 1905, pendant la Grande Guerre, puis une petite reprise à la fin de celle-ci. Ces chiffres ne signifient pas qu’il y a eu moins de naissances, mais que le nombre d’émigrants nés après 1910 a diminué.

Traduits en pourcentage, sur un total de 6 883 dates retenues, nous obtenons :

Jusqu’en 1880 26,6%

1880 à 1900 42,2%

Après 1900 31,3%

Dans le tableau suivant, nous rapprochons ces résultats avec les âges d’arrivées en France des migrants.

Cette indication est donnée par la date de « premier séjour en France » figurant sur les fiches de police. Nous avons alors procédé à une simple soustraction entre cette date et la date de naissance.



Ce tableau suscite les observations suivantes ; un nombre important d’enfants en dessous de 15 ans, une majorité de personnes entre 15 et 25 ans, peu de personnes âgées de plus de 45 ans.

Représenté en pourcentage, le résultat est le suivant :

de 1 à 14 ans

28%

de 15 à 24 ans

37%

de 25 à 45 ans

30%

au-delà

6%



Ces chiffres sont à comparer à ceux indiqués par M. Romain H. Rainero65 qui indique, uniquement pour la Province du Piémont, de 1890 à 1920 période plus restreinte :

Jusqu’à 14 ans 44%, de 15 à 24 ans 34%, 25 ans et plus 22%.

Le chiffre de 28 % d’enfants en dessous de 15 ans est important et démontre un emploi fréquent de personnes très jeunes66. Si on approche cette donnée avec celle des années de naissances, on constate que 68,8% des émigrants sont nés avant 1900. A cette époque, la législation sur l’emploi des enfants est à peine naissante. La proximité de la frontière du Piémont et la facilité de la traverser explique en partie la différence importante (28% / 44%) du nombre d’enfants, de plus, la grande misère régnant au Piémont a obligé des parents à consentir au départ de leurs enfants. Romain H. Rainero donne l’explication suivante :

« Le problème des mineurs piémontais dans l’émigration vers la France, qui est le premier des problèmes, ne débute pas avec la véritable émigration de masse. Il prend ses racines dans une très ancienne habitude de ’’louage’ des enfants qui caractérisait cette forme d’expatriation enfantine. Ici, nous ne parlons pas de jeunes gens, mais bien d’enfants dont l’âge est compris entre 5 et 13 ans. La Foire de Prazzo, en Italie, et de Barcelonnette en haute Provence, étaient des centres de cette pratique. En temps normal une véritable ‘’ foire aux enfants à louer s’y tenait peu avant Pâques, aux alentours du 20 avril. […] les parents les cédaient pour plusieurs mois, jamais moins de six, leurs services étaient rémunérés par une somme donnée aux parents. […] la situation induite par la présence d’enfants italiens pour des activités le plus souvent illicites et liées, en apparence du moins, à la mendicité, n’était pas nouvelle et semblait assez grave »67.

En France, à la même époque, Hector Malot68 écrit son roman « Sans Famille » qui décrit la vie d’enfants loués.

Dans une étude concernant uniquement la Ligurie, Jean-Paul Derai indique :

« La tranche des moins de 14 ans représente en moyenne 30% des sujets. Les villes de Ventimiglia et San Remo, ainsi que les villages de Dolceacqua, Isolabona et Baiardo alimente ce flux avec près de 50%. La majorité des jeunes migrants participe à la migration familiale et accompagnent père et mère sur les chemins de l’exil »69.

Emile Blanchard estime que :

« La cueillette des olives et les activités liées aux cultures florales exigent un apport de main-d’œuvre constituée essentiellement de femmes et d’enfants italiens, d’au moins 6 000 à 8 000 personnes pour le seul département des Alpes-Maritimes.70 ».



LES PRINCIPALES PROFESSIONS DECLAREES SUR LES FICHES DE LA PREFECTURE

Graphique 16 Principales professions exercées, région Nord



PROFESSION

Nombre

Pourcentage

AGRICOLE

438

10,62%

BATIMENT

178

4,31%

COMMERCANTS

517

12,53%

F/DE MENAGE

959

23,24%

HOTELLERIE

153

3,71%

JOURNALIERS

230

5,58%

SANS PROFESSION

1652

40,03%



Plusieurs remarques s’imposent : les rubriques des personnes sans qualification déclarée indiquent 2841 émigrants, (Femmes de ménage, journaliers, sans profession) soit 68,9% du total pour la région Nord. M. R.H. Rainero71 indique pour la seule immigration piémontaise, et dans l’ensemble des Alpes-Maritimes 9 913 personnes, ce qui représente 40,2% de l’ensemble de la Provence en 1927. Notre statistique concerne une période antérieure ; il semblerait donc que la situation des personnes non qualifiées se soit améliorée entre leur date d’arrivée en France et 1927. Nous en trouvons aussi la confirmation dans l’étude sur les mariages des Italiens, dont nous traitons plus loin.

La différence dans les professions agricoles entre les chiffres de M. Rainero et les nôtres n’est pas significative. Il indique 57,90% pour l’ensemble de ce département, or notre étude ne porte que sur les immigrants ayant leur domicile à Nice, où l’agriculture est certes présente, mais réduite à cette époque aux abords Ouest et Nord de la commune.

Le tableau des professions nous indique 4,31% de travailleurs du bâtiment. Ce chiffre contredit une opinion généralement admise qui veut que beaucoup d’Italiens soient maçons. R.H. Rainero observe le même pourcentage pour un groupe de travailleurs venant de Coni. Pour ce groupe, il indique d’autre part :

« Nous savons qu’au départ les Piémontais ne sont investis d’aucune spécialité particulière mais qu’ils sont capables de s’adapter à une multitude de ‘’métiers’’. Une étude récente nous apprend que sur un groupe de 28 528 travailleurs de moins de 15 ans, originaires de la région de Coni, la majorité était sans qualification »72.

En appliquant cette remarque à nos chiffres, nous pensons que parmi les personnes qui se sont déclarés ‘’ journaliers’’ ou ‘’sans profession ‘’, un certain nombre travaillait, selon la demande du moment, sur des chantiers sans avoir aucune spécialité dans ce domaine. Il faut aussi tenir compte du fait que beaucoup d’Italiens étaient à la recherche d’une situation plus stable.

« Certains vivaient [entre- temps] clandestinement, sans protection ni avenir, à la merci de l’employeur ou des caprices du marché »73.

De plus, la qualification de « travailleur du bâtiment » est une dénomination peu précise, qui englobe les manœuvres, terrassiers, carriers, tailleurs de pierre, maçons, peintre en bâtiment, plâtrier briquetier etc.74 Cette observation relativise le pourcentage de 4, 31% relevé par nous grâce au fichier de la Préfecture.

Pour l’ensemble de la région Nord notre tableau indique 517 commerçants installés à Nice. Le terme de commerçant indique une profession qui achète des marchandises et les revend en l’état. Il exclut donc les artisans qui créent ou transforment un produit. Nous ne sommes pas sûrs que les fonctionnaires de Police aient toujours rigoureusement observé cette règle lors de l’établissement de leurs fiches.

Nous avons constaté après divers pointages qu’il s’agit pour l’essentiel d’épiciers, marchands de légumes, vendeurs sur les marchés, négociants divers, marchands forains, fleuristes, marchands de tissus, de bois, charbonniers, merciers, loueurs de chambres, etc. Il ne nous a pas été possible d’établir un état détaillé. La diversité d’activité explique le nombre important de petits commerçants.

Certains métiers se transmettent de père en fils. Par exemple les laitiers de Vernante pratiquent massivement leur activité à Nice, même après leurs naturalisations. Un autre aspect de l’étude des professions est qu’au début du mouvement migratoire, peu de situations définitives sont acquises. Aussi, la mobilité des activités exercées conduit à l’errance

« qui se nourrit de la pitié, de la détresse, de la marginalité comme de l’illégalité » 75

PARTICULARITES PROFESSIONNELLES LOCALES

Pour l’ensemble de la région Nord, nous avons relevé :

22 coiffeurs, 38 concierges, 24 cordonniers.

Les artisans d’un même métier sont fréquemment originaires d’un même endroit, comme si la tradition professionnelle se transmettait familialement ou pour des raisons économiques. On peut facilement comprendre pourquoi il y a beaucoup de marbriers à Carrare, mais nous n’avons pas trouvé le motif de la présence de 53 boulangers à Niella Tanaro.76

Nous avons isolé dans le tableau infra les localités les plus fréquentes.

AIROLE

STUCATEURS

9

CEVA, LIMONE, VERNANTE,

LAITIERS

80

TURIN, PISE, CONI, VINTIMILLE

EBENISTES

24

SAN DAMIANO, SAVONE, NIELLA TANARO

BOULANGERS


LIMONE, DOGLIANI, DALMAZZO, CONI,

BOULANGERS


CARRU, BERNEZZO

BOULANGERS

101

ROCCABRUNA, LIMONE, DALMAZZO

CHARCUTIERS


CONI, BOVES

CHARCUTIERS

23

TURIN, LAMA MOCOGNO

TAILLEURS

22

Tableau 16 Particularités professionnelles, Nord

Dans chacune des villes citées, plus de cinq artisans pratiquent la même profession indiquée.

DETAIL DES VILLES DE LA REGION NORD DE PLUS DE 50 EMIGRANTS

NOMENCLATURE DES VILLES REGION NORD DE PLUS DE 50 EMIGRANTS.


ACQUI

108

AIROLE

110

ALBA

57

ALLESSANDRA

59

APRICALE

66

ASTI

84

BADALUCCO

57

BENEVAGIENNA

62

BERNEZZO

89

BOLOGNE

82

BOVES

201

BRA

62

BUSCA

76

CANELLI

73

CARAGLIO

58

CARRU

61

CEVA

72

CONI

322

DALMAZZO

116

DEMONTE

82

DOGLIANI

77

DRONERO

117

FARIGLIANO

61

FOSSANO

112

GENES

155

LA SPEZIA

75

LAMA MOCOGNO

129

LIMONE

281

MILAN

176

MONDOVI

282

MONFERATO

60

MONTEBELLO

55

MONTEROSSO

459

NIELLA TANARO

139

ONEGLIA

80

PARME

50

PAVUELLO

90

PERINALDO

74

PISE

54

POLA

58

PONZONE

178

PORT MAURICE

68

ROASCHIA

125

ROBILANTE

68

ROCCABRUNA

255

ROCCAVIONE

144

SAN REMO

191

SAVONE

119

TAGGIA

62

TENDE

131

TRIORA

146

TURIN

559

VENISE

57

VERNANTE

251

VINTIMILLE

179

Tableau 17 Villes du Nord, plus de 50 émigrants

Nous avons sélectionné les villes ayant enregistré plus de 50 émigrants de la région Nord à destination de Nice, pour donner infra le détail par ville de l’immigration de cette provenance.

Ce classement est établi par ordre croissant d’importance du nombre des immigrants. Il en ressort que ce sont surtout les petites villes et villages qui ont connu l’exode le plus important, par opposition aux villes de Gênes, Milan et Turin.

Autre constatation, sur un total de 3 310 émigrants de cette liste, et sans tenir compte de la ville de Turin déjà un peu plus éloignée, 2 402, soit 72,6% sont natifs dans un rayon limitrophe ou très proche de la frontière française.

Il ressort de ces chiffres que presque un tiers de l’immigration de toute la région Nord provient de la proche frontière. C’est une émigration de voisinage.

La Ligurie

GENES

Graphique 17 Gênes, années de naissance

Une majorité des Génois venus à Nice est née avant la Grande Guerre. Le tableau infra démontre que 113 d’entre eux sont venus avant l’âge de 25 ans, dont 50 avant l’âge de 15 ans. L’émigration génoise est composée pour l’essentiel de très jeunes gens.

Les deux tableaux suivants confirment les observations générales formulées supra aussi bien les données découlant des âges que celles professions.





Graphique 18 Gênes, âges à l’arrivée à Nice

Graphique 19 Gênes, professions

Le tableau des professions le confirme par la pratique de 81 professions77 demandant peu ou pas de spécialisations. Les métiers indépendants telles qu’artisans, commerçants sont plus particulièrement représentés avec 39 professionnels. Parmi les 54 personnes désignées sans profession se trouvent probablement des personnes travaillant temporairement ou sans être déclarées, des femmes au foyer, auxquelles il faut ajouter les 5 couturières.



VINTIMILLE

Graphique 20 Vintimille, années de naissance

Cette ville est la plus proche de la frontière, peu d’obstacles naturels la séparent de la France. Les échanges en sont facilités.

Nous constatons que la quasi totalité des immigrants est née avant la fin de la Grande Guerre, ce qui confirment aussi les constatations antérieures.

Graphique 21 Vintimille, âges à l'arrivée à Nice

Le tableau des âges des arrivants à Nice est caractéristique ; un nombre important d’enfants en dessous de 15 ans, (50), pratiquement le même nombre entre 16 et 25 ans, (63), les immigrants de plus de 30 ans ne représentent 41 personnes. Les jeunes sont en majorité, ils représentent le capital de travail le plus important. Ils symbolisent un avenir de projets de vie en France, puisqu’ils viennent avec leurs parents, et s’adapteront plus facilement à la nouvelle existence de leur pays d’accueil.

Graphique 22 Vintimille, professions

Quelques ouvriers agricoles, peu du bâtiment, relativement un grand nombre d’artisans et commerçants. L’hôtellerie est bien représentée, ainsi que les métiers de service, tels que femmes de ménages, repasseuses. Les facilités de transport et de proximité avec la frontière française et la ville de Menton, très à la mode à cette époque, favorisent ces activités.

La liste complète des professions se trouve page 36 de l’annexe, Tome 1



LA LOMBARDIE – MILAN

Le tableau des années de naissances a des points communs avec celui de la ville de Gênes, une majorité de personnes sont nées avant la première guerre mondiale, les années suivantes connaissent un net recul du nombre de naissances

Graphique 23 Milan, années de naissances

Graphique 24 Milan, âges à l'arrivée à Nice

Ce tableau regroupe 162 données. Sur ce nombre, nous comptons 42 enfants de moins de 15 ans, soit 25,92%, 53 personnes entre 16 et 30 ans, soit 32,72%, les personnes de plus de 30 ans sont au nombre de 66, soit 41, 35%. Ce nombre plus élevé de personnes de plus de 30 ans s’explique par le tableau suivant décrivant les professions.

La composition sociologique des immigrants milanais est particulière. En additionnant les professions indépendantes, (artisans, artistes, banquiers, commerçants, directeur, restaurateurs et V.R.P.), on constate 48 représentants de ces professions. Sur un total de 165 personnes, le pourcentage s’élève à 29%, ce qui est, en comparaison avec d’autres villes, considérable. Les professions du bâtiment et de l’agriculture ne sont que peu représentées. Ceci ajoute à la particularité des professions de cette ville.



Graphique 25 Milan, professions

Les années 1937 et 1938 comptabilisent 10 arrivées, et la seule année 1939 compte 23 personnes. Comme pour la ville de Gênes, nous supposons qu’il s’agit de Juifs italiens78 établis dans cette ville. Ceux-ci exercent plus particulièrement les professions indépendantes. Ils se mettent à l’abri du régime fasciste et de ses lois racistes. Notons la présence à Milan, lors de la promulgation de la loi raciale, d’environ 40 Juifs espagnols. Nous n’avons pas pu déterminer s’il s’agit de Juifs de nationalité ou d’origine espagnole.79

LE PIEMONT

PONZONE

Graphique 26 Ponzone, années de naissance

La presque totalité des originaires de Ponzone venus à Nice est née avant le premier conflit mondial, et 77 d’entre eux a moins de 20 ans, 72 entre 20 et 40 ans. Peu de personnes plus avancés en d’âge font parti de ce groupe d’émigrants.



Graphique 27 Ponzone, âges à l’arrivée à Nice



Ce graphique confirme les précédents, puisque la majorité des immigrants a entre 16

et 30 ans ; ce sont des travailleurs potentiels.

Graphique 28 Ponzone, Professions

Par rapport aux villes déjà étudiées, nous remarquons un grand nombre de personnes travaillant dans l’agriculture, beaucoup de commerçants, mais peu d’artisans. En comptant les 45 personnes déclarées sans profession, 14 journaliers et 24 femmes de ménage, soit au total 83 immigrés, le pourcentage des travailleurs sans qualification particulière est élevé. (45,35%)

BOVES

Graphique 29 Boves, années de naissance

Treize naissances constatées seulement après la Grande Guerre, sur 200 dates enregistrées, soit 6,5%. Comme pour les villes étudiées jusqu’ici, c’est entre 1900 et 1905 que le plus grand nombre de naissances a lieu, (31, soit 15,5%).

91 immigrants ont moins de 20 ans lors de leur arrivée à Nice, c'est-à-dire près de la moitié des transalpins de cette ville. La tendance générale de très jeunes immigrants est confirmée pour cette localité.



Graphique 30 Boves – âges à l’arrivée



Nous faisons la même remarque que pour les graphiques précédents ; un nombre important d’enfants, et une majorité de travailleurs de moins de 30 ans.



Graphique 31 Boves - professions

Les professions manuelles, telles que agricoles, bâtiment sont fortement représentées. R.H. Rainero80 les a assimilées à une main-d’œuvre non qualifiée s’employant là où elle pouvait, selon les besoins du moment. Dans ce cas, il faut ajouter les ouvriers journaliers et une partie déclarée ‘’ sans profession’’. Une autre parte de cette catégorie est probablement constituée de femmes au foyer.

Les artisans et les commerçants forment un groupe de 46 personnes exerçant une profession indépendante. Ce chiffre équilibre les données de ce graphique.





VERNANTE

Graphique 32 Vernante, années de naissance

A Vernante, comme pour les autres centres, il y a très peu de naissances après le premier conflit mondial. Par rapport à Boves, l’accroissement des naissances est plus tardif, il ne commence qu’à partir de 1900, tandis qu’à Boves, le chiffre des naissances avant 1900 est presque constant. Ce sont 149 mineurs en dessous de 20 ans qui sont partis de leur lieu de naissance vers Nice, ils représentent plus de la moitié de cette émigration.

Graphique 33 Vernante, âges à l’arrivée



Graphique 34 Vernante, professions

Les professions agricoles, avec 48 membres, sont plus fortement représentées que dans d’autres villes. 36 laitiers font la particularité de cette localité, exception déjà relevée par M. H. Rainero et Faidutti-Rudolph81. En début de recherches, nous ne savions pas si les professions déclarées sont celles exercées en Italie ou celles exercées en France. Pour ces laitiers, il nous semble bien difficile d’admettre qu’ils aient vendu leur production sur place, à moins qu’elle serve à la production de fromage. Il est invraisemblable qu’ils aient transporté journellement leur production à Nice. Nous en concluons que ces laitiers étaient établis à Nice, par exemple dans la plaine du Var.

49 personnes déclarées sans profession représentent 19,29% de l’ensemble du graphique. Le tableau complet des professions se trouve page 37 de l’annexe, Tome 1.

ROCCABRUNA

Graphique 35 Roccabruna, années de naissance

Comme dans les autres centres du Piémont, la plupart des naissances sont intervenues avant la première guerre mondiale. Sur 255 cas étudiés, 229, soit 89,80% sont nés avant 1915. Il en est de même pour l’expatriation des jeunes : 176 d’entre eux sont arrivés à Nice avant l’âge de 20 ans. A partir de la tranche d’âge suivante, le nombre va fortement en décroissant.

Graphique 36 Roccabruna, âges d’arrivée à Nice

Graphique 37 Roccabruna, professions

Trois professions ressortent particulièrement de ce graphique : 28 agriculteurs, 30 commerçants et 32 personnes travaillant dans l’hôtellerie. La présence de 14 cuisinières et de 6 restaurateurs est inhabituelle dans nos observations.

Nous remarquons aussi relativement peu de main d’œuvre non qualifiée.

Le tableau complet des professions se trouve page 38 de l’annexe, Tome 1.

LIMONE

Graphique 38 Limone, années de naissance



101 personnes ont vu le jour entre 1880 et 1900, soit 36,46%, 117 entre 1900 et 1920, soit 42,24%, et six seulement sont nées après 1920. Le tableau suivant nous montre que 59,93% des natifs de Limone sont âgés de moins de 20 ans au moment de leur arrivée à Nice, et 75 entre 20 et 40 ans, ce qui montre la jeunesse des immigrants de cette ville.



Graphique 39 Limone, âges à l’arrivée

Graphique 40 Limone, professions

Nous relevons un nombre presque égal d’agriculteurs et de commerçants, les autres professions varient entre un et neuf actifs. Toutefois, l’hôtellerie est bien représentée avec 15 employés.

On note la présence, comme à Vernante, d’un nombre important de laitiers, (32 à Limone et 36 à Vernante), La même observation que précédemment s’impose. Nous avons remarqué, dans les deux cas, les dénominations de ‘’laitières nourricières», et nous avons pensé d’abord qu’il s’agissait de nourrices. Nous avons été détrompé en constatant à Limone la présence de « laitiers nourriciers ».

Un état détaillé des professions se trouve page 36 de l’annexe, Tome 1.



MONDOVI

Graphique 41 Mondovi, années de naissance

Nous observons peu de naissances avant 1870, mais un accroissement notable de 141 nouveaux-nés entre 1871 et 1900, un ralentissement entre 1900 et 1914, pour presque s’arrêter ensuite. Les âges d’arrivées à Nice correspondent à ceux déjà vu précédemment, à savoir 105 jeunes de moins de vingt ans, soit 37,23% du total des immigrants de cette localité. La tranche d’âge suivante, entre 20 et 40 ans, diffère notablement de celles des autres villes : 137 arrivants, soit 48,58%.



Graphique 42 Mondovi, âges à l’arrivée

Graphique 43 Mondovi, professions

La culture de la terre est bien représentée avec 33 agriculteurs, toutefois les professions indépendantes dominent, avec 64 artisans, boulangers, coiffeurs et commerçants. La présence de 4 laitiers est à remarquer, ainsi que celle de 12 professions hôtelières. Un état détaille des professions se trouve page 36 de l’annexe, Tome 1.

CONI

A partir de 1870, le nombre de naissance est sensiblement égal pour chaque période quinquennale, mais décline fortement dès 1910-1915. Les âges d’arrivées à Nice ressemblent de ceux observés jusqu’à présent : 121 jeunes de moins de 20 ans, soit 35,58%, et 157 entre 20 et 40 ans, soit 48, 76%.



Graphique 44 Coni, âges à l’arrivée

79 immigrants ont moins de 15 ans lors de leur arrivée à Nice, (25,56%) 152 ont entre 16 et 30 ans (49,19%), et 78 (25,24%) un âge supérieur. Dans cette ville, la moitié des arrivants représente la force de travail un peu plus âgée que dans d’autres villes. L’explication se trouve là aussi par les professions exercées.



Graphique 45 Coni, professions

L’agriculture est peu représentée à Coni avec 13 travailleurs de la terre. Le nombre de professions indépendantes est important ; en prenant en compte les artisans et commerçants, nous arrivons à un total de 78 personnes. Ce chiffre explique le nombre élevé de personnes entre 20 et 40 ans, âge nécessaire pour apprendre un métier. L’hôtellerie est bien représentée avec 24 employés.

Comme pour les autres villes piémontaises, on note la quasi absence d’étudiants. Un état détaille des professions se trouve page 35 de l’annexe, Tome 1.



MONTEROSSO

Il existe cinq villes dénommées ainsi. Les fonctionnaires de la Préfecture à Nice n’ont pas donné plus de précisions lors de l’établissement des fiches. Il nous a fallu choisir, nous avons opté pour la plus proche de nos frontières, Monterosso Grana, près de Cuneo, mais il pourrait aussi s’agir de Monterosso Al Mare, près de La Spezia. Comme les deux villes se trouvent dans la région Nord, le résultat final reste inchangé. Les trois autres villes sont nettement en dehors de la zone traditionnelle d’émigration.



Graphique 46 Monterossso, années de naissance

La courbe des années de naissances est inverse à celle de la ville de Coni ; ce n’est qu’à partir de 1891 que nous constatons les chiffres de naissances les plus importants. Nous relevons aussi les nombres plus importants que dans d’autres villes entre 1911 et 1920, années qui incluent la Grande Guerre.

Graphique 47 Monterosso, âges à l’arrivée

Les adolescents âgés de moins de 20 ans au moment de leur arrivée à Nice sont au nombre de 299, soit 65,28%, Ce pourcentage est le plus important recueilli jusqu’à présent. Entre 20 et 40 ans, 115 personnes se sont installées dans notre ville, soit 25,11%. Pour Coni, ville la plus proche en importance d’émigration vers Nice, les pourcentages sont respectivement de 35, 58% et 48,76%. Bien que géographiquement proche, la population émigrante est très différente statistiquement.



Graphique 48 Monterosso, professions

En joignant les activités peu qualifiantes, telles que celles de femmes de ménage, les journaliers et les sans professions, nous arrivons à 233 personnes, soit 50,87%, pourcentage le plus élevé constaté. A part les artisans, il ne ressort pas du graphique de répartitions marquantes, sauf la présence de 36 fleuristes. C’’est la première ville groupant un tel chiffre de cette spécialité.

Un état détaillé des professions se trouve page 35 de l’annexe, Tome 1.



TURIN

Capitale du Piémont

Graphique 49 Turin, années de naissances

A l’opposé des sites ruraux vus jusqu’à présent, Turin est un centre urbain. Les pointes des années de naissances sont moins marquantes, à l’exception de la période 1891 à 1900, le nombre de naissances est similaire dans toutes les autres périodes. Dès le début du siècle, la courbe de la natalité des émigrants baisse, nous n’en connaissons pas la cause, elle est peut-être due au commencement de l’essor industriel de cette ville, qui offrait plus de travail localement.



Graphique 50 Turin, âges à l’arrivée

L’observation des âges à l’arrivée à Nice est aussi différente: le nombre des adolescents de moins de vingt ans, 193 personnes soit 34, 53% est proche de celui de Coni, autre centre urbain. Pour mémoire, le pourcentage le plus élevé constaté est de 65,25%. La tranche d’âge de vingt à quarante ans, 249 personnes représente 44,54%, semblable à celui de Coni. Il en découle que les personnes au dessus de 40 ans sont beaucoup plus nombreuses, ils représentent 89 personnes, soit 15,92%. L’addition des pourcentages ne donne pas 100%, parce que nous avons pris en compte 559 émigrants pour lesquels nous n’avons pas toujours, soit les dates de naissance, soit les dates d’arrivée à Nice, ou aucune des deux dates. Le fort pourcentage des personnes âgées de plus de quarante ans peut éventuellement s’expliquer en partie par l’exode en 1938 des Juifs d’Italie, dont cinq sont indiqués comme tels sur les fiches de la Préfecture. La présence de six industriels contribue également à cette explication.

De 1914 à 1918, peu de turinois sont venus à Nice, environ 3 par année. Une exception est l’année 1916 avec 21 entrées, consécutives probablement à la révolte contre la guerre de la même année, durement réprimée dans cette ville.





Graphique 51 Turin, professions

Le graphique des métiers des émigrants diffère de ceux présentés précédemment. Sur un total de 515 professions recensées, la catégorie des professions indépendantes est prépondérante avec 119 professionnels, (23,11%) très peu d’agriculteurs, travailleurs du bâtiment ou journaliers. Les étudiants, au nombre de vingt, sont les plus nombreux, après Gênes et Vintimille. Le fait que Turin est une grande ville explique la présence d’un plus grand nombre d’étudiants.

Un état des professions se trouve page 34 de l’annexe, Tome 1.



CONCLUSION PARTIELLE SUR L’ETUDE DE LA REGION NORD

Nous reprenons partiellement les données exposées dans les pages précédentes, mais en cumulant les résultats de la région Nord.

Les années de naissances.

Ce graphique illustre les années de naissances des émigrants de la région Nord vers Nice. Il est présenté par périodes quinquennales, les années antérieures à 1870 sont groupées en deux totaux. Il regroupe 6 826 émigrants et 53 communes de naissances. Le chiffre situé au sommet des colonnes indique le nombre d’émigrants par période, le pourcentage est indiqué en bas du tableau. Les naissances après 1925 ne sont pas prises en compte, elles sont très peu nombreuses à figurer sur les fiches de la Préfecture.



Graphique 52 Region Nord, moyennes des années de naissances

Le chiffre en haut des colonnes indique le nombre de naissances des immigrants, en bas de la colonne le pourcentage par rapport à la totalité des naissances.

Le plus grand nombre d’émigrants est né entre 1871 et 1905, avec une pointe importante en fin de siècle. On peut observer les effets de la première guerre mondiale guerre avec une baisse notable des naissances. Nous avons l’impression que le ‘’surplus’’ de la population a diminué, et que les Italiens nés après guerre éprouvent moins la nécessité de s’expatrier.

LES AGES DES IMMIGRANTS A LEUR ARRIVEE À NICE

Ce tableau est établi sur les mêmes bases que celui de la moyenne des années de naissances, sauf qu’il a été établi sur 6 689 indications d’âge ; nous ne disposons pas toujours sur les fiches consultées de tous les renseignements.



Graphique 53 Région Nord, âges moyens à l’arrivée

Près de deux tiers des émigrants, (66,89%) a moins de 25 ans à leur arrivée à Nice. Ceci confirme bien pour cette région les données recueillis pour l’ensemble de la France, et particulièrement pour la Provence. La présence de très jeunes enfants, (1878) de moins de 15 ans est déjà illustrée par R.H. Rainero82.

Les personnes au dessus de 45 ans ne font que très peu partie de cette immigration, (378). On peut supposer qu’il s’agit en partiellement de personnes ayant acquis un petit capital leur permettant de s’établir en qualité de commerçants ou d’artisans. Par ailleurs, nous confirmons qu’il ne nous a pas été possible d’établir avec certitude si les indications professionnelles portées sur les fiches concernent l’activité en Italie avant le départ en France ou la profession exercée lors de la création du fichier en 1927.



Graphique 54 Comparaison des âges à l’arrivée, en pourcentage

Les données des tableaux sont calculées par rapport à la population de chaque province. Par exemple, le pourcentage du Piémont est calculé par rapport au total des émigrants pour Nice du Piémont uniquement, c'est-à-dire que 40,01% des piémontais émigrants ont moins de moins vingt ans.

De ce fait, les comparaisons en pourcentages par région peuvent donner lieu à des interprétations qui ne reflètent pas toute la réalité migratoire.

Pour cette raison, nous avons établi un autre graphique à la page suivante, non en pourcentages, mais en nombres, ce qui donne une réalité autre.



Graphique 55 Région Nord, âges à l'arrivée en nombres

La comparaison entre ces tableaux fait apparaître une réalité humaine préférable à une présentation statistique.

Le graphique en pourcentages fait ressortir qu’en Ligurie le départ de très jeunes émigrants est plus important qu’au Piémont, mais en nombre de départs, le graphique compare 1078 à 467 émigrations. La comparaison entre la Lombardie et le Piémont est encore plus frappante : d’une part 46%,67 et 40,01%, d’autre part 1078 et 70 partants.

Les chiffres montrent, quelle que soit la façon de les présenter, qu’une majorité d’émigrants est partie très jeune pour Nice. Ceci a déjà été constaté par d’autres chercheurs83 pour l’ensemble de la France et de la Provence; nos résultats concernant Nice uniquement confirment ces données.

La tranche d’âge de 20 à 40 ans montre, en nombres, un important décalage entre le Piémont et la Ligurie. Les chiffres pour la Lombardie ne sont pas très représentatifs, dans cette province, seule Milan a enregistré plus de 150 départs.

Au-delà de 40 ans, l’émigration est restreinte, les chiffres des plus de 60 ans sont insignifiants.

Nous pouvons déduire de l’ensemble de ces indications que cette émigration a surtout été une migration de travailleurs. Cette constatation n’est pas nouvelle, elle confirme pour notre ville les résultats de l’ensemble de l’immigration italienne en France.





Graphique 56 Région Nord, comparaison des activités en nombres

La même observation s’impose; les deux graphiques nous donnent des indications différentes, selon que l’on présente les pourcentages ou les nombres.

Le nombre total de travailleurs est de 2 869.

Les Piémontais ont la particularité de compter dans leur groupe pratiquement autant d’agriculteurs que de commerçants. En ajoutant les artisans aux commerçants, on trouve un chiffre important de professionnels indépendants.

Une nouvelle confirmation du nombre peu important d’ouvriers du bâtiment, 61 Piémontais et 35 originaires de la Ligure.

Le nombre d’étudiants est peu élevé dans les trois provinces, mais nous remarquons leur absence significative en dehors des grands centres comme Turin, Gênes ou Milan.

En joignant les chiffres des femmes de ménage aux journaliers, nous obtenons un nombre important de main d’œuvre non qualifiée. (632)

L’hôtellerie est bien représentée parmi les originaires piémontais avec 133 travailleurs, en Ligure, ils sont 35 dont la moitié vient de Vintimille. Pour ces derniers, la proximité de la frontière facilite cet emploi.



D) LA REGION CENTRALE DE L’ITALIE

LA DEMOGRAPHIE DE CETTE ÉMIGRATION

Nous reprenons les données en début du chapitre II pour l’étude de cette région. Les provinces concernées sont dans l’ordre d’importance numérique d’émigrations :

l’Ombrie

3 543 émigrants

La Toscane

1 403 émigrants

Campagna

328 émigrants

Les Marches

174 émigrants

Le Latium

134 émigrants

Total

5 582 émigrants

Tableau 18 Région centrale, nombre d’émigrants par région

Cette région reste en retrait par rapport aux régions voisines pour la densité du peuplement, comme pour la densité de la vie urbaine et industrielle, mais connaît maintenant, après des siècles d’immobilité, des changements accélérés. La vie rurale y a toujours été dominante.

A part la Toscane, le point commun qui relie ces régions est qu’elles dépendaient historiquement des anciens Etats du Vatican et qu’elles n’ont pas d’accès à la mer. Cette structure théocratique est créée en 756 et prend fin en 1870, après la défaite de la France qui protégea Rome et le Pape jusqu’à la réunification de l’Italie en une seule nation. L’Etat du Vatican84 a obtenu son indépendance par les accords de Latran85 négociés avec Mussolini. Ce long règne ecclésiastique a laissé son empreinte dans cette région. Politiquement, cette partie de l’Italie, plus particulièrement l’Ombrie, est marquée par l’influence du parti communiste. Ces deux éléments réunis ont favorisé une émigration importante.

A.M. Faidutti-Rudolph mentionne :

« L’Ombrie fait figure de nordique avec une répartition des émigrants que ne désavouerait pas le Piémont (...) Jusqu’en 1936, de nombreux départs, en grande partie clandestins, viennent renforcer les colonies pérugiennes de Nice et de Cannes. A Nice, les originaires de San Sepulcro, Citta di Castello et Umbertide forment un groupe homogène et actif, aux idées politiques de gauche hautement proclamées qui maintiennent la solidarité spirituelle avec les pays d’origine comme en témoignent les deux plaques qui ornent la mairie d’Umbertide »86.

La Toscane a géographiquement la forme d’un triangle, et joue, de par sa position, un rôle de passage entre le Nord et le Sud. Le plébiscite de 1860 légalise son rattachement au royaume du Piémont. Florence est la capitale du royaume d’Italie de 1865 à 1870, et devient ensuite le chef-lieu de la province. Cette ville est un centre de culture artistique unique en son genre. On peut en dire autant de Sienne, Pise, Arezzo, Grosetto. Lucques a la particularité d’avoir connu un important mouvement d’émigration vers la Corse, où des originaires de cette ville, accompagnés de leur curé, travaillaient dans la fabrication du charbon de bois.



LES ÂGES DES IMMIGRANTS VENANT DU CENTRE DE LA PÉNINSULE

En haut de la colonne figure le nombre de naissances, puis la moyenne, (nombre de naissances divisé par le nombre de communes concernées), enfin le pourcentage de naissances par rapport au nombre total des naissances enregistrées, soit 4 608.

Les chiffres les plus importants se situent entre 1881 et 1905, années pendant lesquelles plus de la moitié des émigrants de cette région sont nés. (2 531). Les pointes les plus fortes se situent autour de 1900.

Le tableau de la page suivante nous indique les âges auxquels ces Italiens arrivent à Nice. Un tiers, (1 545), a entre 16 et 25 ans. Compte tenu des années de naissances figurant sur le tableau, on peut raisonnablement déduire, par addition à l’année de l’âge d’arrivée à Nice, que ces émigrants sont arrivés à Nice vers 1921-1923.

Graphique 57 Région Centre, moyennes d’âge à l’arrivée à Nice

Les chiffres en haut de colonne représentent les pourcentages par rapport à l’ensemble.

Le nombre de très jeunes enfants, entre 1 et 15 ans est de 1 178. Comme d’autre part la tranche d’âge entre 31 et 45 ans se chiffre à 828 personnes, on peut imaginer qu’il s’agit de leurs parents. L’émigration de cette partie de l’Italie serait donc familiale. La grande distance entre ce pays de départ et la France peut étayer cette hypothèse. Au Piémont, proche de la France, la ‘’location’’ des enfants pouvait être temporaire.

LES PROFESSIONS DÉCLARÉES SUR LES FICHES DE LA PRÉFECTURE

Graphique 58 Région Centre, professions déclarées

Ce graphique est établi sur un total de 4 494 professions

La comparaison du tableau des professions entre la région nord et la région centrale de l’Italie fait ressortir des inégalités importantes. La juxtaposition des principaux métiers et les ‘’ sans professions’’ présentés en pourcentages fait ressortir les données suivantes :


Nord

Centre

Agriculture

10,62%

11,10%

Bâtiment

4,31%

10,90%

Commerçants

12,53%

4,40%

F/de ménages

23,24%

11,70%

journaliers

5,58%

9,10%

Sans profession

40,03%

28,90%

Tableau 19 Région Nord et Centre, comparaison des professions

Si les chiffres pour l’agriculture sont sensiblement égaux, il n’en est pas de même pour les ouvriers du bâtiment, presque trois fois plus importants dans la région Centre.

Par contre, la rubrique des commerçants va très nettement en sens inverse, et ceci dans la même proportion.

La partie ‘’ femme de ménage’’, emploi sans qualification particulière, est deux fois plus importante dans la région Nord, et elle est inversement proportionnelle pour les journaliers.

Le rapport entre les pourcentages des ‘’sans profession’’ est inégal entre ces deux régions, mais sans atteindre les disproportions signalées supra.



PARTICULARITES PROFESSIONNELLES LOCALES

Perouse

8 menuisiers, 12 cordonniers, 18 mécaniciens

San Giustino

7 ébénistes, 8 menuisiers, 5 vermicelliers

Cortone

9 cordonniers, 5 ébénistes

Carrare

8 marbriers

Umbertide

14 concierges, 9 cordonniers, 5 ébénistes, 8 jardiniers


10 menuisiers, 5 stucateurs, 8 tailleurs

Citta / Castello

9 Bouchers, 18 cordonniers, 11 ébénistes, 14 épiciers


19 jardiniers, 21 menuisiers, 11 plombiers,

8 serruriers, 21 tailleurs, 6 vanniers, 8 vermicelliers

Tableau 20 Particularités professionnelles par localité



NOMENCLATURE DES VILLES AVEC PLUS DE 50 EMIGRANTS

AREZZO

148

TOSCANE

CARRARA

79

TOSCANE

CORTONA

281

TOSCANE

FLORENCE

177

TOSCANE

LIVORNO

118

TOSCANE

PALAZUOLO

210

TOSCANE

PISE

54

TOSCANE

PISTOIA

60

TOSCANE

SAN SELPULCRO

145

TOSCANE

ROME

134

LATIUM

APPECHIO

108

MARCHE

URBANIA

53

MARCHE

Tableau 21 Région Centre, les villes les plus importantes

La totalité des émigrants de la région centre est de 5 507. Les villes de plus de 50 émigrants indiquées supra représentent 4 880 personnes. La différence, soit 627 émigrants viennent des centres de moins de 50 émigrants.

Le tableau des âges à l’arrivée à Nice des immigrants venant de la région Centre de l’Italie nous indique des pourcentages importants pour les personnes âgées de plus de 25 ans. On constate le contraire au Piémont. Lorsqu’on compare les qualifications professionnelles entre les régions Nord et Centre, on s’aperçoit que les métiers artisanaux tels que ceux décrits dans ce tableau, sont mieux représentés. L’un peut explique l’autre ; un départ plus tardif permet l’apprentissage d’un métier.

Comme pour la région Nord, nous avons sélectionné les villes ayant enregistré plus de 150 émigrants se rendant à Nice, pour donner le détail par ville de l’immigration de ces villes. Le classement est établi par ordre d’importance du nombre des émigrants de l’ensemble de la région Centre. Le tableau indique les villes de plus de 50 émigrants ; elles sont au nombre de 23, et totalisent 4 880 émigrants, dont sept villes de plus de 150 émigrants totalisant à elles seules 3 326 personnes. Nous avons indiqué page 94 que l’ensemble de la région Centre a vu partir 5 582 émigrants. Il résulte de ces chiffres que :



Les villes de moins de 50 émigrants représentent

15,50%

Les villes entre 50 et 150 émigrants

25,00%

Les villes de plus de 150 émigrants

59,60%

Tableau 22 Région Centre, répartition des villes importantes en pourcentage

Ce résultat est à l’opposé de celui enregistré pour la région Nord.87

Pour mémoire, nous n’avons pas tenu compte des centres de moins de 5 émigrants.

L’émigration du centre de l’Italie vient donc essentiellement des originaires d’une même ville. Ces centres sont :



1449

Cittadi Castello

Ombrie

536

Umbertide

Ombrie

390

Perouse

Ombrie

283

San Giustino

Ombrie

281

Cortone

Toscane

210

Palazzuolo

Toscane

177

Florence

Toscane

Tableau 23 Région Centre, comparaison entre villes l’Ombrie et de Toscane

L’Ombrie représente les départs les plus importants avec 79,96%

La Toscane compte 20,08%

Les provinces de Campagna, les Marches et le Latium n’entrent pas dans la liste des centres avec plus de 150 émigrants.

Géographiquement, Pérouse, la ville le plus au Sud, Umbertide, Citta di Castello et la ville située le plus au Nord de notre liste, San Giustino, sont distantes d’environ 50 Km, toutes reliées par le Tibre (Tevere) et la route nationale 3 Bis. Cette proximité locale a engendré une destination d’émigration commune. Les raisons de ces départs, économiques, politiques, filières familiales ou sollicitations patronales niçoises, peuvent être diverses. Il est difficile de discerner aujourd’hui si une ou plusieurs de ces motifs étaient prépondérants ; toujours est-il que ce voisinage de destin est frappant. Au Piémont, nous avons remarqué le même phénomène de contiguïté, l’explication de la proximité de la frontière française et les habitudes transfrontalières anciennes nous sont apparus vraisemblables. En Ombrie, ces raisons ne peuvent pas s’appliquer.



OMBRIE

DETAIL PAR VILLES LES PLUS IMPORTANTES DE CES DONNEES

CITTA DI CASTELLO

Citta di Castello ; Province de Perugia, est la ville qui, à elle seule, a vu partir 1 449 des siens enregistrés à Nice, soit 5,91% du total de ceux qui ont choisi cette ville. (Ce chiffre comprend les départs enregistrés avant 1900, qui représente 189 personnes). Aucune autre ville italienne n’a connu un départ aussi massif, mais progressif. C’est un chiffre considérable, et si on y ajoute le nombre de ceux de la même province pour Nice : 5295, plus les émigrants pour d’autres destinations que Nice, on peut apprécier la sévérité de cette saignée humaine.

La statistique globale du nombre de tous les immigrants montre deux fortes pointes dans les années 1920 et 1925, puis une autre à l’approche de la seconde Guerre mondiale. La situation de cette ville est différente, comme nous pouvons le constater par le tableau ci-dessous.

En 1922, 1923 1924, ce nombre est nettement plus important que pour ensemble des immigrants italiens. Cela semble indiquer que la crise s’est manifestée plus tôt que dans le reste du pays, et en même temps, que les motifs d’émigrations sont surtout d’ordre économique.

Il y a un net ralentissement à partir de 1927, peut-être dû aux mesures mussoliniennes de restrictions d’émigrations. Celle-ci s’arrête totalement en 1935.





NAISSANCE EMIGRANTS DE CITTA DI CASTELLO
ENTRE LES ANNEES DE 1895 ET 1933

Graphique 59 Citta di Castello, années de naissance

Graphique 60 Cittadi Castello, années de naissances par 5 ans

Nous constatons, comme dans le graphique portant sur l’ensemble des âges de la région Centre, la concordance du dessin des courbes des années de naissances : une majorité de naissances entre 1881 et 1910, soit 932 nouveaux nés. Ensuite, les chiffres régressent, un petit sursaut entre 1921 et 1925, pour ensuite pratiquement s’arrêter. Ceci peut s’expliquer par la mise en place de la nouvelle réglementation fasciste freinant puis interdisant l’émigration.

.

Graphique 61 Citta Di Castello – Age d’arrivées à Nice

292 arrivées à Nice entre 0 à 10 ans correspondent-ils aux 308 émigrants de 21 à 25 ans ? Les chiffres pourraient vouloir dire que ce sont les parents arrivés avec leurs enfants. Nous ne pouvons pas l’affirmer, puisque nous ne disposons pas de fichier familial préfectoral. S’agissant d’émigrations non saisonnières, c’est une hypothèse possible, sinon vraisemblable, qui confirmerait a contrario celle qui est exprimée précédemment concernant les Piémontais.

621 personnes, soit 42,86% du total des émigrants de cette ville, sont âgés à leur arrivée à Nice de 21 à 35 ans. Là aussi, nous trouvons la confirmation qu’un départ en immigration plus tardif permet l’apprentissage d’un métier.

Il faut aussi prendre en considération que, sauf nécessité impérieuse, le plus souvent politique, un exil de son pays natal est plus envisageable dans la fleur de l’âge qu’au soir d’une vie. Seuls 50 Italiens (3,45%) de plus de 50 ans sont partis pour Nice.

Pour cette ville à fort mouvement migratoire vers Nice, nous avons établi un tableau comparant les dates de départ de cette localité avec les départs des autres villes italiennes.




Local

Global

1920

29

2,00%

2,24%

1921

39

2,72%

3,94%

1922

139

9,72%

5,75%

1923

132

9,23%

6,44%

1924

124

8,62%

5,26%

1925

110

12,56%

4,08%

1926

59

0,39%

2,01%

1927

23

1,60%

2,01%

Tableau 24 Comparaison entre les années d’arrivées à Nice de Citta di Castello et de l’ensemble d’émigration italienne

De 1922 à 1924, les départs locaux sont beaucoup plus importants que ceux du reste du pays, par contre, après cette date, ils le sont nettement moins. Ces chiffres font partie du graphique portant sur tout l’éventail des années de 1895 à 1933.

Graphique 62 Ombrie - Citta di Castello, professions

Ce tableau reprend 1 374 déclarations d’activités.

En groupant les professions indépendantes, on obtient 197 membres de ces professions, soit 14,34%, à peu près égal à celui des agriculteurs. Les ouvriers du bâtiment sont peu nombreux, mais bien représentés. Les autres activités sont pratiquées en nombre presque similaire. Nous notons relativement peu de ‘’journaliers’’ mais un chiffre important de ‘’ sans profession’’.

Dans les grandes lignes, les professions sans formation ou avec un minimum de savoir- faire (femmes de ménage, journaliers et sans professions) représentent 653 personnes, ou 47,52%.

La liste complète des professions se trouve page 41 de l’annexe, Tome 1.





UMBERTIDE

Cette ville se trouve à 35 Kms de Pérouse et à 200 Km de Rome. Venant de Citta di Castello, elle est traversée par le Tibre. Le centre historique fut sévèrement bombardé pendant la dernière guerre, après 1960, l’essor économique a modifié le visage de la ville.

La ville est habitée depuis le VIe siècle avant J.C. Elle est sous domination papale jusqu’en 1860. Anciennement dénommée « Fratta », elle prend le nom actuel en 1864.

Graphique 63 Umbertide, années de naissances

341 personnes sont nées entre 1885 et 1905, c'est-à-dire 63,20% de l’ensemble de cette émigration. Ces pourcentages correspondent à ceux trouvés généralement dans l’Ombrie.

La majorité de ces travailleurs arrive à Nice entre 1922 et 1926, on peut situer leurs âges en moyenne entre 21 et 30 ans.

Le tableau de la page suivante expose en détail ces années d’arrivées à Nice, et donne quelques explications supplémentaires sur cet aspect de l’immigration.

Graphique 64 Umbertide, années d’arrivée à Nice

D’abord on constate une petite phase de départs réguliers jusqu’en 1900. Le tournant du siècle connaît une pointe inhabituelle. S’agit-il d’éclaireurs venant reconnaître les possibilités à Nice ? Cela est possible. De 1900 jusqu’à la fin de la Grande Guerre, excepté pendant les hostilités, les départs sont un peu plus nombreux.

Pendant les années allant de 1922 à 1926, un accroissement notable se produit avec 157 arrivées à Nice (29,29%). La conjonction des deux facteurs entraîne l’accroissement de l’émigration : l’avènement du fascisme et les besoins grandissant de main d’œuvre à Nice. L’avènement de la dictature en Italie a rapidement provoqué la chasse aux communistes. Cette région était sous cette influence depuis des années.

On sait par ailleurs qu’après les hostilités, pour ‘’compenser’’ l’absence des morts, notre pays a fait appel à des ouvriers allogènes en grand nombre.



Graphique 65 Umbertide, professions

Ce tableau est établi sur la base de 503 déclarations d’activités.

Les professions indépendantes au nombre de 74 représentent 14,71%, chiffre pratiquement égal à celui de Citta di Castello.

Les ouvriers du bâtiment et ceux de l’agriculture représentent 25,40% à Citta di Castillo et 25,93% à Umbertide, un chiffre sensiblement identique.

Les professions sans formation ou avec un minimum de savoir-faire représentent 231 personnes, soit en en pourcentage 43,10%, légèrement inférieur à celui de Citta di Castello.

Les deux villes ont pratiquement la même structure d’émigrants.

Le détail des professions se trouve page 38 de l’annexe, Tome 1.



PEROUSE

Cette ville, au passé historique riche en vestiges étrusques, a longtemps exercé une influence importante sur toute la région. La lutte contre la papauté fut cependant fatale à ce centre de l’Ombrie. C’est à la suite de cette défaite que le Pape Paul III fit ériger sa forteresse, la « Rocca Paolina » sur l’emplacement des palais de la noblesse de la ville.



Graphique 66 Pérouse, années de naissances

Cet état comporte 388 indications de dates de naissances.

Nous trouvons, comme pour les villes déjà étudiées, les mêmes causes et les mêmes effets. Pendant les années de 1886 à 1905, 188 naissances. Exprimées en pourcentage, nous obtenons 48,21%, ce qui est inférieur à Umbertide, mais est proche de la moitié de l’ensemble des dates de naissances des émigrants.

Graphique 67 Pérouse, années d’arrivée à Nice

Ce graphique est établi sur la base de 373 indications.

On note la similitude avec les autres villes de la région Centre dans un rayon de 50 Kms, telles que Citta di Castello.

Graphique 68 Pérouse, âges à l’arrivée à Nice

Graphiquement, ce tableau établi sur 378 données, est à l’identique que celui de Citta di Castello.

Le pourcentage pour la tranche de 21 à 35 ans est 45,50%, pour les plus de 50 ans, il est de 6, 88%, c'est-à-dire par comparaison, le même dans le premier cas, légèrement supérieur dans le deuxième.



Graphique 69 Pérouse, professions

Le tableau des professions est basé sur 361 déclarations d’activités.

Le regroupement des professions indépendantes indique 68 personnes, soit 18,83%, environ le même nombre d’agriculteurs et ouvriers du bâtiment, et les activités sans formation particulière groupe 105 personnes, soit 45, 71%.

Le tableau complet des professions se trouve page 34 de l’annexe, Tome 1

SAN GIUSTINO

Graphique 70 San Giustino – Années de Naissance

Cet état est établi sur 285 dates de naissances.

La comparaison avec les autres villes d’Ombrie, pour les années de naissances allant de 1886 à 1905 nous indique 125 naissances, soit 43,85% du total. Nous retrouvons toujours la même fourchette relative. Remarquons toutefois un chiffre nettement plus important que pour les autres villes d’Ombrie, pour la période 1906 à 110 avec 35 naissances.



Cet état est établi sur la base de 250 dates d’arrivées à Nice. Il est en léger décalage avec les graphiques des autres villes d’Ombrie, la pointe des arrivées à Nice se situe plus tardivement, entre 1926 et 1929, pour décroître en même temps avec l’arrivée de la crise mondiale. Nous notons une nouvelle pointe en 1933.



Graphique 71 San Guistino, âges à l'arrivée à Nice

Ce tableau est établi sur 282 données.

La tranche d’âge de jeunes adultes entre 21 et 35 ans représente 110 personnes, soit 39,00% des immigrés, ce qui est un peu moins que les chiffres observés jusqu’à présent. 9 personnes de plus de plus de 50 ans ont aussi fait le voyage. Le nombre d’enfants et d’adolescents, avec 90 arrivées, est important.



Graphique 72 San Giustino, professions

Ce graphique est constitué de 267 déclarations d’activités.

Le regroupement des professions indépendantes indique 55 personnes, soit 20,60%, ce qui est conforme à ce que nous avons observé pour les autres villes d’Ombrie. Les activités sans formation particulière représentent 128 personnes, soit 47,94%, chiffre qui correspond aux moyennes enregistrées pour cette province.

Le tableau complet des professions se troue page 39 de l’annexe, Tome 1

LA TOSCANE

CORTONE

Ce graphique répertorie 280 naissances.

Les années allant de 1886 à 1905 comptent 128 nouveaux nés, soit un pourcentage 47,71%, ce qui correspond aux chiffres de l’Ombrie. Pour cette ville aussi, un accroissement de naissances se produit de 1921 à 1925 avec 23 naissances. Comme nous constatons infra un accroissement d’arrivées à la fin des années vingt, il se peut qu’une partie de ces enfants arrive ou naisse à Nice à ce moment. Autre hypothèse, il n’est pas impossible que certaines mères aient préférées accoucher dans leur ville natale.

Graphique 73 Cortone, âges à l’arrivée à Nice

Cet état est basé sur 276 indications de dates d’arrivées.

Près de la moitié des originaires de Cortone, (131, soit 47,46%) arrive à Nice entre 1 et 35 ans, d’autre part, nous remarquons à nouveau un nombre élevé de jeunes adultes et d’enfants en bas âge.



Graphique 74 Cortone, années d’arrivées à Nice

Ce tableau est composé de 150 dates d’arrivées à Nice.

Les arrivées avant la Grande Guerre ne sont pas très nombreuses, ils représentent 33 personnes réparties sur 14 ans. En pourcentage, le résultat est de 24%.

C’est immédiatement après ce conflit jusqu’en 1928 que la plupart de ces immigrants sont arrivés, 60 en 8 ans, soit en pourcentage 40%.

Une autre pointe se situe en 1931 avec 11 arrivées, nous avons constaté ce même regain d’immigration pour San Guistino en 1932.

Il faut relativiser ce tableau qui porte sur 150 émigrants car le nombre total d’originaires de Cortone s’élève à 281. Les fiches de la Préfecture n’ont pas mentionné les dates d’arrivée en France avec régularité.



Graphique 75 Cortone, professions

Ce graphique comporte 255 indications de métiers.

Le regroupement des professions indépendantes indique 43 personnes, soit 16,86%, un peu moins que San Giustino avec un nombre d’émigrants légèrement supérieur.

Les activités sans formation particulière représentent 139 personnes, supérieur à San Giustino, 54, 51% à Cortone et 47, 94%.

Le tableau complet des professions se trouve page 35 de l’annexe, Tome 1



PALAZZUOLO

Graphique 76 Palazzuolo, années de naissance

Ce graphique est fondé sur 209 déclarations de naissances.

Les années 1886 à 1905 comptent 99 naissances, soit 47,37%, pourcentage en tous points semblable aux données précédentes. Il en est de même pour la période de 1921 à 1925 avec 23 nouveaux-nés.



Graphique 77 Palazzuolo, âges à l'arrivée à Nice

Ce graphique est calculé sur 203 déclarations de naissances.

Sur la totalité des immigrants de Palazzuolo, 83 arrivent à Nice âgés de 21 à 35 ans, (39,52%) ce pourcentage est moins important que ceux constatés dans les autres villes. Le nombre d’enfants est de 53.

Graphique 78 Palazzuolo, années d’arrivée à Nice

Ce document est composé de 203 indications.

Aucun graphique vu jusqu’ici ne nous montre de tels chiffres. Sauf en 1904, année qui compte 10 émigrants, plus aucun mouvement vers Nice n’a eu lieu jusqu’à la fin de la guerre. A ce moment, un grand nombre d’émigrants de cette ville arrive à Nice. Entre 1920 et 1927, ils sont 157, soit 77,34%.

Graphique 79 Toscane - Palazzuolo, professions

Ce document comporte 198 renseignements.

Les professions indépendantes ne comptent que 18 membres, soit 9, 09%.

Ce pourcentage est le plus petit enregistré pour la région Centre. Il n’en est pas de même pour les ouvriers du bâtiment avec 21 professionnels.

Les personnes sans formation particulière sont 125, soit 63,13%, ce qui est supérieur par rapport aux autres villes.

Le tableau complet des professions se trouve page 34 de l’annexe, Tome 1



FLORENCE

Graphique 80 FLORENCE, années de naissance

Ce document est constitué de 175 dates de naissances. Il fait apparaître des naissances nettement plus nombreuses au 19e siècle que dans les autres villes.

Jusqu’ici, nous avons comptabilisé les années de 1886 à 1905 et présenté le résultat en pourcentage. Pour Florence ce chiffre est de 44, 63%, semblable à ceux constatés.



Graphique 81 Florence, âges à l’arrivée à Nice

Le tableau des âges à l’arrivée à Nice tient compte de 170 dates.

78 personnes sont arrivées âgées entre 21 et 35 ans, (45,88%), ce qui correspond aux chiffres habituels. Les enfants ou adolescents sont au nombre de 33.



Graphique 82 Florence, années d’arrivée à Nice

Ce document est constitué par 175 dates d’arrivées à Nice.

Une pointe de départ en 1900, (5,71% en 10 ans) puis un mouvement régulier restreint est observé jusqu’à la Grande Guerre. (17,71%) Pendant les années vingt, nous observons une petite accélération sans grande ampleur : 37,57% en 10 ans.

13 départs en 1938, (7,43% en une année) le plus fort chiffre annuel relevé sur l’ensemble de la période. Il est probablement dû aux nouvelles mesures raciales italiennes. Nous avons relevé des noms à consonance juive, et 5 fiches avec la mention J dans le fichier des étrangers à Nice.



Graphique 83 Toscane - Florence, professions

Ce graphique comporte 162 indications de métiers.

Les professions indépendantes représentent 39 personnes, soit 24, 07%, ce qui est supérieur à la moyenne de la région Centre. Nous trouvons une grande diversité de métiers parmi eux : tailleurs, assureurs, chapeliers, ébénistes, sculpteurs, bottiers, etc.

Les activités sans formation particulière sont au nombre de 81 et font apparaître un pourcentage de 50%.

Le tableau complet des professions se trouve page 40 de l’annexe, Tome 1.



LA REGION DU SUD A PRIS D’AUTRES DIRECTIONS

Nous avons annoncé le découpage de cette étude en quatre zones géographiques, à savoir zones Nord, Centre, Méridionale et Insulaire.

A l’approfondissement cette recherche, il nous est apparu que le sud de ce pays ne recèle que peu d’immigrants pour Nice. Aussi, pour donner aux chiffres une consistance et une signification véritables, nous avons groupé les zones méridionales et insulaires en une seule présentation. Nous présentons infra la nomenclature des villes de plus de 5 émigrants, aucune ville de cette région n’a enregistré plus de 150 émigrants.



CATANIA

15

INSULAIRE

SICILE

MESSINE

13

INSULAIRE

SICILE

PALERME

20

INSULAIRE

SICILE

RIO ELBA

20

INSULAIRE

SICILE

MELITO

49

MERIDIONAL

CALABRE

NAPLES

142

MERIDIONAL

CAMPAGNA

OLIVETTO

37

MERIDIONAL

CAMPAGNA

PAPASIDERO

45

MERIDIONAL

CALABRE

PIZZO

30

MERIDIONAL

CALABRE

REGGIO CALABRE

46

MERIDIONAL

CALABRE

SALERNE

11

MERIDIONAL

CAMPAGNA

SEMERCHIA

64

MERIDIONAL

CAMPAGNA

Total

601



Tableau 25 Région Sud, Villes de plus de 5 émigrants

Total général 714 émigrants à destination de Nice.

Nous allons procéder de la même manière que celle employée pour les deux autres régions, et présenter un tableau reprenant les années de naissances, l’âge à l’arrivée à Nice et les professions pratiquées, à la différence toutefois que la totalité des données de cette région a été groupée, et non différencié par ville.

Il ne nous a pas été possible d’obtenir les dates d’arrivée à Nice.

LES ANNEES DE NAISSANCE DES MIGRANTS DE CETTE REGION

Graphique 84 Région méridionale, années de naissance

Ce graphique est établi sur la base de 735 dates de naissances. (La différence entre le total de 714 de la page précédente et 735 vient des centres de moins de cinq émigrants).

Les changements des chiffres pour chaque période quinquennale sont peu importants, ils varient entre 43 et 69 naissances pour chaque tranche d’années, sauf pour l’époque de 1901 à 1905 avec une forte pointe de 98 naissances d’émigrants, puis une répercussion une génération plus tard, entre 1921 et 1925, avec 74 naissances.



LES AGES

Graphique 85 Région méridionale, âges à l’arrivée à Nice

Ce tableau représente 729 données d’âges.

Le nombre d’enfants et d’adolescents, soit 31% de l’ensemble, est élevé. En considérant la distance entre leurs lieux de naissances et Nice, on peut penser qu’il s’agit là aussi, de parents venant avec leurs enfants pour une émigration familiale définitive. Les arrivées entre 21 et 35 ans, à l’âge adulte, représentent 39,24%. Comme pour les autres graphiques du même type, la courbe des âges des arrivants va en déclinant après 40 ans. Cette présence de personnes plus âgées confirme une immigration plus familiale.



LES PROFESSIONS DECLAREES SUR LES FICHES DE LA PREFECTURE

Graphique 86 Région méridionale, professions

675 professionnels sont représentés par ce tableau.

Le nombre des professions indépendantes, 23,71%, confirme les données du tableau des âges à l’arrivée à Nice ; partant d’Italie plus âgés que dans la zone Nord, ces transalpins ont eu le temps d’apprendre un métier.

Les emplois nécessitant peu de qualifications professionnelles ou ‘’sans profession’’ sont près de la moitié des partants du Sud, avec 49,34% du total.

Notons une particularité : nous avons relevé cinq polisseurs d’écailles à Naples.



CONCLUSION PARTIELLE

Comparaisons des âges de naissances, âges à l’arrivée à Nice et professions entre les trois zones.



Graphique 87 Comparaison des années de naissance des 3 régions

Les années de naissance des émigrants dans la zone Nord vers Nice, pour la plupart originaires du Piémont, sont nettement antérieures aux autres régions, dans les années avant 1875. Les habitudes ancestrales de migration humaine, absences de contrôles administratives dues à une frontière poreuse, le rattachement de Nice à la France en 1860, et l’essor économique qui en découle, l’appel à une main-d’œuvre manquante sur place, expliquent cette constatation.

Puis, dans une moindre mesure, la région du centre a pris le relais, pour être suivie, à partir du début du siècle, par le sud de l’Italie.

Le mouvement migratoire a parcouru, d’année en année, un trajet nord-sud, pour ralentir, puis s’arrêter après 1925. A partir de cette date, la législation fasciste freine puis interdit l’émigration, et les lois françaises la favorise par la nouvelle réglementation sur les naturalisations.



Comparaison des âges des immigrants à leur arrivée à Nice.

Graphique 88 Comparaison des âges des 3 régions à l’arrivée à Nice

Dans les trois régions, la grande majorité des immigrants a moins de 25 ans lors de leur arrivée à Nice. Ils représentent 62, 87% pour le sud, 60,10% pour le centre et 66,55% pour le nord de la totalité de l’immigration.

La région Nord, avec une majorité de piémontais, a la particularité par rapport aux autres régions, de connaître nettement plus de jeunes entre onze et vingt ans qui se destinent ou sont destinés à partir de chez eux. Nous en avons donné l’explication dans la partie réservée au Piémont.

Environ 10% des immigrants sont des enfants en bas âge, entre 1 et 5 ans, plus particulièrement dans le Centre et le Sud. Ce chiffre confirme l’hypothèse formulée d’une partie d’émigration familiale dans ces zones.

Le point culminant des âges se situe pour toutes les régions entre 21 et 25 ans, pour décliner ensuite rapidement, d’une façon égale, entre toutes les parties de l’Italie.



Comparaison des professions pratiquées dans les trois zones

Graphique 89 Comparaison des professions des trois régions

Seules les activités qui apparaissent le plus souvent, ou les plus caractéristiques, ont été retenues pour l’élaboration de ce graphique.

Les professions touchant au travail de la terre sont représentées de manière égale. Il est remarquable que les artisans soient les plus nombreux, rejoints par les commerçants.

Les ouvriers du bâtiment viennent essentiellement du Centre, surtout de l’Ombrie, comme nous l’avons vu dans le chapitre concernant cette province.

Les femmes de ménages sont nombreuses, particulièrement au Piémont où elles sont près du double des deux autres régions. Cela voudrait-il dire que les femmes de cette région s’emploient plus facilement que les femmes des autres régions ? Le pourcentage des personnes dénommées ’’sans profession’’ ne nous renseigne pas sur cette question, ce d’autant plus que nous savons que beaucoup d’employés travaillent sans être déclarés par leur employeur, et figurent de ce fait dans cette catégorie.

Remarquons aussi que c’est au Piémont que le pourcentage des ‘’journaliers’’ est deux fois plus petit qu’ailleurs.

Dans l’étude sur les villes de la région du Piémont, nous avons relevé peu d’activités du bâtiment et de l’agriculture.

Il n’en est pas de même pour les villes d’Ombrie. Nous avons observé un surplus d’activités de la terre pour la ville d’Umbertide. La norme pour l’émigration italienne, dans sa globalité, étant de 8,63% des travailleurs agricoles. A l’évidence, ces travailleurs ne viennent pas des grands centres mais des petites localités de moins de 50 émigrants, non représentées par les graphiques.

Par contre, l’Ombrie révèle un nombre beaucoup plus important d’ouvriers du bâtiment que le Piémont. Les commerçants, bien que représentés, sont moins nombreux. Les employés de l’hôtellerie sont pratiquement absents.

A Reggio di Calabre, région du Sud, nous constatons un surplus d’ouvriers sans qualification particulière. (Journaliers).

C’est à Rome et à Florence que nous enregistrons le plus grand nombre de personnes se déclarant sans profession.

Dans la période de 1920 à 1926, dans toutes les villes d’Ombrie, l’émigration pour Nice a été la plus forte. Dans trois villes de cette région, Citta di Castello, Umbertide et San Guistino, un mouvement de départ est amorcé avant 1900, et dans trois autres, Turin, Rome et Florence, nous constatons un regain d’immigration à partir de 1938.

En annexe 4, on trouvera le tableau détaillé des professions telles qu’elles étaient déclarées aux fonctionnaires de Police lors de l’établissement des fiches. Nous avons voulu retransmettre intégralement les activités recensées, ce qui explique leur grand nombre. Par la suite, afin d’être en mesure d’exploiter ces données, nous avons regroupé ceux-ci en 13 catégories. Ceci est destiné à comparer plus facilement ces activités entre les villes, principalement entre 1922-1926, dates d’arrivées massives, entre 1937-1944, dates des mariages étudiés. En rapprochant de cette façon les activités déclarées, avec un décalage d’environ 10 à 15 ans, nous voulons mesurer les éventuelles modifications intervenues entre ces deux périodes.

Toutefois, il est vraisemblable que ces déclarations soient faites après l’installation des immigrants et non dès leur arrivée à Nice. En effet, un grand nombre de ces activités, relèvent de professions exercées en France. Nous pensons essentiellement à ceux qui n’ont pas de qualification particulière. Si cette supposition est exacte, cela confirmerait qu’un certain temps s’était écoulé entre l’arrivée à Nice et la présentation à l’autorité de Police déjà évoquée dans les pages précédentes, Il est possible, les fiches de la Préfecture n’étant établies qu’à partir de 1927, que les fonctionnaires chargés de l’établissement des documents aient, soit repris les déclarations d’un ancien fichier, soit pris note des déclarations faites par les intéressés. Seul l’état civil, c'est-à-dire les nom, prénom, nom de jeune fille, date et lieu de naissance et nationalité sont certains.

L’état en annexe page 4 du Tome 1 reflète dans la première colonne, les professions des immigrants telles qu’elles ont été annoncées aux fonctionnaires de Police français. A ce niveau, lors de notre transcription sur informatique, seules celles indiquées dans « Description du fichier » ont été modifiées.

La deuxième colonne représente le calcul d’une « norme » nationale par profession significative (+ de 10) des immigrants. Il résulte de la division du nombre des membres d’une profession par le total : 24 793, d’immigrants répertoriés. Elle est destinée à servir de comparaison ultérieure avec les chiffres résultant des extractions par localité importante.

De ce tableau ressortent 5917 emplois typiquement féminins, soit 23,87% du total des professions en y incluant les « sans profession », et 33,83% si l’on n’en tient pas compte, ce qui peut se justifier, en admettant que ces dernières soient des épouses au foyer.

Nous ne pouvons pas affirmer que le chiffre de 23,87%, soit environ un quart du total des émigrants, représente la totalité de l’effectif féminin, mais nous pensons qu’il représente une bonne approche. Nous avons vu dans le chapitre des origines, que le plus grand nombre des localités italiennes n’ont vu partir qu’un seul des leurs, probablement célibataire masculin, ce qui confirmerait cette hypothèse.

Une autre approche ressortant du même tableau indique que 16% des immigrants exercent une profession d’artisan ou de commerçant, et 44,62% occupent un emploi salarié. La différence entre ces chiffres et 100% représente les « sans profession » et les fiches sans indication de profession.

Une idée généralement répandue veut « que les Italiens soient des maçons » En réalité, ils représentent 4,96% du total étudié. Pour l’agriculture, le chiffre est de 8,68%.

Le tableau en annexe n’est pas exploitable pour établir une statistique. Beaucoup de métiers sont voisins par leur vocation, artisanale, commerciale etc. De plus, il ressort bien de cet état, qu’il serait vain de classer ces activités par secteurs classiques, tel que Primaire, Secondaire, Tertiaire.

Aussi, pour refléter les réalités économiques des immigrants italiens de époque étudiée, nous avons établi une autre classification plus significative.

Nous avons répertorié 1 504 Italiens nés en France, qui ont donc fréquenté l’école française et bénéficié d’une autre formation que celle constatée par les statistiques des immigrants italiens nés en Italie.



Voici les différences constatées :

Italiens nés en France

1 504


Nombre

Profession

% France

% Italie

82

Agricole

4,61%

8,63%

29

Bâtiment

16,30%

4,95%

19

Couture

10,70%

2,18%

32

Etudiants

1,80%

0,60%

45

Journaliers

2,53%

5,81%

602

Sans profession

33,82%

30,21%

Tableau 26 Comparaison des professions exercées entre les immigrants nés en France et en Italie

Nous observons pour les professions agricoles, bâtiments, couturières, journalières une très nette diminution par rapport aux chiffres des immigrants de la première génération.

Ce constat est encore confirmé par le triplement du pourcentage des étudiants. Mais ce chiffre est à modérer du fait qu’il semble que les fonctionnaires de Police à Nice aient enregistré des écoliers du 2ième cycle en qualité d’étudiant (tel est mon propre cas).

Pour étudier la question de la formation professionnelle des immigrants d’une façon plus précise, nous avons comparé d’abord l’Italie, avec les Italiens nés en France, puis dans les Alpes-Maritimes, les professions demandant peu ou pas de qualification particulière, tels que ouvriers de l’agriculture, du bâtiment, journaliers et femmes de ménage. Nous n’avons pas pris en compte les personnes dénommées « sans profession », celles-ci étant très probablement des femmes au foyer. Puis, nous avons comparé le nombre d’immigrants par lieu de naissance avec le total par ce lieu des professions non qualifiantes et obtenu un pourcentage. Celui-ci est indiqué dans le tableau ci dessous.

Exemple : Coni compte 322 émigrants dont 56 sans qualification, soit 17,4%



Tableau 27 Comparaison entre le nombre d’activités non qualifiées des immigrants nés en France et ceux nés en Italie

VILLE

Emigrants

NOMBRE S/Q88

%

Coni

322

56

17

Acqui

107

19

17

Airole

110

46

41

Alessandria

59

7

11

Anghiari

129

46

35

Appechio

108

58

53

Asti

84

11

13

Bernezzo

87

29

33

Bologne

82

10

12

Di Castello

1437

597

41

Cortona

278

220

79

Démonté

82

34

41

Dogliniani

76

21

27

Florence

177

15

8,4

Genes

168

22

13

Gubbio

80

19

23

Imperia

34

4

11

La Brigue

42

7

16

La Spezia

79

17

21

Limone

277

207

74

Livourne

118

9

7,6

Mercatello

81

24

29

Milan

172

8

0,4

Mondovi

282

62

21

Monte Rosso

458

315

68

Naples

132

6

4,5

Oneglia

80

20

25

Palazzuolo

198

48

24

Perouse

382

108

28

Pistoia

60

11

18

Port Maurice

68

15

22

Rég. Calabre

38

6

15

Roaschia

123

47

38

Roccabruna

255

91

35

Rome

133

8

6

S/Guistino

288

108

37

Sanremo

191

45

23

Savone

80

20

25

Tende

131

37

28

Trieste

49

7

14

Turin

559

71

12

Umbertide

536

214

39

Venise

52

4

7,7

Vernante

251

121

40

Vintimille

178

61

34

La comparaison entre les deux tableaux supra est significative, si l’on rapproche la moyenne italienne (33,41%) de la moyenne française (18, 27%). La moyenne des professions non qualifiantes a baissée de près de 50% par rapport aux professions déclarées lors de l’établissement des fiches, ce qui démontre d’une part l’efficacité de l’enseignement français, mais aussi, et ceci est une conséquence de cette constatation, l’amélioration du niveau culturel et social dès la deuxième génération d’immigrants Italiens.

Ce progrès obtenu grâce à la formation scolaire primaire et secondaire des enfants issus de l’immigration aura certainement une influence positive dans l’intégration de cette population.







30Charles Aznavour, Les Emigrants.

31R.H. Rainero, Les Piémontais en France, Serre, 2001, page 21

32Un sketch de Fernand Raynaud mentionne le cas où c’est le boulanger du village qui est l’étranger. Lorsqu’il part, le pain n’est plus cuit.

33In R.H. Rainero, Op. cité, page 46.

34Op. cité, page 57, extrait d’un témoignage.

35Emigrants italiens fuyant le fascisme.

36C.I.R.D. 1974

37Joël CORNETTE, Ces Italiens qui ont fait la France, Histoire N° 211, page 15.

38Claude WOOG, Les lois italiennes sur l’émigration, Puf Paris 1930

1


39Antiquité romaine. Le faisceau des anciens licteurs fut l’emblème du fascisme mussolinien.

40Œuvre patronnée par l’Eglise afin de sauvegarder l’italianité des immigrés.

41R.H.RAINERO, Les Piémontais en Provence, Serre, 2001, pages 216 – 228.

42La population pourchasse les Italiens protégés par la gendarmerie. En 1942, au contraire, les Juifs sont arrêtés par « les forces de l’ordre » mais la population ne collabore pas à ces poursuites.

43DRIEU DE LA ROCHELLE, Revue Hebdomadaire, octobre 1926, page 143

44MAUCO, Op. cité, page 315

45Pierre MILZA, Voyages en Ritalie, Payot 1993, pages 102 et 103

46Primo Levi, Si c’est un homme, Robert Laffont, Paris, 1996, page 9.Cette citation d’ordre général se trouve dans la préface, et ne concerne pas son récit de déportation.

47Pierre MILZA, Voyage en Ritalie, Payot 1993, pages 101 et 103

48A.M. FAIDUTTI-RUDOLPH, L’Immigration italienne dans le Sud-Est de la France, Thèse 1964, page 19

49Liste complète dans annexe pages N° 1, 14 à 40

50Op. cité, page 66

51op.cite page 62

52Op. cité, page 68 et 71

53L’explication est donnée à sa manière par F.CAVANNA, in Les Ritals, pages 50 et 51

54Recherches Régionales des Alpes Maritimes, 1995, page 229

55Loi sur les nationalités.

56Op. cité, Les Italiens en France, Rome, page 578

57Op. cité, page 148

58A.M. FAIDUTTI-RUDOLPH, l’immigration italienne dans le Sud-Est, Orphys, Gap

59Ralph SCHOR, Les Italiens dans les Alpes-Maritimes, in Italiens en France, page 581

60P. MILZA, Voyage en Ritalie, Op. cité, page 62,

61Romain H. RAINERO, Les Piémontais en Provence, Serre, 2000, page 103.

62Op. cité, pages 157

63P.MILZA, Op. cité, page 62 et 65

64Op. cité, page 246

65Op. cité, page 157

66Remarque indiquée dans la recherche de Monsieur RAINERO, Op. cité

67Op. cité, pages 157 et 158

68Sans Famille, publié en 1868

69Jean- Paul DERAI, Vers une approche socio-statistique des flux migratoires transfrontalières, Cahiers de la Méditérannée, Juin 1999, N° 58, page 216

70E. BLANCHARD, La main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture française, thèse, Paris 1913, page 181

71Op. cité, pages 94 et 95

72Op. cité, page 105

73Op. cité, page 153

74Op. cité, page 153

75op.cite.page 157

76Un courrier en ce sens adressé à cette Mairie est resté sans réponse.

77Professions agricoles, bâtiment, femmes de ménage, sans profession.

78Quatre noms de Milan figurent sur la liste de la Préfecture avec un J

79LA LETTRE SÉPHARADE, N° 43, page 13, septembre 2002

80Op. cité, page 30

81Op. cité

82Op. cité, page 159

83Historiens et chercheurs cités

84Cet Etat, bien que figurant géographiquement dans le région étudiée, ne fait pas l’objet de nos recherches.

8511 février 1929

86Op. cité, page 64

87page 62 « ce sont surtout les petites villes et villages qui ont connu l’exode le plus important »

88S.Q= sans qualification